11ème Réunion régionale africaine (Addis-Abeba, 24-27 avril 2007): De l'enfant soldat à l'entrepreneur

Potentiellement l'un des plus riches pays d'Afrique, la République démocratique du Congo figure néanmoins parmi les pays africains les plus pauvres. Quatre-vingt pour cent de sa population vit avec moins d'un dollar par jour.

Article | 20 avril 2007

Potentiellement l'un des plus riches pays d'Afrique, la République démocratique du Congo figure néanmoins parmi les pays africains les plus pauvres. Quatre-vingt pour cent de sa population vit avec moins d'un dollar par jour. L'anarchie et la violence qui ont ravagé l'est du pays en 1996 et 2003 ont transformé plus de 30 000 enfants en soldats et provoqué la fuite de millions de personnes. Aujourd'hui, la majorité des Congolais ne souhaitent qu'une chose: le rétablissement de leur pays. Voici l'histoire de l'un d'entre eux, ex-enfant soldat, qui a créé une entreprise avec ses amis grâce au soutien du Programme international de l'OIT pour l'abolition du travail des enfants (IPEC).

KINSHASA, République démocratique du Congo (BIT en ligne) – Elois vient d'une famille très pauvre de l'est de la République démocratique du Congo (RDC). Ses parents cultivateurs n'ont pu financer sa scolarité au-delà de l'école primaire.

Au cours de la guerre, le village d'Elois a été envahi par des rebelles qui ont violé, pillé et tué. Agé alors de 13 ans, Elois a décidé, en accord avec sa famille, de s'engager dans la milice Maï-Maï. Les familles dont des enfants étaient enrôlés dans l'armée s'en sortaient mieux financièrement, étaient davantage respectées par la communauté et plus ou moins épargnées par les violences.

Elois est resté cinq ans dans cette milice et a même été décoré en tant que meilleur tireur de son groupe. Il a réussi à gagner un peu d'argent qu'il envoyait pour subvenir aux besoins de sa famille.

Après la signature du cessez-le-feu en 2003, la plupart des commandants ont rejoint Kinshasa pour occuper des postes clé au sein du gouvernement de transition tandis qu'Elois et ses «frères d'arme» ont été abandonnés à leur sort dans la brousse.

Lorsqu'il a enfin retrouvé sa famille, Elois s'est rendu compte que les conditions de vie y étaient pires que jamais. Les parents ne pouvaient plus travailler aux champs par crainte des attaques fréquentes et des vols de récolte perpétrés par la milice.

Bois noir: une lueur d'espoir au cœur de l'Afrique

Un an plus tard, Elois a appris par des amis connus à la milice qu'il pouvait recevoir une formation professionnelle et de l'aide en vue de créer une entreprise.

Une fois accepté au sein de ce programme de l'ONG locale Fondation Solidarité des Hommes (FSH), Elois a choisi de devenir boulanger et a suivi une formation gratuite pendant deux mois et demi.

Avec six autres ex-enfants soldats, Elois a ouvert une micro-entreprise de boulangerie qu'ils ont baptisée Bois noir. Une autre ONG fondée par l'OIT, Groupe One, leur a fourni les conseils et le matériel nécessaire pour démarrer l'entreprise.

Constatant que les habitants de la région étaient extrêmement pauvres et que la miche de pain standard vendue sur le marché était au-dessus de leurs moyens, Elois a décidé de fabriquer des pains plus petits, dont le prix était à la portée de la plupart des clients.

Aujourd'hui âgé de 19 ans, Elois et ses collègues vendent 350 pains par jour. Ils souhaitent développer leur entreprise, augmenter leur production, employer davantage de personnel et accroître leur clientèle. Ils bénéficient d'un suivi par le personnel du programme de Groupe One, tandis qu'une structure indépendante de Groupe One continuera à leur apporter une assistance au-delà de la durée du programme BIT/IPEC (Programme international pour l'abolition du travail des enfants).

Les conflits armés et le travail des enfants

L'histoire d'Elois illustre les formidables défis auxquels est confronté le continent africain. Selon le rapport établi pour la Réunion régionale africaine (Note 1), la proportion élevée d'enfants qui travaillent en Afrique résulte des conflits armés, de la persistance d'une pauvreté généralisée et chronique, du taux élevé d'enfants non scolarisés et des conséquences du VIH/SIDA.

Selon Regina Amadi-Njoku, Directrice régionale de l'OIT pour l'Afrique, «le travail des enfants entrave lourdement l'application des stratégies de réduction de la pauvreté, la création d'emplois, les programmes d'éducation et de formation, ainsi que les perspectives de développement des pays de la région».

En novembre 2006, le Conseil d'administration du BIT a approuvé un plan d'action mondial engageant l'OIT et ses Etats Membres à éradiquer les pires formes de travail des enfants d'ici 2016. À cette fin, chacun des Etats Membres est prié d'élaborer et de mettre en place avant la fin de 2008 des mesures appropriées assorties de délais. Ce plan d'action mondial exige aussi de mettre particulièrement l'accent sur l'Afrique étant donné la lenteur des progrès qui y sont enregistrés dans la lutte contre le travail des enfants.

«Pour faire face à ce problème difficile, il est essentiel de concevoir puis d'appliquer des plans nationaux assortis de délais, qui fassent partie intégrante des programmes de développement de plus grande envergure», ajoute Mme Amadi-Njoku.

Plusieurs pays africains, tels que le Ghana, le Kenya, le Mali et la République-Unie de Tanzanie, appliquent la méthode du programme assorti de délais pour élaborer et mettre en œuvre leurs programmes d'action nationaux. Cette approche comporte toute une gamme de mesures, notamment politiques, qui s'attaquent aux racines du problème. Elles contribuent directement à empêcher l'emploi d'enfants dans les pires formes de travail et à assurer le retrait, la réadaptation et l'insertion sociale des enfants qui en sont victimes.

Redonner du travail aux femmes et aux hommes, et en particulier aux ex-enfants soldats comme Elois, dans des conditions garantissant le respect de leurs droits humains fondamentaux, constitue un grand pas en avant dans le processus de rétablissement et de reconstruction de l'infrastructure matérielle, mais aussi sociale.

«Dans plusieurs pays africains, on constate que le manque d'emplois décents pour les jeunes peut contribuer à prolonger ou réactiver un conflit», conclut Mme Amadi-Njoku.

Pour plus d'information (rapports, communiqués de presse, etc.) sur la 11ème Réunion régionale africaine à Addis-Abeba, cliquer ici.


Note 1 - L'Agenda du travail décent en Afrique: 2007-2015, Onzième Réunion régionale africaine, Addis-Abeba, avril 2007. Rapport du Directeur général, Bureau international du Travail, Genève, 2007.