ILO Voices | Entrepreneuriat féminin
Entre Maroc et Espagne, j’ai construit mon indépendance
Après plusieurs années de travail saisonnier dans l’agriculture en Espagne, Fatima Laanieg a participé au projet WAFIRA de l’OIT, où elle a appris à gérer une entreprise. Aujourd’hui, elle tient sa propre épicerie au Maroc avec l’aide de sa famille, tout en continuant à travailler à l’étranger une partie de l’année.
15 octobre 2025
J’ai toujours rêvé d’ouvrir ma propre épicerie pour être indépendante et construire quelque chose de durable pour ma famille. Grâce à un projet qui a appris à des femmes comme moi à créer et à gérer leur propre entreprise, j’ai pu transformer ce rêve en réalité.
J’ai toujours aimé travailler. L’école ne m’intéressait pas beaucoup; j’étais plutôt attirée par l’action et les activités pratiques. Quand j’étais plus jeune, mon travail principal consistait à m’occuper de la maison et des enfants. Mais dans ma tête, je me disais toujours: il me faut quelque chose à faire, quelque chose qui me rapporte un petit revenu à moi.
La cuisine et les tâches ménagères font partie de la vie quotidienne — nous le savons toutes. Mais je voulais une activité durable, quelque chose qui me tienne occupée et qui apporte un revenu supplémentaire pour aider mon mari. Chaque femme a ses ambitions.
Il y a quatre ans, j’ai entendu parler d’une possibilité de travailler à l’étranger comme ouvrière agricole saisonnière en Espagne, et je me suis inscrite. C’était la première fois que je voyageais à l’étranger, et j’avais un peu peur de laisser mes enfants et ma maison derrière moi.
Finalement, tout s’est bien passé. Les conditions de travail étaient bonnes et je n’ai rencontré aucune difficulté. Mais dans ma tête, je pensais toujours à créer ma propre entreprise. Le problème, c’est que je n’avais ni les moyens ni le savoir-faire.
Puis en 2022, j’ai reçu un appel de l’ANAPEC, l’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences du Maroc. Ils m’ont expliqué qu’il existait un programme destiné aux travailleuses agricoles saisonnières pour les aider à créer leur propre entreprise. J’ai rejoint le programme et, quand ils m’ont demandé: «Avez-vous déjà une idée?», j’ai répondu oui: ouvrir une épicerie.
Le programme de l’Organisation internationale du Travail (OIT) s’appelle WAFIRA, ce qui signifie «Femmes actrices rurales financièrement indépendantes». Nous avons eu des sessions de formation à la fois en Espagne et au Maroc.
Au début, beaucoup de femmes étaient inquiètes. Elles disaient des choses comme: «S’ils nous donnent une aide financière, ils la réclameront plus tard. On ne te donne jamais rien gratuitement.»
À Tanger, le ministre de l’Emploi est venu nous rencontrer. Nous avons aussi rencontré d’autres responsables. Les gens ont finalement compris que ce n’était pas quelque chose d’étrange, mais un véritable programme public.
Mon mari m’a également beaucoup soutenue. Il m’a dit: «Peu importe le résultat, l’important, c’est l’expérience. Au moins, on apprend et on avance.» Son soutien a tout changé.
Grâce à la formation que nous avons reçue dans le cadre du programme WAFIRA… j’ai appris à tenir mes papiers en ordre, à gérer les clients et à travailler avec les fournisseurs.
Fatima Laanieg, Entrepreneure, propriétaire d’une épicerie
Grâce à la formation que nous avons reçue dans le cadre du programme WAFIRA, nous avons appris comment créer une entreprise. Honnêtement, tout est entre vos mains — il suffit d’être une femme déterminée. L’essentiel, c’est la manière d’agir et de prendre des décisions.
On nous a appris à séparer l’argent personnel de l’argent de l’entreprise: l’argent que l’on investit pour acheter le stock et celui qui représente le bénéfice; combien on gagne sur chaque produit, comment le calculer… J’ai appris tout cela.
J’ai aussi appris à bien tenir mes papiers, à gérer les clients et à travailler avec les fournisseurs. Par exemple, quand le distributeur ou le fournisseur vient, il me remet une facture. S’il ne le fait pas, je la demande — parce que je dois savoir exactement ce que j’ai dépensé et ce qui est sorti.
Je continue à partir chaque année pendant quatre mois pour travailler en Espagne, et ma famille m’aide à s’occuper de la boutique pendant mon absence.
Quand je suis à la maison, je me lève à 7 heures. Je fais cuire entre 40 et 60 pains. Ma cuisine est juste à côté de la boutique, donc je peux faire le pain tout en gardant un œil sur le magasin. Je vends et je réapprovisionne. Les fournisseurs passent avec les œufs, le lait, les bonbonnes de gaz, et ainsi de suite.
Tant de choses ont changé. Les gens me connaissent maintenant. Ils disent: «Va à l’épicerie de Fatima!» Tout le monde me salue, on me reconnaît. Cela m’a donné une vraie confiance en moi. Je parle aux gens sans crainte. Ce projet m’a donné une force intérieure.
Avant, beaucoup de femmes s’inscrivaient pour aller travailler à l’étranger, laissaient leur famille, revenaient avec un peu d’économies puis dépensaient tout, en attendant l’année suivante pour repartir en Espagne.
WAFIRA a ouvert une porte pour moi et pour beaucoup d’autres femmes afin de lancer nos propres projets d’entreprise.
Les gens me connaissent maintenant. Ils disent: «Va à l’épicerie de Fatima!» Tout le monde me salue, on me reconnaît. Cela m’a donné une vraie confiance en moi.
Fatima Laanieg, Entrepreneure, propriétaire d’une épicerie
Mon rêve, c’est que mon projet réussisse. Je veux constituer un petit capital. Pour l’instant, c’est modeste, mais je travaille dur pour qu’un jour cela devienne quelque chose de plus grand.
Pourquoi ne pas commencer avec une petite boutique, puis la transformer en supermarché, et plus tard en ouvrir d’autres ailleurs? Mon projet grandit — pas à pas.
Quand mon fils sera grand, j’aimerais aussi qu’il se lance dans le commerce et qu’il apprenne ce métier. C’est ma vision et mon rêve.
En bref
- WAFIRA signifie «Femmes actrices rurales financièrement indépendantes».
- Le projet aide les travailleuses migrantes marocaines à construire des moyens de subsistance durables dans leur pays. Il promeut la formation à l’entrepreneuriat, à la gestion financière et à l’égalité entre les sexes.
- Grâce à WAFIRA, plus de 200 femmes ont formalisé leur entreprise et renforcé leur indépendance financière.
- Il a été réalisé dans le cadre du mécanisme Mobility Partnership Facility, géré par le Centre international pour le développement des politiques migratoires (ICMPD) et financé par la Commission européenne. Cette initiative financée par l’UE soutient la dimension externe de la politique migratoire de l’Union européenne.
- Sous la coordination du ministère espagnol pour l’inclusion, la sécurité sociale et la migration (SEM), le projet WAFIRA est mis en œuvre au Maroc par l’OIT en collaboration avec le ministère marocain de l’inclusion économique, de la petite entreprise, de l’emploi et des compétences (MIEPEEC) et l’Agence nationale de promotion de l'emploi et des compétences (ANAPEC). L’Association des Coopératives de l’Andalousie (Cooperativas) met en œuvre les activités en Espagne.
- Le 15 octobre est la Journée internationale des femmes rurales, qui reconnaît l’importance de l’autonomisation des femmes rurales.
Entretien avec Jean-Christophe Filori, Chef de la coopération au sein de la délégation de l’Union Européenne au Maroc
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WAFIRA – Women As Financially Independent Rural Actors