Changement climatique, transitions justes et politiques de l’emploi

1 mai 2024

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Au fil du temps, la relation entre le changement climatique, la viabilité environnementale et l'emploi a été mieux admise, ce qui a conduit à l'élaboration de politiques de l'emploi, ainsi que d'autres dispositifs cadres de développement nationaux, qui couvrent spécifiquement les questions climatiques. Cette approche a pris une place plus centrale dans les stratégies des décideurs politiques au titre de la relance verte après la pandémie de COVID-19.

Comment créer des liens entre le changement climatique et les transitions justes avec les politiques de l'emploi ?

Les orientations de l'OIT sur une « reprise verte avec des emplois grâce aux politiques de l'emploi » soulignent qu'il y a deux dimensions à prendre en compte :

A. Comment intégrer les aspects liés à l'emploi dans les politiques nationales sur le changement climatique et la transition juste ?

B. Comment mettre en forme des politiques de l'emploi, y compris les éléments spécifiques concernant les politiques macroéconomiques, sectorielles et du marché du travail, de manière à contribuer à l’objectif climatique et à la viabilité environnementale.


Figure. Alignement et synergies entre l'action en faveur du climat et de l'environnement et les politiques de l'emploi

A. Intégrer les objectifs en matière d'emploi dans les politiques et stratégies climatiques

Des politiques et des stratégies de lutte contre le changement climatique sont en cours d'élaboration dans le monde entier. La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) définit le cadre et donne des orientations pour les réponses nationales au changement climatique. Les pays qui ont ratifié l'Accord de Paris de 2015 sur le climat et souscrit à l'objectif mondial de limiter la hausse de la température à moins de 2°C sont censés rendre compte de leurs actions de lutte contre le changement climatique dans leurs rapports sur les contributions déterminées au niveau national (CDN) qui sont présentés tous les cinq ans au secrétariat des Nations unies sur le changement climatique.

« Les effets incontrôlés du climat endommageront les infrastructures, perturberont les activités commerciales et détruiront des emplois et des moyens de subsistance à une échelle sans précédent. D'autre part, la transition vers des économies et des sociétés à faible émission de carbone et écologiquement viables pourrait devenir un puissant moteur de création d'emplois, d'amélioration des compétences, de justice sociale et d'éradication de la pauvreté, permettant une croissance économique résiliente face au climat et un développement durable » (OIT).


Les politiques de lutte contre le changement climatique sont généralement présentées sous deux formes distinctes : adaptation et atténuation.

Encadré 1. Comprendre les politiques d'adaptation et d'atténuation

  • L'adaptation consiste à diminuer l'exposition et la vulnérabilité au changement climatique. L'adaptation dans les systèmes écologiques comprend des ajustements autonomes sous forme de processus relevant de l’évolution. Dans les systèmes humains, l'adaptation peut se faire par anticipation ou par réaction, et peut être incrémentale et/ou transformationnelle (rapport 2022 du GIEC). On peut citer comme exemples l'adoption de technologies agricoles intelligentes face au climat, la construction de logements plus résilients, l'adaptation du fonctionnement des entreprises à l'évolution des conditions météorologiques et à la raréfaction des ressources, ou encore la mise en place d'une protection sociale pour les personnes qui perdent leurs revenus ou leurs biens.
  • L'atténuation fait référence aux efforts visant à réduire ou à prévenir les émissions de gaz à effet de serre. Parmi les exemples, on peut citer l'adoption de technologies visant à améliorer l'efficacité énergétique ou le passage à des sources d'énergie renouvelables ; la réduction de l'empreinte carbone des bâtiments en remplaçant le ciment par des matériaux naturels ; l'adoption de pratiques commerciales moins gourmandes en ressources et moins polluantes ; ou la modification du comportement des consommateurs, par exemple par l'utilisation des transports en commun ou de la mobilité non motorisée.

B. Encourager la relance verte et la transition juste par les politiques de l'emploi

Sur la dernière décennie, un nombre croissant de politiques de l'emploi s’est mis à tenir compte de l'impact du changement climatique et de la transition vers une économie à faibles émissions de carbone sur les marchés du travail. En 2017, une évaluation de l'OIT a analysé l'intégration des questions environnementales dans 13 politiques de l'emploi et plans de mise en œuvre dans les économies en développement et émergentes. L'intégration de la viabilité environnementale et des préoccupations climatiques varie considérablement en termes de portée et de niveau d'ambition dans ces politiques.

C’est au moment d’élaborer les politiques de l'emploi qu’il faut y intégrer la question du changement climatique et des transitions justes.

Il est important d'intégrer les difficultés et les solutions liées au changement climatique dès le stade de conception des politiques de l'emploi. En particulier, des études de modélisation devraient être menées pour anticiper l'impact sur l'emploi des effets du changement climatique (par exemple augmentation des inondations dans les zones basses ou les îles, stress thermique, sécheresses persistantes affectant l'agriculture et la nutrition, pollution de l'environnement dans les zones urbaines, etc.).

La modélisation devrait également être réalisée pour différents cas de figure d'adaptation et d'atténuation. Les niveaux d'emplois directs et indirects attendus dans chaque secteur devraient, avec d'autres priorités cadres, guider les orientations économiques à adopter et à privilégier (par exemple investir dans une agriculture intelligente face au climat et dans la formation des agriculteurs, subventionner les investissements dans les énergies renouvelables et taxer les transports qui utilisent les combustibles fossiles, stimuler la construction verte qui se sert de matières premières locales et rendre les bâtiments moins énergivores, etc.)

C’est en partant de diagnostics et d'exercices de modélisation que les mesures cadres spécifiques doivent être identifiées. En s'inspirant des principes de l'OIT, les mesures qui peuvent s’envisager dans le cadre d'une politique de l'emploi sont les suivantes :

  • Aide budgétaire pour la sauvegarde des services écosystémiques destinés aux populations rurales pauvres.
  • Financement public pour les investissements dans l'économie verte apporteurs d’emplois (stimulus vert).
  • Écologiser le climat d'investissement grâce aux analyses d’impact sur l'environnement et aux encouragements aux entreprises vertes créatrices d'emplois.
  • Incitations fiscales pour l'écologisation des logements, des pratiques commerciales, des coûts pour le traitement des déchets, etc., en tenant compte de l'impact des politiques fiscales écologiques sur la parité entre les hommes et les femmes et sur d'autres aspects de la répartition.
  • Investissements publics dans les énergies renouvelables décentralisées et dans une meilleure gestion de l'eau et des eaux usées, en particulier dans les zones urbaines.

Globalement, il existe toute une série d'options permettant d’intégrer les préoccupations liées au changement climatique et la transition juste dans la (re)définition et la mise en œuvre d'une politique de l'emploi. Un nombre croissant de stratégies et de plans consacrés aux emplois verts, qui tiennent compte de la relation avec d'autres politiques, a été créé.

Certaines leçons générales allant dans le sens du soutien se dégagent des pratiques récentes de promotion d'une transition verte, y compris dans le contexte de la relance après le COVID-19 (on en trouve des exemples en Argentine, au Mexique dans et la région Asie, ainsi que des ressources) :

  • Énoncer et insister sur l'établissement de liens entre les stratégies de relance, l'économie verte et le cadre de transition juste.
  • Saisir les opportunités d’action et identifier les « agents de changement » lors de l'arrivée de nouveaux gouvernements, tout en cultivant les alliances.
  • Entreprendre une analyse factuelle des emplois verts dans les secteurs clés et communiquer les résultats aux décideurs politiques sous forme de recommandations claires et exploitables.
  • Rester réactif, servir de caisse de résonance et de créateur de réseau pour élargir le programme politique et les partenariats.
  • Mobiliser les partenaires sociaux et répondre à leurs intérêts à l'aide d'outils concrets et de conseils pratiques, et engager un dialogue social avec eux.

Le maintien du dialogue social, avec une représentation active des organisations de travailleurs et d'employeurs, tout au long du processus de définition des politiques est d'une importance cruciale pour renforcer le sentiment d'appropriation et obtenir des mesures cadres pragmatiques et axées sur la « réalité économique ». Certains pays ont également constitué des comités et des groupes de travail interministériels auxquels participe le personnel du ministère du travail ou de l'emploi. Dans certains cas, le soutien de programmes tels que le Partenariat des Nations unies pour l'action en faveur de l'économie verte (PAGE) a facilité la création d'un espace politique dans lequel des acteurs dont les intérêts sont différents peuvent examiner et concevoir des stratégies inclusives en matière d'économie verte et de relance.

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