Les Défis de l'Égalité de Rémunération : Obstacles et Solutions pour les Femmes en Afrique de l'Ouest
Découvrez pourquoi les écarts de rémunération entre hommes et femmes persistent en Afrique de l'Ouest malgré les lois et conventions internationales, et explorez des solutions pour construire une égalité durable.
12 décembre 2024
Malgré les efforts déployés par les pays africains pour promouvoir l’égalité des sexes, des écarts de rémunération entre hommes et femmes subsistent. La quasi-totalité des pays du continent ont ratifié des conventions internationales de l'Organisation Internationale du Travail (OIT). Ces engagements devraient garantir l’égalité de chance et de traitement entre les femmes et les hommes, mais la réalité sur le terrain reste bien différente.
Des Disparités dans l’économie formelle
En Afrique de l’Ouest, bien que les codes du travail interdisent la discrimination et énoncent le principe de l’égalité salariale, les inégalités de rémunération persistent. Un rapport de l'OIT, qui analyse la structure de l’emploi en Afrique, révèle que les femmes salariées sont souvent plus jeunes et mieux éduquées que leurs homologues masculins, mais qu’elles sont généralement moins bien payées.
Le Rapport mondial sur les salaires 2018/19 décompose l’écart de rémunération entre les sexes en deux catégories : une part attribuée aux caractéristiques professionnelles et personnelles (formation, expérience, compétences) et une dite « inexpliquée ». Cette dernière part met en évidence que de nombreux écarts de rémunération ne peuvent être justifiés par les différences de compétences ou d'expérience, mais plutôt par des facteurs externes, tels que la sous-évaluation des emplois féminins, la discrimination et les stéréotypes de genre.
L’Impact de la discrimination dans l’économie informelle
L’inégalité de rémunération est tout aussi marquée dans l’économie informelle, qui représente la majorité des emplois en Afrique de l’Ouest. Selon des études de l'OIT menées en Côte d'Ivoire, en Guinée-Bissau et au Sénégal, des disparités de revenus de 20 à 30 % entre hommes et femmes sont observées.
En particulier, au Sénégal, une étude menée sur les salaires dans le secteur de la transformation artisanale des produits halieutiques a révélé que, bien que ce secteur soit dominé par des femmes, celles-ci gagnent seulement un tiers des revenus de leurs homologues masculins. Cela souligne que les écarts de rémunération ne sont pas seulement liés à la nature de l’emploi, mais aussi aux pratiques discriminatoires ancrées dans le système économique et social.
Les Femmes dans l’Agriculture : Une Main-d'œuvre Sous-valorisée
Dans le secteur agricole, où les femmes constituent une grande partie de la main-d'œuvre, les inégalités de rémunération sont encore plus marquées. En Guinée-Bissau, par exemple, les femmes ont un revenu particulièrement faible, malgré leur rôle crucial dans la production des cultures vivrières. Elles représentent plus de 80 % de la main-d'œuvre agricole, mais leurs revenus restent les plus bas. Cette situation est exacerbée par leur accès limité aux ressources essentielles telles que la terre, le crédit ou la formation, ainsi qu’aux services sociaux de base comme l’éducation ou la santé.
Ces disparités peuvent être considérablement amplifiées par les effets du changement climatique, qui touche principalement les femmes rurales, déjà vulnérables. Le Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC) a alerté sur le fait que les changements climatiques affecteront disproportionnellement les populations les plus vulnérables, en particulier les femmes rurales, dont la dépendance aux ressources naturelles locales et leur accès limité aux ressources financières et matérielles entravent leur capacité à s’adapter et à améliorer leurs conditions de vie.
Vers une Egalité Durable ?
Les inégalités de rémunération entre les sexes en Afrique de l’Ouest persistent, malgré les conventions internationales et les lois nationales interdisant la discrimination. Ces écarts sont visibles aussi bien dans l’économie formelle qu’informelle, et touchent particulièrement les femmes dans les secteurs à forte représentation féminine, comme l’agriculture. Il est essentiel de prendre en compte ces disparités non seulement dans le cadre des politiques de l’égalité des sexes, mais aussi dans les efforts visant à atténuer les effets du changement climatique sur les communautés vulnérables.
Le chemin vers l’égalité de rémunération implique de surmonter des obstacles complexes, notamment les stéréotypes de genre, la discrimination et l'accès limité aux ressources et opportunités. Il est donc crucial de mettre en place des mesures plus efficaces pour promouvoir l'autonomisation des femmes, leur accès à l'éducation, et leur inclusion dans les processus décisionnels pour garantir une égalité de rémunération réelle et durable.
Cet article est issu d’une note de synthèse rédigée par Fatime Christiane Ndiaye, Spécialiste principale pour le Genre au bureau de Dakar de l’OIT. Il constitue la deuxième publication d’une série de 4 articles tirées de la note.