Emploi et questions sociales dans le monde 2015

Après des décennies d’essor rapide, les chaînes d’approvisionnement mondiales sont en recul

Combien d’emplois sont liés aux chaînes d’approvisionnement mondiales?

Actualité | 21 mai 2015
GENÈVE (OIT Info) – Les chaînes d’approvisionnement mondiales (CAM) se sont développées à un rythme rapide ces vingt dernières années et le nombre d’emplois qui en dépendent a beaucoup augmenté entre la fin des années 1990 et la crise financière, atteignant presque 500 millions en 2007. Après une chute brutale en 2009, les emplois liés aux CAM ne se sont reconstitués qu’en partie et leur poids dans l’emploi total des économies émergentes a continué de diminuer, selon le rapport Emploi et questions sociales dans le monde 2015 (WESO en anglais).

Ce rapport phare de l’Organisation internationale du Travail étudie un échantillon de 40 pays pour lesquels des données sont disponibles et estime que les emplois liés aux CAM sont passés de 296 millions en 1995 à 492 millions en 2007 pour retomber à 453 millions en 2013.


«Dans certains cas, des activités auparavant sous-traitées ont été rapatriées dans le pays d’origine de la société mère», fait remarquer Raymond Torres, Directeur du département de la recherche de l’OIT et principal auteur du rapport. «Mais d’autres facteurs sont aussi à l’origine de ce ralentissement.» La stagnation de la croissance mondiale et la faiblesse de la demande globale ont continué de peser sur les échanges commerciaux qui se développent moins vite qu’au cours des deux décennies précédentes.

La crise a très durement frappé certains secteurs d’activité orientés à l’export, comme le matériel de transport et les machines. En outre, la disponibilité grandissante de produits locaux dans certains pays émergents, comme des pièces et des composants industriels qui étaient importés jusque-là, a réduit le commerce des produits intermédiaires de ces pays et pourrait expliquer en partie le ralentissement de la croissance du commerce mondial depuis la crise. En général, cela illustre la perception accrue des risques liés aux CAM pendant la crise.

«Nous ne savons pas si le déclin des chaînes d’approvisionnement mondiales est un phénomène de court terme ou le début d’une tendance à long terme, que l’on pourrait attribuer à la régression des disparités salariales entre les pays et la réduction du potentiel de sous-traitance et de délocalisation pour faire des économies sur les coûts de production», ajoute M. Torres. «La croissance du commerce devrait stagner dans les années à venir, on ne peut donc pas espérer un rebond rapide des emplois liés aux CAM.»

Malgré cette chute récente, plus d’un emploi sur cinq est actuellement lié aux CAM. Ces emplois représentent 20,6 pour cent de l’emploi total, contre 16,4 pour cent en 1995.

Certaines économies asiatiques et l’Union européenne sont les plus affectées

Parmi les pays et les régions figurant dans le rapport, Taiwan (Chine) détient la plus forte proportion d’emplois associés aux CAM – avec plus de la moitié de sa main-d’œuvre impliquée dans les emplois des chaînes d’approvisionnement mondiales – suivi par la République de Corée et l’Union européenne, où un travailleur sur trois occupe un poste lié aux CAM.

A contrario, au Japon et aux Etats-Unis, cette proportion est plus faible avec, respectivement, 15 et 11 pour cent des travailleurs engagés dans des emplois liés aux CAM. Cela s’explique en partie par leurs vastes marchés intérieurs et leur moindre dépendance vis-à-vis de la demande étrangère, mais cela tient aussi au fait que sous-traiter dans des pays aux salaires et aux coûts élevés comme les Etats-Unis et le Japon plutôt que dans d’autres lieux serait moins rentable pour les entreprises étrangères.

Des bénéfices surestimés?

Le rapport constate que les CAM donnent lieu à des bénéfices économiques pour les sociétés en termes de productivité accrue, mais pas nécessairement pour les travailleurs en termes de salaires. Cela est dû – entre autres raisons – à des rapports de pouvoir asymétriques au sein des CAM, qui sont souvent dominées par les sociétés mères, et des marges inférieures dévolues aux fournisseurs. En outre, les employés des fournisseurs de certains pays sont confrontés à de fortes restrictions de leur capacité à négocier des augmentations de salaires.

Quant à l’industrie du textile et de l’habillement, le rapport indique que la mondialisation du secteur textile a généré de nombreuses possibilités d’emplois. Toutefois, les conditions de travail dans de nombreux pays en développement n’ont pas suivi le rythme de la croissance économique. Les salaires et les conditions de travail ne sont pas à l’optimum et la nécessité pour les usines de répondre rapidement à des commandes incertaines peut aboutir à des durées de travail longues ou irrégulières et à l’embauche de travailleurs sur des contrats de très courte durée.

Politiques pour les chaînes d’approvisionnement mondiales

Pour améliorer la productivité et le développement économique, ainsi que pour créer des possibilités de travail décent, nous avons besoin en même temps de politiques d’ensemble et de politiques ciblant des secteurs spécifiques. Le dialogue social sur les salaires, l’organisation du travail, les pratiques de travail sûres, le changement technologique et les restructurations, par exemple, est indispensable pour garantir le respect des droits des travailleurs tout en améliorant la productivité.

Quant à l’industrie textile, l’Accord de 2013 sur la sécurité incendie et bâtiments au Bangladesh est un accord contraignant, sans précédent, entre près de 200 acheteurs internationaux et deux syndicats mondiaux. Plus de deux millions de travailleurs et 1700 usines sont couverts. Les sociétés qui ont signé l’Accord se sont engagées à mettre en place et à financer un programme d’inspection collective de la sécurité incendie et bâtiments.

Le programme Better work de l’OIT, très respecté, a amélioré les droits des travailleurs et le respect de la législation du travail dans sept pays d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et du Moyen-Orient, démontrant que les ateliers clandestins ne sont pas une fatalité et qu’ils peuvent être transformés grâce aux politiques publiques et avec la collaboration du secteur privé.

* Les chaînes d’approvisionnement mondiales sont définies comme des relations entre l'offre et la demande où les différentes étapes du processus de production sont réalisées dans deux pays ou plus. Elles peuvent concerner des biens et des services.