Pour une amélioration des conditions de vie des agriculteurs aux Comores

Article | 26 May 2020
L’Union des Comores a une économie dualiste caractérisée par l'agriculture de subsistance (52% du PIB) et le secteur des services (36% du PIB) fortement tributaire des importations et des fonds envoyés par la diaspora (25 % du PIB) en 2015.

Le manque d'opportunités aux Comores s’intensifie et pour la majorité des travailleurs, l'emploi informel constitue la seule option. La vulnérabilité se manifeste également dans les trajectoires du marché du travail aux Comores, car les jeunes souffrant de longues périodes de chômage sont plus exposés à l'informel et à l'insatisfaction, suggérant que les chômeurs finissent par être poussés vers des emplois informels qui procurent peu de satisfaction avec des conditions de travail précaires, notamment un salaire en–deçà du salaire minimum, le non-respect de la législation du travail, l’inexistence de protection sociale et de dialogue social.

En outre, le secteur agricole est un secteur clé pour le développement du pays, tant en termes d’emploi (80% de la population active) qu’en termes de revenus (90% des exportations du pays). Le développement de ce secteur, son organisation à travers la mise en place de coopératives et l’augmentation de son attractivité est une priorité pour le gouvernement.

De plus, l’OIT considère que les coopératives sont importantes pour l’amélioration des conditions de vie et de travail des hommes et des femmes de façon générale et la mise en place d’infrastructures et de services essentiels même dans les zones négligées par les pouvoirs publics et les entreprises en quête d’investissements. Les coopératives ont prouvé leur capacité à créer des emplois et à les préserver – elles emploient plus de 100 millions de personnes aujourd’hui, et elles concourent à la progression de l’agenda global pour l’emploi de l’OIT et à la promotion du travail décent.

C’est donc dans ce sens que le projet EDLIC (Emploi, Développement Local Intégré des Comores) a initié la formation de 5 formateurs en Think Coop et Start Coop qui a permis de développer des compétences pour générer et démarrer des coopératives au niveau national.

Environ 40 000USD ont donc été alloués pour la formation de 100 agriculteurs de la commune de Mboinkou.

Cette activité s’inscrit dans la mise en œuvre des priorités des cadres stratégiques pertinents élaborés, principalement la SCA2D 2015-2021, l’UNDAF 2015-2021, la Politique Nationale de l'Emploi (PNE), le Plan d'Urgence pour l'Emploi des Jeunes (PUREJ), le Programme Pays de promotion du Travail Décent (PPTD) 2015-2021, contribue à la réalisation du résultat 1 du Programme et Budget de l’OIT pour 2018-2019 : « Des emplois plus nombreux et de meilleure qualité pour une croissance inclusive et de meilleures perspectives d’emploi pour les jeunes» et réponds au résultat 2 du projet EDLIC : « Augmentation des opportunités d’emplois décents grâce aux investissements et à l’entrepreneuriat des jeunes femmes et hommes vulnérables».

Madame Bahia Ali Abdou, 43 ans, agricultrice, figure parmi les bénéficiaires de ce projet. Elle est actuellement membre et Secrétaire du Comité de surveillance de la coopérative agricole dénommée RAWUNI.

L'économie de la commune de Mboinkou repose entièrement sur l'agriculture. Tous les habitants, hommes et femmes font de l'agriculture archaïque. Dans la fonction publique, les femmes représentent seulement 5%.

Les femmes ont le courage malgré qu'elles n’aient pas les conditions physiques pour pouvoir suivre les hommes à pied sur des sentiers avec des pentes très raides pour se rendre du village à la zone agricole au-delà des 4 kilomètres. Et pourtant elles veulent travailler la terre. Sur les champs agricoles, elles font le même travail que les hommes même s'il est difficile pour elles de labourer des grandes parcelles comme les hommes.

Le Projet EDLIC de l'OIT, afin d’améliorer les conditions de travail des agriculteurs, a appuyé la commune dans la réalisation d'une piste pour désenclaver la zone agricole et ainsi faciliter les déplacements des hommes et des femmes, la récolte et l'acheminement des produits agricoles vers le marché. Cinq motoculteurs ont été donnés aux coopératives agricoles pour mécaniser l'agriculture et diminuer ainsi les travaux pénibles. Les femmes s’occupent ainsi de leur activité principale qui est la plantation et peuvent se prendre en charge et de leurs enfants.

« Avant les coopératives, nous étions organisés en petits groupes d'agriculteurs et agricultrices pour se donner des coups de main dans la parcelle de chacun », d’après Madame Bahia Ali Abdou. « Le Projet EDLIC de l'OIT a structuré les 5 groupes existants en 5 coopératives agricoles immatriculées avec la formation THINK & START COOP et cela nous a permis d’avoir une autre vision de notre avenir », ajoute-t-elle.

« Egalement avant, avec des semences procurées par-ci par-là, nous plantions de manière archaïque avec très peu connaissances agricoles. Le Projet EDLIC de l'OIT a également renforcé nos capacités techniques par une formation pratique sur des techniques agricoles en partenariat avec le Ministère de l'agriculture pour les cinq coopératives agricoles de la commune ».

« Aujourd'hui, notre manière de planter a beaucoup changé. Je ne faisais que la plantation du manioc et maintenant je fais la plantation de carotte, de pomme de terre, de patate douce. Nous continuons à nous former en interne et à échanger les expériences suite à ces formations. Actuellement, ma coopérative RAWUNI a une grande production de produits vivriers et on a ouvert un marché dans mon village pour vendre nos produits à un prix imbattable dans la commune et ailleurs. Durant le mois de Ramadan, notre coopérative couvre la demande en produits vivriers de plus de la moitié de la population locale », dit-elle avec fierté.

La zone agricole de la commune était toujours retenue par le Ministère de la production pour des projets financés par les différents bailleurs. La commune perdait toujours ces financements pour deux raisons : (i) le manque d’infrastructures routières pour assurer la chaîne de valeur agricole, (ii) l'absence d'agents techniciens agricoles dans la commune.

Avec la réalisation de la piste et la formation de plusieurs paysans aux techniques agricoles et la création des coopératives, le Projet EDLIC de l'OIT a ouvert la voie pour l'élaboration des politiques au niveau macro. Le Gouvernement à travers le ministère de la production a déjà élaboré un grand projet d'Etat de ferme agricole dans la zone.