Aider les femmes à s’entraider pour échapper à la pauvreté au Myanmar
Une organisation à but non lucratif, mise sur pied pour répondre aux dégâts provoqués par le cyclone Nargis, emploie des femmes pour gérer de petites entreprises au profit des communautés déshéritées.
YANGON (OIT Info) – Le cyclone Nargis a frappé le Myanmar en mai 2008, provoquant la mort de plus de 130 000 personnes et ravageant la région du delta de l’Irrawaddy, dans ce qui a été considéré comme la pire catastrophe naturelle qu’ait jamais connu le pays.
Comme cela se passe souvent dans ce type de tragédies, les pauvres et les personnes vulnérables ont été les plus durement touchés. Parmi les victimes, de nombreuses femmes qui ont survécu au cyclone se sont soudainement retrouvées seules à la tête de leur ménage, dans l’obligation de travailler.
Leur situation délicate a beaucoup touché Helen Gunthorpe, une spécialiste des maladies infectieuses de Californie, qui a passé plusieurs années à travailler avec les communautés rurales du Myanmar. Elle souhaitait venir en aide à ces femmes mais en allant au-delà de l’assistance humanitaire, en créant quelque chose de durable, qui ferait la promotion des normes internationales du travail et donnerait aux gens les moyens de leur autonomie.
Mme Gunthorpe a levé des fonds aux Etats-Unis et s’est associée à Kyi Kyi ‘Cathy’ Win Oo, une jeune créatrice d’entreprise birmane. En juin 2008, elles avaient créé «Business Kind», une organisation de femmes à but non lucratif, basée à Yangon, la capitale du Myanmar. Business Kind contribue à mettre sur pied de petites structures à but non lucratif dans les communautés déshéritées.
L’organisation se compose de trois entreprises sociales – Good sleep qui fabrique des moustiquaires, Good night, qui fabrique des bougies à la citronnelle (utilisées comme répulsif à insectes) et Good job, un centre de formation à la couture industrielle.
«Ces entreprises créent des emplois pour les femmes vulnérables; non seulement elles leur permettent d’acquérir de l’autonomie mais elles aident des communautés tout entières à sortir de la pauvreté», explique Cathy Win. Le programme Good sleep, en particulier, emploie de nombreuses femmes qui vivent avec le VIH/sida. Les moustiquaires qu’elles fabriquent sont vendues au prix du marché dans les centres commerciaux, les supermarchés et aux ONG locales et internationales. Les profits sont utilisés pour vendre des moustiquaires à prix subventionné aux villageois des communautés rurales qui, sans cela, n’auraient pas les moyens de s’en procurer. La fabrique de bougies à la citronnelle est gérée selon les mêmes principes, les profits de la vente de détail finançant les bougies à bas prix pour les villages ruraux.
Le centre de formation est installé dans l’usine de moustiquaires et, en plus des compétences de couture, les femmes reçoivent une formation en comptabilité et découvrent leurs droits de travailleuses. Le centre aide aussi les femmes à trouver des emplois sûrs et décents.
Plus récemment, Business Kind a créé une coopérative d’ouvrières du textile pour aider les femmes qui travaillent dans le textile à revendiquer leurs droits au travail.
En avril, l’OIT a invité Cathy Win – en tant que représentante de la coopérative des travailleuses – à sa première conférence des organisations syndicales au Myanmar depuis que la loi sur la liberté syndicale a été adoptée l’an dernier.
Elle constate que l’un des principaux défis est d’organiser les femmes. «Dans l’industrie textile, les travailleuses effectuent souvent des journées de 12 heures [y compris les heures supplémentaires] et n’ont que le dimanche comme jour de repos. Elles n’ont pas le temps de se réunir et c’est particulièrement important au Myanmar où les femmes sont vraiment réservées. Nous devons les encourager, leur donner l’occasion de travailler ensemble, de développer leurs capacités de commandement.»
Mais «beaucoup de progrès» ont été accomplis depuis l’an dernier, notamment grâce à une série de grèves dans différentes usines à travers le pays, et à Yangon en particulier, explique Cathy. Elle se tourne maintenant vers l’avenir. «Nous espérons obtenir des financements pour les deux prochaines années pour nous permettre de monter un centre communautaire avec une cuisine et une laverie, afin que les femmes puissent vraiment se reposer le dimanche.»
Son ambition va au-delà d’aider les femmes dans leurs tâches ménagères. La coopérative compte 300 membres, et Cathy Win espère porter ses effectifs à 10 000 dans les années à venir pour commencer à s’attaquer aux grands problèmes des femmes, comme les disparités de rémunération entre hommes et femmes.