319e Conseil d’administration

Guy Ryder: L’emploi mondial plombé par une reprise économique faible

Le Directeur général de l’OIT souligne une prise de conscience croissante de l’importance de stratégies centrées sur l’emploi pour renforcer la reprise.

Actualité | 28 octobre 2013
GENÈVE (OIT Info) – Une reprise économique toujours faible risque de peser sur la situation mondiale de l’emploi, a averti le Directeur général de l’OIT, Guy Ryder.
Le Director général de l'OIT, Guy Ryder.


S’exprimant dans le cadre de la réunion du Conseil d’administration, M. Ryder a rappelé qu’en octobre le Fonds monétaire international (FMI) avait revu à la baisse ses chiffres concernant la croissance mondiale, avec une prévision ramenée de 3,2 pour cent pour 2013 à 2,9 pour cent – le taux le plus faible depuis 2010. Les prévisions pour 2014 ont aussi été révisées de 3,8 à 3,6 pour cent.

«Ces prévisions corrigées reflètent les difficultés auxquelles font face toutes les grandes composantes des économies des pays développés, émergents ou en développement. Elles témoignent aussi de l’environnement difficile dans lequel évoluent les entreprises et les travailleurs de l’économie réelle», a déclaré M. Ryder.

Chômage mondial

Nous avons besoin d’une croissance de la demande et de l’ensemble de l’économie, pas d’une concurrence sur des parts de marché toujours plus petites."
M. Ryder a cité les niveaux record du chômage, la stagnation des salaires dans beaucoup de pays, un niveau d’investissement privé inférieur aux niveaux d'avant la crise et un secteur public contraint de procéder à des coupes budgétaires.

«Ces tendances vont encore affecter la situation mondiale de l’emploi», a-t-il souligné.

Le chômage des jeunes, a dit M. Ryder, devrait demeurer élevé dans la plupart des régions et le travail informel va continuer d’augmenter – contribuant au creusement des inégalités dans de nombreux pays.

Beaucoup de pays ont adopté une stratégie de relance des exportations pour compenser la faible consommation intérieure et le manque d’investissement mais, comme l’a rappelé le Directeur général, cela ne peut fonctionner qu’avec une croissance soutenue. «Nous avons besoin d’une croissance de la demande et de l’ensemble de l’économie, pas d’une concurrence sur des parts de marché toujours plus petites.»

Cependant, M. Ryder a mentionné plusieurs évolutions positives. Plusieurs pays émergents ou en développement ont fait preuve d’une meilleure résistance que lors des précédentes crises. Certains pays européens fortement frappés par la crise économique pourraient voir leur croissance redémarrer, a-t-il ajouté.

«Plus fondamentalement, la prise de conscience s’accroît dans le monde quant à l’importance d’accorder une priorité accrue aux stratégies centrées sur l’emploi», a-t-il souligné.

Enjeux

S’exprimant aussi lors de la réunion du Conseil d’administration, la ministre du Travail de Chypre, Zeta Emilianidou, a déclaré que son pays était encore en train de gérer les répercussions de la crise financière. La demande intérieure, la création d’emplois et la croissance du PIB sont toutes en berne à Chypre, a-t-elle déclaré, ce qui aboutit à de forts taux de chômage, surtout parmi les jeunes.

«Cela va sans dire que nous n’épargnons aucun effort pour surmonter l’impact négatif sur le marché du travail et pour relever les défis financiers. Si l’assainissement budgétaire est nécessaire, on sait qu’il ne peut à lui seul fournir une solution durable. Nous devons prendre toutes les mesures nécessaires pour favoriser la croissance et la compétitivité et nous assurer que nous disposons d’un marché du travail qui fonctionne bien dans cet environnement mondialisé et changeant», a déclaré la ministre du Travail.

L’OIT, a-t-elle ajouté, apporte une expertise et une assistance techniques précieuses pour appuyer les efforts du gouvernement en vue de stabiliser l’économie, de créer plus d’emplois et d’encourager l’emploi des jeunes.

Le ministre de l’Emploi et des Relations de travail du Ghana, Nii Ashiety Armah, a également mis l’accent sur la faible demande des marchés du travail de nombreux pays africains. Le niveau élevé du chômage et du sous-emploi est un enjeu essentiel au Ghana, a-t-il déclaré.

«De ce fait, le gouvernement a placé les questions d’emploi au centre de l’agenda national pour le développement. Concrètement, nous sommes en train de mettre en place des politiques et des programmes. En outre, les institutions impliquées dans la création d’emplois sont en cours de restructuration pour réaliser cette ambition.»

Le ministre a exposé une série d’initiatives entreprises par le gouvernement ghanéen, tels qu’une nouvelle politique de partenariats publics-privés (PPP) destinée à renforcer ses programmes d’investissement essentiels. Parmi les autres initiatives, figurent des programmes pour améliorer les perspectives d’emploi pour les pauvres, pour créer des emplois et renforcer le secteur manufacturier.

La discussion sur l’économie mondiale et la situation de l’emploi a eu lieu dans le cadre de la section de haut niveau du Conseil d’administration. Les délégués ont discuté de la contribution que les politiques sociales et d’emploi pouvaient apporter à la poursuite de la reprise et de la croissance économiques.