Sécurité et santé au travail

100 ans à rendre le travail plus sûr et plus sain

La sécurité et la santé au travail (SST) constitue un élément déterminant du travail de l’OIT depuis sa création en 1919. Manal Azzi, spécialiste technique, retrace les grands moments de la SST au cours des cent premières années d’existence de l’OIT et anticipe les défis de demain.

Editorial | 21 mai 2019
Par Manal Azzi, Spécialiste technique de l’OIT en SST

Manal Azzi
Les accidents et les décès liés au travail n’équivalent pas seulement à un coût économique mais ils ont un prix humain incommensurable, affectant des centaines de millions de personnes. Il n’est donc guère étonnant que la sécurité et la santé au travail (SST) ait été une priorité de l’Organisation internationale du Travail (OIT) depuis sa fondation.

En 1919, lors de la négociation de la Constitution de l’OIT, la SST a été nommément incluse dans le préambule: «il est urgent d’améliorer ces conditions [de travail], par exemple,… la protection des travailleurs contre les maladies générales ou professionnelles et contre les accidents résultant de leur travail».

Des mesures concrètes ont suivi de près l’adoption de la Constitution. A la première session de la Conférence internationale du Travail (CIT), trois des six recommandations adoptées avaient trait à la SST: la recommandation (n° 3) sur la prévention du charbon, 1919; la recommandation (n° 4) sur le saturnisme (femmes et enfants), 1919; et la recommandation (n° 6) sur le phosphore blanc, 1919.

Les premiers instruments de l’OIT tendaient à règlementer des questions (comme l’exposition à des machines ou des matériaux dangereux) ou des secteurs d’activité spécifiques (dont les mines, le secteur maritime, la construction ou l’industrie manufacturier). L’accent fut mis sur des règles prescriptives et le rôle des gouvernements dans la protection des travailleurs.

Plus d’une quarantaine d’instruments internationaux traitent actuellement de la SST. Ces instruments tirent une force particulière de la structure tripartite unique de l’OIT qui voit des représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs des Etats Membres contribuer sur un pied d’égalité à leur élaboration. Cela contribue à garantir que les Etats Membres de l’OIT s’occupent des grands enjeux de politique sociale relatifs à la SST, tels que l’assurance maladie et les retraites.

Un ouvrier de chantier naval, Batam, Indonesie

Une autre avancée majeure eut lieu en 1930 avec la création de l’Encyclopédie de l’OIT. Les contributions de milliers d’experts, littéralement, ont en grande partie permis d’établir le caractère pluridisciplinaire de l’action en matière de SST.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’intérêt a commencé à gagner de nouvelles disciplines associées à la conception et à l’ingénierie de la sécurité. L’apparition de nouveaux produits et substances chimiques a fait naître une demande pour plus de recherches et de mesures de correction. De nouvelles institutions mondiales s’intéressant aux questions de santé ont également vu le jour, dont les Nations Unies (ONU) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS). En 1950, l’OIT et l’OMS ont organisé leur premier Comité paritaire sur la santé au travail. Le chevauchement des attributions des deux institutions ont par la suite amené l’OIT à se dégager des aspects purement médicaux de la SST pour privilégier la prévention, combinant les questions de sécurité et de santé en un seul programme.

Au cours des années 1950, en réponse au processus de décolonisation et à l’arrivée d’un nombre grandissant de pays en développement au sein de l’OIT, un programme d’assistance technique a été mis en place. Le travail a aussi porté sur l’élaboration de Recueil de directives pratiques en matière de SST.

Dans les années 1980, après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, les attitudes à l’égard de la SST ont commencé à évoluer vers le développement d’une «culture de la sécurité», centrée sur l’évaluation, la prévention et la réduction des risques et prenant en compte la santé mentale des travailleurs ainsi que leur bien-être physique.

L’adoption de la Stratégie globale de l’OIT en matière de sécurité et de santé au travail en 2003 illustrait ce changement, mettant moins l’accent sur la prescription et davantage sur la prévention. En 2003, vint aussi la première célébration annuelle de la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail le 28 avril, en reconnaissance de l’intérêt grandissant du public pour cette question.

Pourtant, chaque année, environ 2,8 millions de travailleurs meurent d’accident du travail ou de maladie professionnelle et plus de 370 millions d’autres travailleurs sont blessés. Ainsi, les activités de SST demeureront tout aussi importantes pour l’OIT dans son second siècle qu’au premier.

La technologie, la démographie, le développement durable, l’évolution de l’organisation du travail, les risques psychosociaux, le stress lié au travail et les maladies non contagieuses figurent parmi les nouveaux défis. Ces tendances offrent aussi des possibilités d’amélioration – par exemple en appliquant la technologie à l’évaluation des risques et aux travaux dangereux, et en aménageant la durée de travail pour instaurer un meilleur équilibre entre travail et vie familiale.

Pour être efficaces au cours de ce second siècle de l’OIT, nous aurons besoin d’une réponse pluridisciplinaire, plus large, qui associe la santé publique et une culture de prévention et d’anticipation des risques. Mais un facteur ne changera pas: notre action en matière de SST continuera de s’appuyer – comme toutes les politiques de l’OIT – sur l’approche centrée sur l’humain définie dans la Constitution de l’OIT.