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Établir les bases de la justice sociale

Établir les bases de la justice sociale

L’OIT est l’institution spécialisée du système des Nations Unies chargée des questions relatives au travail. Ses principaux objectifs sont de promouvoir les droits au travail, d’encourager la création d’emplois décents, d’étendre la protection sociale et de renforcer le dialogue social. En 1969, l’Organisation a reçu le prix Nobel de la paix.

Découvrez notre InfoStory pour savoir comment la création de l’OIT a jeté les bases de la justice sociale.

Pourquoi l’Organisation internationale du travail a-t-elle été créée ?

La création de l’OIT a été suscitée par les bouleversements qui ont marqué le début du XXe siècle: industrialisation accélérée, guerres et révolutions.

Photo: Le monument Les quatre races, érigé en 1937 sur le Square Albert Thomas à Genève, représente les travailleurs des divers métiers et continents.

Industrialisation accélérée

Au tournant du XXe siècle, le monde du travail connaissait de profonds bouleversements. Le passage de travailleurs de l’agriculture vers l’industrie s’est accéléré à un rythme sans précédent.

Les conditions de travail étaient souvent mauvaises; les inégalités et l’exploitation allaient en s’aggravant. Les mécanismes d’inspection des lieux de travail et la responsabilité des employeurs étaient faibles, et les tragédies industrielles fréquentes.

Photo: La forge d’Eiserfeld, Allemagne, en 1900. Crédit: Peter Weller.

Les conditions du travail au tournant du XXe siècle

2 millions
d’enfants

2 millions d’enfants

C’est l’estimation du nombre d’enfants travaillant comme ouvriers aux États-Unis en 1910

350 000
travailleurs

350 000 travailleurs

C’est le nombre de travailleurs qui ont quitté leur travail pour manifester lors de la première journée internationale des travailleurs en 1886, et revendiquer la journée de huit heures

7
mois

7 mois

C’est la durée de la grève qui a précédé le massacre de Ludlow, perpétré en 1914 par la garde nationale et des gardes de l’entreprise en représailles contre la grève dans les mines de charbon du Colorado

5
ans

5 ans

C’est l’âge du plus jeune des enfants qui travaillaient dans les mines aux États-Unis en 1885

52
heures

52 heures

C’était la durée hebdomadaire du travail à l’usine Triangle Shirtwaist, à New York en 1911

2 000
explosions

2 000 explosions

C’est le nombre d’explosions de chaudières aux États-Unis entre 1880 et 1890

1 099
mineurs

1 099 mineurs

C’est le nombre de mineurs tués par un «coup de poussière», connu sous le nom de catastrophe de Courrières, qui a eu lieu en France en 1906

10
livres

10 livres

C’est le montant de l’amende payée pour cause de violation des règles de sécurité par le propriétaire de l’entreprise minière Senghenydd Colliery, au pays de Galles après une explosion qui a tué 439 mineurs en 1913

80%
de travailleuses

80% de travailleuses

C’est, au Royaume-Uni, la proportion de travailleuses dans cinq branches d’activité à faible rémunération: textile, agriculture, travail domestique, commerce de détail, couture

Un programme social mondial

Partout dans le monde, le travail était en bonne place sur les ordres du jour politiques, surtout dans les pays en voie d’industrialisation rapide.

On prenait conscience de l’interconnexion des marchés du travail et de la nécessité de coopérer à l’échelle mondiale pour protéger les travailleurs et pour maintenir la compétitivité des pays socialement avancés.

Photo: Travailleurs sur le port d’Hambourg, Allemagne, en 1900. Crédit: Johann Hamann.

Guerre et révolution

En 1919, le traité de Versailles met fin à la première guerre mondiale, mais au même moment la Russie connaît la révolution et la guerre civile, tandis que l’agitation sociale se répand en Europe.

L’OIT et la Société des Nations ont été fondées ensemble, comme parties intégrantes du processus de paix. Il s’agit là de la première tentative de tous les temps pour renforcer la coopération internationale en créant des organisations universelles chargées des problèmes politiques, sociaux et économiques du monde.

Photo: Quelques-unes des signatures au bas du traité de Versailles, du 28 juin 1919. Crédit: Amalgamated Press Ltd.

La Constitution de l’OIT

La Constitution de l’OIT a été élaborée par la Commission de la législation du travail internationale, dans le cadre de la Conférence de la Paix, en 1919. Le préambule de la Constitution expose les principes fondateurs de l’Organisation.

Il existe des conditions de travail impliquant pour un grand nombre de personnes l'injustice, la misère et les privations, ce qui engendre un tel mécontentement que la paix et l'harmonie universelles sont mises en danger

Une paix universelle et durable ne peut être fondée que sur la base de la justice sociale

La non-adoption par une nation quelconque d'un régime de travail réellement humain fait obstacle aux efforts des autres nations désireuses d'améliorer le sort des travailleurs dans leurs propres pays

Justice sociale

La justice sociale et des conditions de travail humaines sont impossibles si les travailleurs ne peuvent faire entendre leur voix. L’OIT est fondée sur un système par lequel les gouvernements, ainsi que les représentants des employeurs et des travailleurs siègent autour de la même table, pour débattre ouvertement et élaborer ensemble les normes du travail.

Cela s’appelle le tripartisme et reste, aujourd’hui encore, le trait caractéristique de l’Organisation.

Photo: les trois clés symboliques représentant le tripartisme qui ont été utilisées lors de l’inauguration du siège de l’OIT le 6 juin 1926. Crédit: © Organisation internationale du Travail (OIT).

Les premières normes du travail

Établir des normes internationales du travail est le cœur de l’activité de l’OIT.
Durant les deux premières années de son existence, l’OIT a adopté 16 conventions et 18 recommandations internationales du travail.

Durée du travail

Convention (n° 1) sur la durée du travail (industrie), 1919

La toute première convention de l’OIT limite la durée du travail dans l’industrie à huit heures par jour et à 48 heures par semaine. La limitation de la durée du travail était depuis de nombreuses années l’une des principales revendications du mouvement syndical international. (Crédit photo: Lewis Hine)

Protection de la maternité

Convention (n° 3) sur la protection de la maternité, 1919

L’une des premières priorités de l’OIT était d’adopter des normes pour protéger les femmes au travail. Cette convention vise à garantir un congé de maternité rémunéré de six semaines avant les «couches» et de six semaines, obligatoirement, après la naissance.

Âge minimum

Convention (n° 5) sur l'âge minimum (industrie), 1919

Cette convention est le tout premier instrument relatif aux droits des enfants. Il est établi que les enfants de moins de 14 ans ne doivent pas être employés dans des activités telles que les mines, l’industrie manufacturière, la construction ou les transports.

Chômage

Convention (n° 2) sur le chômage, 1919

Cette convention représente la première tentative, pour l’OIT, de s’attaquer à la question de la protection sociale. Il était aussi urgent de réintégrer dans la main-d’œuvre les soldats démobilisés. (Crédit photo: Dorothea Lange)

Travail de nuit des femmes

Convention (n° 4) sur le travail de nuit (femmes), 1919

Cette convention interdit l’emploi des femmes entre dix heures du soir et cinq heures du matin: elle a été considérée comme une importante mesure de protection à une époque où l’égalité entre hommes et femmes était encore un objectif lointain. (Crédit photo: Great Falls Commercial Club)

Travail de nuit des enfants

Convention (n° 6) sur le travail de nuit des enfants (industrie), 1919

Cette convention interdit le travail de nuit des enfants de moins de 16 ans et ne l’autorise que dans certaines activités pour les jeunes de moins de 18 ans. (Crédit photo: Lewis Hine)

Albert Thomas & les pionniers

Albert Thomas fut le premier directeur du BIT, de 1919 à 1932. Il a sans trêve parcouru le monde en quête du soutien des travailleurs, des employeurs et des hommes politiques aux objectifs et à l’action de l’OIT.

Il avait pour objectif d’établir solidement la place dans le monde de l’organisation naissante, et notamment de promouvoir un syndicalisme libre en des temps où de nombreux pays n’avaient pas de régime démocratique. Durant son mandat, le nombre d’États membres, issus des cinq continents, est passé de 44 à 54.

Photo: le premier directeur du BIT fut l’homme politique français Albert Thomas. Crédit: © Organisation internationale du Travail (OIT).

Les principes fondateurs aujourd’hui

Aujourd’hui, l’OIT est forte de 187 états membres. Assurer la paix grâce à la justice sociale reste au cœur du travail de l’Organisation. Face à la mondialisation accélérée et à de graves crises économiques, l’OIT reste guidée par ses principes fondateurs et elle continue de réaffirmer leur validité en ce XXIe siècle.

Photo: La 86e session de la Conférence internationale du Travail, en 1998, dans la Salle des assemblées du Palais des Nations à Genève. Crédit: © Organisation internationale du Travail (OIT).