Tribune

Notre objectif est de relancer la demande, mais comment y parvenir?

Editorial | 5 septembre 2013
Par Guy Ryder, Directeur général de l’OIT


Au cours des derniers mois, nous avons constaté des signes prometteurs de reprise économique. De manière générale, il semble que la croissance soit de retour dans la zone euro. Aux États-Unis, les économistes prédisent que 2014 pourrait être la meilleure année de en termes de croissance depuis 2005. La Chine a également montré des améliorations dans le secteur manufacturier.

Voilà d’excellentes nouvelles – mais nous devons dépasser les chiffres globaux et entrer dans les détails.

Le tableau se montre sous un jour différent, inquiétant.

Le chômage perdure à des niveaux inacceptables, le nombre de 200 millions de chômeurs dans le monde devrait passer à près de 208 millions d’ici à 2015. Dans la plupart des pays du G20 la situation du marché du travail s’est, au mieux, à peine améliorée ou tout juste maintenue, au pire, parfois, considérablement détériorée au cours de ces 12 derniers mois. Le taux de chômage des jeunes est le double de celui des adultes dans tous les pays du G20 sauf deux, Japon et Allemagne.

Beaucoup de ceux qui ont du travail occupent des emplois de qualité médiocre, souvent temporaires, ou à temps partiel par défaut. Les salaires moyens ont baissé ou stagné dans plusieurs économies avancées, notamment au Japon, au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Espagne. Dans les économies émergentes le rythme de croissance des salaires est contrasté, certains pays affichent une croissance rapide, d’autres ont des taux encore inférieurs aux niveaux d'avant-crise.

Alors que nous préparons le Sommet des dirigeants du G20 à Saint-Pétersbourg, en Russie, des désaccords sur la voie à suivre – politiques d’austérité contre politiques de croissance – sont susceptibles de perdurer.

Toutefois, nous pouvons tous nous accorder sur un point: la demande globale accuse un déficit à l’échelle mondiale. En d’autres termes, la demande totale de biens et services n’est pas suffisante pour fournir un emploi aux millions de personnes qui veulent travailler ou pour donner aux entreprises la confiance nécessaire à leur développement. Tous les facteurs déterminants de la demande – dépenses de consommation, investissements, dépenses publiques et exportations – demeurent en-deçà des niveaux d’avant-crise.

C’est un cercle vicieux qui commence avec le consommateur, entraîne les autres acteurs de l’économie dans la spirale et revient tel un boomerang: la demande de consommation émane des ménages mais leurs revenus ayant été affectés par des années de gel des salaires, ces ménages n’ont pas les moyens de se procurer les biens et les services qui pourraient stimuler la croissance. A défaut de commande de clients, les entreprises n’investissent pas, affectant ainsi leur développement. Les politiques d’austérité, suivies par de nombreux gouvernements au cours des dernières années, ont affecté la demande publique. Parallèlement, le commerce international étant un système clos – tout le monde ne peut pas compter sur les exportations pour sortir de la crise.

La solution pour briser ce cercle consiste à créer davantage d’emplois de qualité tout en améliorant la productivité. Il s’agit de combiner les politiques économiques et les politiques sociales.

C’est ce qui avait été convenu lors de la toute première réunion conjointe des ministres du Travail et de l’Emploi et des ministres des Finances du G20 à Moscou en juillet dernier.

Lorsqu’ils disposent de marges de manœuvre budgétaires, les gouvernements devraient investir dans la construction de routes, d’écoles et d’autres infrastructures permettant d’accroître l’efficacité de leurs économies à long terme, tout en créant les emplois dont ils ont tant besoin à court terme. L’Australie, le Canada, l’Indonésie et le Japon ont consacré d’importantes ressources à ce type d’investissements dans les infrastructures.

Les gouvernements devraient aussi inciter les banques à prêter aux petites et moyennes entreprises. Cela contribuerait à créer un climat local propice à l’investissement et au développement des entreprises, ce qui conduirait aussi à créer plus d’emplois de qualité.

Les politiques du marché du travail sont souvent perçues comme un prolongement des politiques économiques mais en réalité elles sont indispensables pour améliorer la demande globale. Elles comprennent la fixation appropriée de salaires minimaux et des politiques qui renforcent le lien entre productivité et salaires – puisque qu’une hausse des salaires engendrera un surcroît de demande.

La Chine a conduit avec détermination et succès ces politiques qui ont abouti à des hausses substantielles de leurs salaires minimaux au cours de ces dernières années.

Tout aussi essentiels sont les programmes d’extension de la protection sociale pour renforcer la capacité de résistance des familles aux chocs économiques et pour relancer la consommation. Le Brésil mène avec succès un programme à destination des plus pauvres qui combine transferts de subventions, offres d’emploi et accès aux services publics.

Nous espérons voir les prémices de la reprise mais pour le moment la croissance demeure très limitée et bien trop fragile, et la situation de l’emploi continue de se dégrader.

Grâce à un bon dosage des politiques économiques et des politiques du marché du travail, nous pouvons briser le cercle vicieux qui a coincé l’économie mondiale, nous pouvons restaurer durablement la croissance économique et créer plus d’emplois de meilleure qualité.

Jusqu’à ce que nous admettions que les politiques qui pèsent sur la demande des familles laborieuses, des petites et moyennes entreprises et des pouvoirs publics sont une combinaison politique inappropriée, toute reprise économique est susceptible de faire long feu.