Conseil d'administration

L’OIT se dit gravement préoccupée par la crise économique et élabore des stratégies de réponse fondées sur le travail décent

Au milieu des inquiétudes grandissantes quant à l’impact des turbulences économiques sur les travailleurs, les employeurs et les gouvernements, le Conseil d’administration du Bureau international du Travail (BIT) a commencé à élaborer des stratégies de réponse en matière sociale et d’emploi, à travers le dialogue social, stratégies destinées à relever les défis de la crise économique mondiale qui s’aggrave.

Communiqué de presse | 21 novembre 2008

GENÈVE (Nouvelles du BIT) – Au milieu des inquiétudes grandissantes quant à l’impact des turbulences économiques sur les travailleurs, les employeurs et les gouvernements, le Conseil d’administration du Bureau international du Travail (BIT) a commencé à élaborer des stratégies de réponse en matière sociale et d’emploi, à travers le dialogue social, stratégies destinées à relever les défis de la crise économique mondiale qui s’aggrave.

Ce processus a commencé alors que le système tripartite de l’OIT ainsi que son Agenda pour le travail décent recevaient le soutien du Président du gouvernement espagnol José Luis Rodríguez Zapatero, du Président de la République française Nicolas Sarkozy, du Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon et du Secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économiques Angel Gurría.

«La principale conclusion est que l’Agenda pour le travail décent est un cadre stratégique approprié face à la crise», a dit le Directeur général du BIT. «Il s’agit d’un puissant message que le dialogue tripartite avec les organisations d’employeurs et de travailleurs a un rôle central à jouer dans le traitement de la crise économique et l’élaboration de réponses stratégiques.»

L’OIT a relevé à travers de nouveaux rapports que la crise économique mondiale s’aggravait avec de fortes indications selon lesquelles la croissance économique allait substantiellement décliner d’ici la fin de l’année et encore plus en 2009. Les chiffres du BIT indiquent que le nombre de chômeurs pourrait augmenter de 20 millions, et que le nombre de travailleurs pauvres vivant avec moins de $2 par jour était également susceptible de largement augmenter.

«Cette situation exige une situation urgente» ont déclaré le Président et les vice-Présidents employeur et travailleur du Conseil d’administration du BIT, dans un message spécialement publié sur la crise économique. «Il nous faut des mesures à la fois complètes et coordonnées pour réduire au minimum la durée et la gravité du ralentissement de l’économie mondiale ainsi que pour parer à d’éventuels dégâts sociaux et accélérer la reprise.»

La déclaration identifie un certain nombre de mesures nécessaire pour «remédier aux retombées de la crise sur l’économie réelle afin de protéger les personnes, soutenir la productivité des entreprises et préserver l’emploi», dont:

  • Garantir les crédits nécessaires pour la consommation, le commerce et l’investissement;
  • Protéger les personnes les plus exposées, notamment en élargissant la protection sociale et les prestations chômage, en promouvant des possibilités de formation, de reconversion et de placement;
  • Soutenir des entreprises productives, rentables et durables, conjointement avec une économie sociale solide et un secteur public viable, pour augmenter au maximum l’emploi et le travail décent;
  • Assurer que la crise actuelle ne nuise pas au progrès social;
  • Développer une étroite coopération de l’OIT et de ses mandants tripartites avec le système multilatéral pour appuyer les pays dans les efforts qu’ils déploient pour appliquer ces mesures destinées à surmonter la crise;
  • Maintenir l’aide au développement au moins à son niveau actuel et accorder des lignes de crédit et une aide supplémentaire pour aider les pays à faible revenu à amortir la crise.
  • «Nous avons maintenant des indications claires sur la façon d’avancer» a déclaré M. Somavia, qui a été élu pour un troisième mandat de cinq ans à la tête de l’Organisation mardi. «Nous avancerons en développant l’action de l’OIT sur les réponses à apporter face aux conséquences en matière sociale et de travail de la crise; en soutenant l’action des mandants de l’OIT alors qu’ils construisent des réponses, en s’engageant avec le système multilatéral, notamment avec le G20 et les institutions financières internationales.»

    Le Conseil d’administration a également reçu des expressions de soutien sans précédent au cours de la semaine, à commencer par un appel urgent de M. Gurría, lundi, à une collaboration accrue entre l’OCDE et l’OIT sur les politiques sociales et de marché du travail. «Une réussite ou un échec dans ce domaine n’affectera pas seulement les moyens d’existence de millions de personnes dans le monde, mais déterminera aussi ce à quoi les citoyens du monde veulent que ressemble l’architecture financière et économique mondiale après cette crise» a-t-il déclaré.

    Mardi, M. Rodriguez Zapatero a qualifié le dialogue social de «modèle pour le processus de réforme engagé lors de la réunion du G20 à Washington» et a exprimé à nouveau sa volonté de continuer à travailler avec l’OIT pour renforcer la capacité de l’Organisation à influer sur la gouvernance mondiale.

    Relevant que la crise financière était aussi devenue une «crise de l’emploi», M. Ban Ki-moon a déclaré mercredi que «Nous devons faire plus que simplement réparer les désordres financiers actuels. Nous devons améliorer la gouvernance afin que la mondialisation produise des résultats plus justes et soutienne la justice sociale, et nous devons assurer qu’elle soit écologiquement, économiquement, socialement et politiquement durable».

    Dans un message adressé au Conseil d’administration jeudi, le Président de la République française, M. Sarkozy, a encouragé l’Organisation internationale du Travail à faire entendre sa voix dans les négociations sur les réponses à apporter à la crise, disant que: «Le travail décent doit être au cœur de la réflexion qu’il nous faut mener et des décisions qu’il nous faudra prendre dans les mois à venir.»

    S’exprimant au nom des employeurs, M. Daniel Funes de Rioja a appelé l’OIT à agir comme la «croix rouge» du système international, «en aidant à restaurer l’emploi et en utilisant son vaste réseau pour aider les travailleurs et les entreprises, de telle façon que chacun de nos pays puisse trouver de nouvelles niches productives qui nous aideront à surmonter la crise».

    Sir Roy Trotman, le Président du groupe des travailleurs, a appelé à «approfondir le travail de l’OIT sur les différents aspects des réponses à apporter pour remédier aux conséquences sur le travail et sociales de la crise» ainsi qu’à un «engagement avec le système multilatéral dont le G20 et les institutions financières internationales».

    En autres sujets, le Conseil d’administration a approuvé les 351e et 352e rapports du Comité de la liberté syndicale, attirant spécialement l’attention sur les cas du Cambodge, Tchad, Djibouti, Guatemala, République islamique d’Iran, Myanmar et Philippines. (cf GB.303/9/1 - GB.303/9/2).

    Concernant la plainte déposée en vertu de l’Article 26 de la Constitution de l’OIT à l’encontre du gouvernement du Zimbabwe quant au non-respect des conventions nos 87 et 98 sur la liberté syndicale, la protection du droit syndical et le droit d’organisation et de négociation collective, le Conseil d’administration a décidé d’engager la procédure prévue à l’Article 4 de l’Article 26 de la Constitution et donc de procéder à la nomination d’une commission d’enquête chargée d’examiner les allégations de violation du droit syndical mentionnées dans le rapport du bureau du Conseil d’administration (cf GB.303/20/1). La Commission sera composée du juge Raymond Ranjeva (Président), du Professeur Evance Rabban Kalula et du Docteur Bertrand Ramcharan.

    Le Conseil d’administration a également discuté des rapports soumis par le Bureau concernant l’application de la convention sur le travail forcé, 1930, par le Myanmar. Le Conseil d’administration souligne une fois de plus la nécessité de donner de toute urgence plein effet aux recommandations de la commission d’enquête. Il s’est dit préoccupé qu’aucune déclaration digne de foi n’ait été encore faite au niveau le plus élevé pour indiquer que le travail forcé, y compris l’enrôlement de recrues n’ayant pas l’âge légal, est interdit. Le Conseil d’administration a également fait observer qu’un cadre d’action visant à la réalisation des objectifs énoncés dans le Protocole d’entente complémentaire doit être négocié avant sa prochaine session. Il a demandé au gouvernement et au Bureau de prendre les mesures nécessaires à cette fin.

    Le Conseil d’administration est l’organe exécutif du Bureau international du Travail (le BIT est le secrétariat de l’Organisation). Il se réunit trois fois pas an, en mars, juin et novembre. Il prend des décisions concernant l’action du BIT, adopte l’ordre du jour de la Conférence internationale du Travail, ainsi que les propositions de programme et de budget qui sont soumises à la Conférence.

    Il se compose de 56 membres titulaires (28 membres gouvernementaux, 14 membres employeurs et 14 membres travailleurs) et de 66 membres adjoints (28 gouvernements, 19 employeurs et 19 travailleurs). Dix des sièges gouvernementaux sont détenus en permanence par les principaux pays industrialisés (Allemagne, Brésil, Chine, Etats-Unis, France, Inde, Italie, Japon, Royaume-Uni et Fédération de Russie). Les autres membres gouvernementaux, employeurs et travailleurs, sont élus par la Conférence tous les trois ans.