Assemblées annuelles de la BAD
Des emplois productifs, essentiels pour tirer parti du dividende démographique de l'Afrique, affirme l'OIT aux Assemblées annuelles de la BAD
Lors des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement à Brazzaville, l'Organisation internationale du Travail a appelé à placer la création d'emplois productifs et décents au cœur des stratégies de transformation économique, tout en renforçant la coopération avec la Banque sur les questions d'emploi et de marché du travail.
2 juin 2026
BRAZZAVILLE (OIT Infos) – La croissance de la population jeune en Afrique peut devenir un puissant moteur de transformation économique si les pays placent la création d'emplois productifs et décents au centre de leurs stratégies économiques, a déclaré l'Organisation internationale du Travail (OIT) aux participants des Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD), organisées à Brazzaville du 25 au 29 mai 2026.
Ce message a été porté lors d'une table ronde de haut niveau organisée le 28 mai sur le thème « Tirer parti du dividende démographique de l'Afrique pour une transformation économique accélérée », puis réaffirmé au cours d'une série de réunions avec les dirigeants de la Banque africaine de développement, des représentants gouvernementaux, des organisations régionales et des partenaires sociaux tout au long de la semaine.
S'exprimant lors de cette table ronde, l'économiste en chef de l'OIT, Sangheon Lee, a estimé que les difficultés de l'Afrique en matière d'emploi ne devraient pas être considérées comme un problème de jeunesse, mais comme un défi plus large de transformation économique.
« Nous continuons à parler d'un problème de jeunesse, mais ce n'est pas vraiment un problème de jeunesse », a déclaré M. Lee. « Le véritable problème est le manque d'emplois productifs. »
M. Lee a souligné que le lien entre croissance économique et création d'emplois s'est considérablement affaibli dans de nombreux pays, ce qui signifie que la croissance seule ne suffit plus à générer un nombre suffisant d'opportunités d'emploi.
« L'un des principaux défis pour l'Afrique est que les liens fondamentaux entre la croissance économique d'une part et la création d'emplois d'autre part se sont considérablement affaiblis au cours des dernières décennies », a-t-il expliqué. « La croissance économique ne crée pas automatiquement des opportunités d'emploi. »
Il a averti que de nombreux jeunes qui trouvent un emploi restent piégés dans des emplois informels, précaires et à faible productivité, ce qui limite les perspectives des travailleurs et freine les gains de productivité.
Pour relever ces défis, M. Lee a appelé à placer les objectifs d'emploi au cœur des stratégies économiques et d'investissement. Il a insisté sur la nécessité de mieux relier les initiatives de développement des compétences aux politiques industrielles, aux stratégies de numérisation et aux efforts plus larges de transformation structurelle. Il a également souligné l'importance d'institutions solides du marché du travail, de systèmes de protection sociale et de politiques salariales qui valorisent les compétences et encouragent les jeunes à investir dans l'éducation et la formation.
« Les jeunes doivent voir que les compétences sont récompensées », a déclaré M. Lee. « Si vous possédez des compétences mais que vous n'êtes pas correctement rémunéré, les jeunes risquent de perdre tout intérêt à poursuivre leur formation et leurs études. »
M. Lee a également souligné l'importance de renforcer les systèmes d'information sur le marché du travail afin d'appuyer l'élaboration de politiques fondées sur des données probantes. Il a insisté sur la nécessité de compléter les statistiques traditionnelles du marché du travail par des sources de données et des outils d'analyse innovants, notamment des données administratives et à haute fréquence, afin d'aider les décideurs à réagir plus efficacement à l'évolution rapide des marchés du travail.
Il a également mis en avant la collaboration en cours entre l'OIT et la Banque africaine de développement en matière d'évaluation de l'impact sur l'emploi et d'efforts visant à combler les lacunes des données sur le marché du travail, notamment grâce à des approches innovantes permettant de mieux comprendre les résultats en matière d'emploi et d'identifier les possibilités d'action publique.
Tout au long des Assemblées annuelles, la délégation de l'OIT a tenu des discussions avec de hauts responsables de la Banque africaine de développement, notamment l'économiste en chef et vice-président de la Banque ainsi que des directeurs chargés des partenariats, de l'intégration régionale et de l'impact du développement. Ces échanges ont témoigné de l'intérêt croissant pour l'expertise de l'OIT en matière d'emploi, d'institutions du marché du travail et de qualité de l'emploi. Ils ont également permis d'explorer des possibilités de coopération dans les domaines de l'évaluation de l'impact sur l'emploi, de l'analyse des marchés du travail et de futurs travaux de recherche sur l'emploi et le développement, y compris un appui aux travaux analytiques prévus par la Banque sur l'emploi.
La délégation a également rencontré des représentants gouvernementaux, des organisations régionales et des partenaires sociaux afin de discuter de l'emploi des jeunes, du développement des compétences, des salaires et du dialogue social. Les discussions avec la Communauté d'Afrique de l'Est, la CSI-Afrique et les équipes pays de la Banque africaine de développement ont mis en évidence des priorités communes autour de la promotion de l'emploi productif, du renforcement des systèmes de compétences et de la création d'opportunités de travail décent pour les jeunes et les femmes dans le cadre de la transformation économique du continent.
Ces réunions ont également permis de faire progresser les discussions sur un partenariat institutionnel renforcé entre l'OIT et la Banque africaine de développement. Les deux organisations ont exprimé leur intérêt pour un approfondissement de leur coopération à travers des activités de partage des connaissances, des travaux analytiques conjoints et une collaboration plus étroite sur les stratégies de développement centrées sur l'emploi. Les discussions ont également fait avancer les travaux en vue d'un protocole d'accord formel, accompagné de nouvelles initiatives de partage des connaissances, qui fournirait un cadre pour la coopération future.
Alors que la population active africaine continue de croître, l'OIT et la Banque africaine de développement partagent un objectif commun : faire en sorte que la croissance économique se traduise par davantage d'emplois et de meilleurs emplois. Les discussions menées à Brazzaville ont confirmé que l'emploi productif, le travail décent et la qualité de l'emploi doivent être au cœur des efforts visant à tirer parti du dividende démographique de l'Afrique et à transformer la croissance économique en développement inclusif et durable.