Peut-on s’assurer sur le climat?

L’assurance peut-elle contribuer à protéger les pauvres de l’impact du réchauffement climatique global? L’OIT affirme que c’est possible si l’on s’en donne les moyens.

Actualité | 2 août 2012
GENÈVE (Nouvelles de l'OIT) – On ne peut pas s’assurer sur le climat. Mais sur certains de ses effets, même dans le cas des personnes pauvres qui auront le plus à souffrir des effets du réchauffement planétaire. L’assurance contre les catastrophes naturelles est un métier à risque, pas toujours rentable, surtout dans le cas des assurances à bas coût destinées aux plus démunis.

Mais cela peut fonctionner.

«Malgré les défis, et grâce aux subventions, aux technologies et aux approches innovantes, les systèmes d’assurance peuvent jouer un rôle essentiel pour réduire la vulnérabilité des pauvres face aux catastrophes climatiques et au réchauffement global», affirme Craig Churchill qui dirige le Fonds pour l’innovation en micro-assurance de l'OIT.

Mais le niveau «micro» n’est peut-être pas le format le plus approprié pour couvrir les catastrophes, souligne-t-il. «Nous devrions plutôt nous intéresser au niveau méso et macro.»

... les systèmes d’assurance peuvent jouer un rôle essentiel pour réduire la vulnérabilité des pauvres face aux catastrophes climatiques et au réchauffement global.»
Craig Churchill
Le niveau micro vise habituellement les individus ou un groupe composé de quelques centaines de personnes, alors que «méso» fait référence à des communautés plus vastes, des associations ou coopératives qui comptent des milliers voire des millions de personnes; le niveau «macro» lui couvre des régions entières ou des pays, avec des centaines de milliers et parfois plusieurs millions d’assurés.

Les mécanismes de micro-assurance conférant une protection contre des conditions climatiques spécifiques sont apparus il y a une dizaine d’années. La plupart sont des produits d’assurance indexés, ce qui signifie que les paiements aux clients se déclenchent quand certaines conditions climatiques se réalisent, mesurées par exemple par la pluviométrie ou la vitesse du vent.

Nombre de ces produits sont encore en phase pilote ou ont été suspendus parce qu’ils ne parvenaient pas à atteindre leur seuil de rentabilité, selon le second volume de «Protéger les plus démunis: guide de la micro-assurance», publié conjointement par l’OIT et la Munich Re Foundation.

L’Inde fait figure d’exception. Avec plus de neuf millions d’agriculteurs couverts, le marché de l’assurance indexée sur le climat est l’un des plus vastes au monde. Il est subventionné par l’Etat, ce qui met les primes d’assurance à la portée des agriculteurs à faible revenu.

L’implication des réassureurs est également essentielle puisqu’ils mutualisent le risque au niveau mondial.

Les obstacles sont nombreux…


Pour les compagnies d’assurance, des problèmes se posent à chaque étape du processus.

Avant même que les polices de micro-assurance puissent être vendues, des ressources doivent être mobilisées pour identifier les risques, évaluer la demande et rassembler des informations. Ces données sont essentielles pour élaborer un produit d’assurance – en particulier s’il a trait au climat – mais elles font souvent défaut dans les pays en développement.

Une catastrophe naturelle peut détruire les portefeuilles limités ou centrés sur une région. Pour être rentables, les mécanismes de micro-assurance doivent être accessibles et commercialisés à grande échelle.

A ce jour, les dispositifs qui ont cherché à parer les risques climatiques ou liés à des catastrophes au niveau micro n’ont pas réussi à atteindre une taille critique sans subvention.

… mais les raisons d’espérer existent


Subventionner les primes, la recherche et le développement des produits, ou l’éducation des consommateurs, peut contribuer à améliorer l’efficacité de l’assurance indexée sur le climat, souligne le rapport.

Il suggère également la possibilité de s’orienter vers des interventions plus vastes.

Les mécanismes au niveau méso sont relativement nouveaux mais «leur potentiel de rentabilité et d’envergure semble assez prometteur», précise le rapport. Il cite l’exemple de la Microinsurance Catastrophe Risk Organisation (MiCRO), créée en mars 2011 pour aider à protéger les micro-entrepreneurs d’Haïti contre l’impact économique des catastrophes naturelles.

A l’échelle macro, le rapport fait état du Caribbean Catastrophe Risk Insurance Facility (CCRIF), un fonds de mutualisation des risques qui prodigue une couverture à un coût bien inférieur à celui que les gouvernements de cette région sujette aux ouragans pourraient obtenir à titre individuel sur le marché de l’assurance.

«Même si elles ne relèvent pas vraiment de la micro-assurance, les interventions au niveau méso ou macro pourraient constituer un moyen plus efficace de protéger les pauvres des catastrophes naturelles», conclut le rapport.


Pour plus d'information, veuillez contacter Hans von Rohland, +4122/799-7916, rohland@ilo.org