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Que signifie réellement un travail durable ? Nouvelles perspectives de la Revue internationale du Travail

À partir du dernier numéro spécial de la Revue internationale du Travail, cet article explore pourquoi repenser le rôle du travail est essentiel pour faire progresser la justice sociale, l’emploi décent et la durabilité environnementale dans un monde en mutation.

11 avril 2025

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    Dominique Méda
    Professeure de sociologie et directrice de l’IRISSO, Université Paris Dauphine–PSL

Le numéro spécial de la Revue internationale du Travail consacré au travail soutenable marque un moment clé dans l’effort continu pour redéfinir ce que signifie un travail véritablementsoutenable. Cette collection de recherches de pointe va au-delà des discussions classiques sur la protection de l’emploi et le travail décent, en proposant une vision audacieuse et interdisciplinaire qui intègre les dimensions économiques, sociales et écologiques. À une époque où les marchés du travail sont bouleversés par les transformations technologiques, les crises climatiques et l’évolution des attentes des travailleurs, les réflexions présentées ici s’avèrent plus urgentes que jamais.

Depuis des décennies, les législations de protection de l’emploi ont été affaiblies au nom de la flexibilité du marché du travail, mais ces réformes ont souvent négligé leurs implications plus larges pour les travailleurs et la société. Ce numéro spécial propose une perspective essentielle et opportune : le travail soutenable ne consiste pas seulement à sécuriser l’emploi ou à améliorer les conditions de travail, mais à repenser le rôle fondamental du travail dans la vie humaine. Il nous invite à dépasser les débats politiques étroits pour poser des questions plus profondes : Quels types de travail favorisent l’épanouissement humain ? Comment organiser le travail pour garantir sa durabilité à long terme ? Et quel rôle les travailleurs doivent-ils jouer dans ces décisions ?

L’une des contributions majeures de ce numéro réside dans l’analyse de l’évolution du concept de travail durable. Initialement envisagé dans une perspective socio-technique, ce concept se préoccupait avant tout de limiter l’intensification du travail. Toutefois, la dimension écologique — déjà marginale dans les premières recherches — a fini par disparaître presque complètement. Les articles présentés ici s’opposent à cet oubli en affirmant que le travail durable ne peut être compris sans reconnaître l’épuisement conjoint des ressources humaines et naturelles comme des crises interconnectées. Le travail durable, tel qu’il est envisagé dans ce numéro, intègre les dimensions sociales et écologiques, élargit les frontières de ce que nous considérons comme travail, et prend en compte les interdépendances mondiales qui influencent aujourd’hui les conditions de travail.

Les propositions avancées dans ces articles sont ambitieuses. Elles dépassent le cadre traditionnel des « emplois verts » et du « travail décent » pour appeler à une repolitisation du travail lui-même. Comme le soulignent Herzog et Zimmermann dans leur contribution, le travail soutenable doit englober à la fois les activités productives et reproductives — celles qui soutiennent la vie humaine et l’environnement — tout en renforçant les capacités individuelles et collectives à prospérer. Cela signifie donner aux travailleurs une voix non seulement sur la manière dont ils travaillent, mais aussi sur ce qui est produit et dans quel but. Cela implique de repenser la gouvernance des entreprises, les droits du travail et les structures économiques pour faire en sorte que le travail serve des objectifs sociétaux et écologiques plus larges.

Cela soulève des questions urgentes : Comment permettre aux travailleurs de participer à des délibérations collectives sur la nature de leur travail ? Quels cadres juridiques faut-il mettre en place pour faire du travail soutenable une priorité mondiale ? Peut-on démocratiser les entreprises de manière à ce que les travailleurs puissent influencer à la fois leurs conditions de travail et l’impact de leur activité ? Et quel rôle les syndicats doivent-ils jouer dans cette transformation ? Les articles de ce numéro spécial constituent une base riche pour aborder ces débats essentiels.

Au fond, ce numéro spécial appelle à une redéfinition fondamentale du travail — une redéfinition qui reconnaît les liens profonds entre la production économique, le bien-être social et la durabilité environnementale. En élargissant et en affinant le concept de travail durable, ces contributions ouvrent la voie à des politiques du travail et à des pratiques professionnelles qui ne se contentent pas d’atténuer les dommages, mais qui contribuent activement à un monde plus juste et vivable. La Revue internationale du Travail est fière de présenter ce numéro spécial comme une contribution marquante dans le domaine, et espère qu’il inspirera de nouvelles recherches, des innovations politiques et des transformations concrètes.

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