Après le tsunami: L'OIT aide les populations à reconstruire leur vie et à retrouver des moyens de subsistance

Le séisme et le tsunami qui ont frappé l'Asie au mois de décembre ont fait des milliers de morts. De plus, en Inde, en Indonésie, aux Maldives, en Malaisie, au Myanmar, aux Seychelles, à Sri Lanka, en Somalie et en Thaïlande, quatre millions de personnes ont perdu leurs moyens de subsistance et risquent de s'enfoncer dans la pauvreté. L'OIT a mis en place plusieurs programmes pour aider les habitants à reconstruire leur vie.

Dès les premiers jours qui suivirent la catastrophe, l'OIT a commencé à planifier la reconstruction et un redressement rapide tout en parant au plus pressé sur le terrain. Sa stratégie se fonde sur le principe que les activités de reconstruction elles-mêmes doivent être créatrices d'emplois et générer des revenus.

Les principaux éléments de cette stratégie sont les suivants:

  • Techniques de reconstruction à forte intensité de main-d'œuvre pour que la population retrouve rapidement des emplois et des revenus pendant la remise en état de l'infrastructure de base.
  • Redressement de l'économie locale par les méthodes dites de "développement économique local": recherche de débouchés économiques, aide aux entreprises, investissements favorables à l'emploi, financement solidaire, création de coopératives, dialogue social et renforcement de l'autonomie de la population locale.
  • Création de bureaux de placement et de services de formation pour faciliter la remise sur pied du marché du travail et permettre aux demandeurs d'emploi de savoir où sont les emplois disponibles.
  • Conseils et assistance technique pour l'établissement de filets de sécurité sociale et d'autres formes de protection sociale à l'intention de l'ensemble de la population, qu'elle vive de l'économie formelle ou de l'économie informelle.

Ce faisant, l'OIT tente de venir en aide aux plus vulnérables: les nombreux orphelins qui sont à la merci des trafiquants et risquent d'être astreints à des travaux très dangereux. Certains de ces enfants ont vu leur avenir disparaître sous les eaux. Mais ils ne sont pas les seuls. Il y a aussi les femmes qui se sont retrouvées seules à la tête de leur ménage, les travailleurs migrants qui n'ont plus d'endroit où retourner. Partout où je suis allé, l'OIT était déjà en train de reconstruire l'avenir de ces personnes.

A ce jour, le montant total des ressources budgétaires et extrabudgétaires mobilisées et promises pour financer la riposte de l'OIT au séisme et au tsunami, s'élève à 13,3 millions de dollars. L'Organisation a soumis deux projets, l'un pour l'Indonésie et l'autre pour Sri Lanka, qui représentent un montant de 15,4 millions de dollars, dans le cadre de l'appel lancé par les Nations Unies neuf jours après la catastrophe pour financer les opérations de secours d'une quarantaine d'institutions des Nations Unies et d'ONG. Depuis, 18 propositions d'action ont été élaborées et transmises à des donateurs potentiels pour les différents pays touchés, et des projets sont en cours dans le cadre du programme coordonné du PNUD. J'espère que ces photos illustreront non seulement les besoins mais aussi la volonté de reconstruire et de vivre.

Prévenir l'exploitation des enfants après le tsunami

En Indonésie et à Sri Lanka, le BIT-IPEC s'attaque aux formes anciennes et nouvelles de travail des enfants, à la faveur du processus de reconstruction et de développement qui se met en place après le tsunami. Il adopte pour ce faire une double stratégie ; d'une part, il conseille les responsables politiques et les aide à intégrer la question du travail des enfants dans le plan d'urgence mis en œuvre à l'échelon national et, d'autre part, il propose différents services sociaux dans le but de prévenir et de réduire le travail des enfants par des interventions ciblées.

En Indonésie, le BIT-IPEC a très vite lancé un nouveau programme à Banda Aceh. Avec le centre local de formation professionnelle, il propose des cours de formation pratique de base aux jeunes de 15 à 17 ans qui vivent dans des camps de personnes déplacées. Il est en train de créer un centre d'aide à l'enfance qui mettra différents services à la disposition des enfants des camps et des communautés touchées par le tsunami. Et dans les mois qui viennent, il étendra son action aux jeunes qui sont en danger.

A Sri Lanka, le BIT-IPEC interviendra plus particulièrement dans deux zones: le district de Trincomalee, Kinnya, l'est du pays, et le district de Galle, Koggala, dans le sud. En collaborant avec les structures locales, il proposera un programme d'enseignement et de formation ainsi que des services sociaux aux jeunes victimes, dont les familles et les tuteurs bénéficieront de filets de sécurité sociale, mis en place aux échelons local et national.

Formation et emploi à Aceh

La province indonésienne de Aceh, 4,2 millions d'habitants, comptait environ 250 000 chômeurs avant que le tsunami ne frappe l'île de Sumatra. D'après les estimations, elle en aurait aujourd'hui 600 000 de plus. L'OIT a établi des centres pour l'emploi qui enregistre les offres et les demandes d'emploi tout en recensant les besoins et les possibilités de formation. Alan Boulton, du bureau de l'OIT à Djakarta, qui s'est rendu à Banda Aceh à la fin du mois de mars, a envoyé le rapport qui suit.

BANDA ACEH - L'aéroport de Banda Aceh est moins encombré qu'il y a quelques mois. On y voit très peu de soldats et d'avions militaires étrangers. En se rendant vers la ville, on passe devant l'une des fosses communes où sont enterrées les victimes du tsunami.

"Lorsque je suis venu ici, il y a deux mois, la puanteur qui se dégageait de cet endroit et l'activité incessante des engins de terrassement m'avaient frappé et tout de suite fait comprendre l'ampleur de la catastrophe", se souvient Alan Boulton, Directeur du bureau de l'OIT à Djakarta. "Aujourd'hui, un jardin a été aménagé et une jolie barrière a été construite. Cela me fait plaisir."

Boulton, qui accompagnait le ministre de la Main-d'œuvre et des Migrations de l'Indonésie, Fahmi Idris, a d'abord assisté à une remise de chèques aux veuves et aux familles du personnel du géant du ciment Lafarge, dont l'entreprise a été gravement endommagée par le tsunami.

Le ministre s'est ensuite rendu à l'Institut provincial de formation professionnelle, à Banda Aceh, et, le 21 mars, a procédé à l'inauguration officielle des services de l'emploi pour la population de Nanggroe Aceh Darussalam (ESPNAD). Les principaux secteurs dans lesquels les emplois ont disparu sont le secteur tertiaire, suivi de l'agriculture, des plantations, de la pêche et du petit commerce.

L'ESPNAD, qui est entré en fonction le 7 février, a déjà plus de 9 000 demandeurs d'emploi inscrits. Il a placé près de 400 personnes dans des emplois temporaires ou à durée déterminée. Il met à profit le processus d'inscription pour recenser les qualifications manquantes et proposer la formation qui convient.

Dans son discours, le ministre a dit que le gouvernement était reconnaissant à l'OIT de sa collaboration dans la province et de la création des services de l'emploi. "La participation active des habitants à la reconstruction et au redressement de la province, grâce à l'amélioration de leurs qualifications et compétences est très importante", a-t-il ajouté.

"Juste après le tsunami, et lorsque je suis allé pour la première fois à Banda Aceh avec des responsables du ministère, les 13 et 14 janvier, l'OIT n'avait ni activités ni représentation à Aceh", explique Boulton. "Aujourd'hui, nous avons des centres pour l'emploi dans la capitale de la province, Banda Aceh, ainsi qu'à Meulaboh et nous en ouvrirons un autre à Lhokseumawe dans quelques semaines."

Outre l'inscription des demandeurs d'emploi, le service de placement et le recensement des besoins et des possibilités de formation, ces centres sont en train de constituer une base de données qui contiendra les noms de personnes qualifiées auxquelles pourront faire appel les employeurs et les entreprises pour les travaux de reconstruction, qui dureront des mois, voire plusieurs années ici. Ce faisant, ils pourront combler l'écart entre la demande et l'offre de qualifications en mettant en place une formation adaptée.

Outre l'apprentissage des méthodes de construction et des cours destinés au personnel d'encadrement chargé de déblayer les décombres, des ateliers de formation spécialement destinés aux enfants de 15 à 17 ans sont organisés ; ils comprennent des cours de menuiserie, de couture et de broderie et une initiation à l'informatique. En tout, 192 enfants participeront à ces ateliers, à raison de 12 jours chacun.

Pour les personnes qui voudraient se mettre à leur compte ou monter une petite entreprise, une série de cours de brève durée est organisée dans le cadre du programme "Gérez mieux votre entreprise" (GERME). Les 50 personnes qui ont déjà suivi ces cours peuvent maintenant en former d'autres au sein de leurs organisations et institutions respectives. La population cible est, entre autres, celle des hommes et des femmes de moins de 28 ans, des femmes chefs d'entreprise et des syndicalistes.

Enfin, l'OIT a contribué à l'élaboration du plan d'ensemble du gouvernement pour la reconstruction et, en particulier, de la stratégie pour l'emploi. La première ébauche de ce plan vient d'être rendue public par le Vice-président de l'Indonésie. Sa version définitive sera mise au point après consultation des collectivités locales, et c'est le Président qui la présentera.