Septième Réunion régionale européenne Les pays d'Europe et d'Asie centrale élargissent leur programme social

La région européenne de l'OIT est vaste et variée. Elle englobe l'Europe et l'Asie centrale, de l'Atlantique au Pacifique, et se compose de cultures et de sociétés très différentes les unes des autres. Malgré cela, lors de la septième Réunion régionale européenne, qui s'est tenue du 14 au 18 février à Budapest, les 50 Etats membres de cette région sont convenus "d'œuvrer ensemble, par le dialogue et la coopération, pour promouvoir un avenir commun de démocratie, de prospérité économique et de justice sociale".

BUDAPEST - Les conclusions de la septième Réunion régionale européenne de l'OIT sont nettes et précises.

A l'issue d'une semaine de débats marqués par la volonté d'être plus "interactifs", plus de 600 représentants des travailleurs, des employeurs et des gouvernements ont adopté une série de conclusions très ambitieuses affirmant que "une bonne gouvernance, des progrès économiques et sociaux et la lutte contre la corruption reposent sur des institutions démocratiques qui tirent leur légitimité d'une représentation librement élue, d'un dialogue social efficace, des droits et principes fondamentaux au travail et du respect du droit".

Le dialogue a été le maître-mot de la réunion; dialogue entre des Etats qui se situent à tous les stades de l'évolution actuelle de l'Europe - les 25 membres de l'Union européenne, les pays couverts par le Pacte de stabilité pour la reconstruction de l'Europe du Sud-Est, la Communauté des Etats indépendants (CEI) et le Conseil de l'Europe.

Une diversité illustrée par la présence de plus de 30 ministres du Travail, de quatre chefs de gouvernement - Ferenc Gyurcsány, Premier ministre de la Hongrie; Jean-Claude Juncker, Premier ministre du Luxembourg, qui assure actuellement la présidence de l'Union européenne; Danial Akhmetov, Premier ministre du Kazakhstan, et Lawrence Gonzi, Premier ministre de Malte - et du Commissaire européen à l'emploi et aux affaires sociales, Vladimir Spidla.

"Nous assistons à une intensification du rôle que joue l'OIT dans l'amélioration du dialogue social, de la gouvernance et de l'intégration économique pour la construction d'un avenir commun en Europe et en Asie centrale", a déclaré Juan Somavia, Directeur général du BIT. "Cela donnera plus de force à notre Organisation et à ses partenaires sociaux, dans leur action en faveur du travail décent."

La Réunion régionale de l'OIT est le seul espace institutionnel régional où les 50 Etats de la région européenne se réunissent pour examiner, de façon tripartite, les questions du monde du travail qui les intéressent tous. Outre les représentants politiques, les partenaires sociaux ont également joué un rôle essentiel. Michel Barde, porte-parole des employeurs, et Ursula Engelen-Kefer, porte-parole des travailleurs, ont prononcé des allocutions. Le ministre de l'Emploi et du Travail de la Hongrie, Gabor Csizmar, a été élu président de la réunion. Le président du Conseil d'administration, Philippe Séguin, a présidé une réunion ministérielle informelle, tenue dans le somptueux décor du parlement hongrois, sur le suivi du rapport de la Commission mondiale sur la dimension sociale de la mondialisation, publié en 2004.

L'emploi, la croissance et une mondialisation juste

La réunion se tenait alors que le BIT venait de publier un rapport plutôt pessimiste sur la situation de l'emploi dans le monde et en Europe. Le rapport annuel sur les tendances de l'emploi dans le monde confirme en effet que malgré une croissance vigoureuse, l'économie mondiale ne crée pas suffisamment d'emplois. A propos de l'Europe et de l'Asie centrale, il constate qu'en 2004 l'emploi n'a progressé que de 0,5 pour cent alors que la croissance économique a atteint 3,5 pour cent.

"La dure réalité est que l'économie mondiale ne crée pas suffisamment d'emplois et ne parvient pas à contenir l'essor de l'économie informelle où plus d'un milliard de travailleurs vivent dans une misère noire", a fait observer M. Somavia. "Force est de constater qu'à bien des égards, 2004 a été une année perdue pour l'emploi."

"Les difficultés à vaincre sont immenses mais la créativité du tripartisme et du dialogue social l'est aussi", a t-il affirmé. "Dans chaque pays, apparaissent des solutions nouvelles, adaptées aux préoccupations nouvelles des travailleurs et des employeurs. Derrière toutes les divergences, il y a une aspiration commune."

Les participants ont considéré que l'amélioration de la situation de l'emploi dans le monde passait par le dialogue social et une mondialisation juste. M. Somavia, les Premiers ministres de la Hongrie, du Luxembourg, du Kazakhstan et de Malte ainsi que des représentants des partenaires sociaux, en les personnes de François Périgot, président de l'Organisation internationale des employeurs et John Monks, secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats, ont participé à une table ronde sur ce thème, qui était intitulée: "Le dialogue social survivra-t-il à la mondialisation?"

En réponse à cette question, les délégués ont considéré que le rapport de la Commission mondiale sur la dimension sociale de la mondialisation "est utile pour stimuler le dialogue à l'échelle nationale, régionale et internationale, en vue de la promotion du travail décent en tant qu'objectif mondial" et se sont félicités de la résolution adoptée en décembre dernier par l'Assemblée générale des Nations Unies, demandant que les recommandations de la commission soient prises en compte lors de l'examen de la réalisation des Objectifs de développement pour le Millénaire, qui aura lieu prochainement.

"Une mondialisation équitable et sans laissés-pour-compte créera des débouchés pour tous", a affirmé M. Somavia. Cette question de la gouvernance sera au centre des débats nationaux et internationaux pendant les années à venir. Nous ne pouvons étendre la démocratie en passant outre à la demande de travail décent. Le travail décent dans une mondialisation juste est un objectif réalisable."

Dans leurs conclusions, les délégués ont relevé que la mondialisation et une intégration économique rapide constituaient des défis communs pour les travailleurs de la région de l'Europe et de l'Asie centrale. Ils ont constaté qu'ils partageaient "un point de vue commun quant à la nécessité d'une plus grande cohérence à l'échelle nationale, régionale et mondiale des politiques économiques, sociales, financières et commerciales et de travail décent, fondées sur les principes et droits fondamentaux au travail, l'emploi, la protection sociale et le dialogue social."

Ils ont considéré que l'OIT devrait collaborer davantage avec les pays donateurs et la Commission européenne pour aider, dans le cadre d'une coopération technique, les pays qui en font la demande, à élaborer une politique de travail décent.

Les différentes étapes de la vie

Avec le soutien du gouvernement hongrois et de la présidence luxembourgeoise de l'UE, les participants ont adopté une approche novatrice en préconisant l'élaboration de politiques destinées à aider les individus à franchir sereinement les grandes étapes de leur vie privée et de leur vie professionnelle, à savoir: le passage de l'école à la vie active, le passage d'un emploi à un autre, le passage d'un pays à un autre et le passage de la vie active à la vieillesse.

Dans leurs conclusions, ils demandent aux gouvernements, en consultation avec les partenaires sociaux, de tenir compte des besoins des jeunes travailleurs dans leurs "stratégies nationales pour l'emploi"; ils encouragent l'OIT à poursuivre les consultations tripartites sur la flexibilité et la sécurité pour aider les entreprises et les travailleurs à mieux relever les défis d'une concurrence accrue et de l'adaptation à des marchés en mutation rapide; ils demandent aux mandants tripartites de contribuer à l'élaboration d'un "cadre multilatéral non contraignant relatif à une approche des migrations de main-d'œuvre, fondé sur les droits", décidée au mois de juin de l'année dernière lors de la Conférence internationale du Travail de l'OIT; et ils invitent l'OIT à fournir une assistance technique aux mandants de la région et à faciliter l'échange d'expériences pour la conception et la gestion des régimes de pension.

Dans le supplément à son rapport sur les tendances mondiales de l'emploi, qu'il a publié à l'occasion de la septième Réunion régionale européenne ( Note 1), le BIT indique qu'en 2004, le nombre de chômeurs - 35 millions - est resté stationnaire en Europe et en Asie centrale ( Note 2).

Plus précisément, le chômage est passé de 9,1 à 9 pour cent dans l'Europe des 25, de 8,5 à 8,3 pour cent en Europe centrale et orientale ( Note 3) ainsi que dans la CEI, et de 4,2 à 4,1 pour cent dans les pays d'Europe occidentale qui ne sont pas membres de l'UE ( Note 4). Dans toute la région, le nombre d'emplois n'a augmenté que de 2 millions (soit 0,5 pour cent) alors que la croissance du PIB a été 3,5 pour cent. Cela signifie que la croissance économique a été moins riche en emplois qu'en 2003 où le PIB n'avait progressé que de 2,2 pour cent, mais l'emploi avait augmenté de 0,4 pour cent.

Le taux de chômage actuel de l'Europe des 25 est inférieur aux 11,2 pour cent qu'il avait atteint au cours de la décennie précédente. En revanche, celui des pays émergents d'Europe centrale et orientale et des Etats de la CEI est nettement plus élevé, puisqu'il était de 6,5 pour cent en 1994. Et celui des pays d'Europe occidentale qui ne sont pas membres de l'UE n'a pratiquement pas bougé en dix ans, dépassant à peine 4 pour cent; ce sont les seuls pays de la région qui n'ont pas un taux de chômage supérieur à la moyenne mondiale.

Cela étant, l'analyse des indicateurs du marché du travail de la région révèle aussi que malgré la stagnation relative de l'emploi et du chômage, la productivité du travail (c'est-à-dire la production par personne employée) s'est nettement améliorée, surtout en Europe centrale et orientale et dans les pays de la CEI, où elle a augmenté de plus de 4 pour cent par an en moyenne au cours des cinq dernières années. Dans l'Europe des 25 également, l'accroissement de la productivité a été supérieur à la moyenne mondiale pendant cette période, en grande partie grâce aux bons résultats des nouveaux membres.

Le BIT fait observer que plusieurs pays de la région réussissent apparemment à maintenir un chômage peu important et des taux d'activité élevés, sans accélération de l'inflation ni aggravation des inégalités de revenu. Dans le rapport qu'il a présenté à la septième Réunion régionale européenne ( Note 5), le Directeur général du BIT constate que le dialogue social a joué un rôle décisif en permettant d'équilibrer les pressions sociales et les contraintes économiques. Il s'associe à la Task-force européenne pour l'emploi, qui considère que les travailleurs et les entreprises doivent apprendre à s'adapter plus rapidement et qu'il faut attirer davantage de personnes sur le marché du travail, investir davantage et de manière plus efficace dans les ressources humaines et assurer une mise en œuvre efficace des réformes en s'appuyant sur une meilleure gouvernance.

Pour un complément d'information

Les questions de l'égalité des sexes, de la mondialisation, de la gouvernance et des migrations comptent parmi celles qui ont le plus retenu l'attention des participants à Budapest. Pour des informations sur chacune de ces questions et sur d'autres, se rendre à l'adresse www.ilo.org/communication et cliquer sur Evénements et campagnes. On trouvera également sur ce site des photos et quatre films préparés pour la réunion.


Note 1 - Global Employment Trends, Brief, février 2005, et Supplement for Europe and Central Asia, février 2005. BIT, Genève, 2005. Pour des renseignements complémentaires, voir www.ilo.org/trends.

Note 2 - La région de l'Europe et de l'Asie centrale se compose de l'Europe des 25, de l'Europe occidentale (non membres de l'UE), de l'Europe orientale et des pays de la CEI (y compris la Turquie et Israël).

Note 3 - Y compris la Turquie et Israël.

Note 4 - Islande, Norvège et Suisse.

Note 5 - Septième Réunion régionale européenne, rapport du Directeur général, vol. II: Gérer les transitions: Gouvernance et travail décent, pp. 18-19. BIT, Genève, 2005. www.ilo.org/europe.