Un nouveau rapport du BIT sur l'emploi dans le monde: un optimisme prudent est de mise, malgré un chômage en hausse

Le rapport 2004 sur l'emploi, publié aujourd'hui par le BIT, dresse un tableau sombre de la progression du chômage dans le monde. Mais le rapport annuel note des signes de reprise. De quelle manière cela affecte-t-il les différentes catégories de la population, quelles sont les solutions pour créer des emplois? Voici les questions et les réponses sur les tendances de l'emploi dans le monde.

Article | 11 février 2004

Q : Le rapport 2004 note que le chômage connaît un taux record. Y a-t-il eu une réelle aggravation du chômage?

R: Le nombre de chômeurs dans le monde a atteint 185,9 millions en 2003, une augmentation de près de un demi million par rapport à 2002. C'est une augmentation moins spectaculaire que celle de 2002 par rapport à 2001; malgré tout, on peut dire que la reprise économique de 2003 a eu un faible impact sur le chômage.

Q: Qui souffre plus particulièrement du chômage?

R: Les jeunes sont le plus touchés. Quelque 88,2 millions de personnes âgées de 15 à 24 ans sont au chômage, soit 14,4 pour cent de cette tranche d'âge. C'est plus du double du taux global qui est d'environ 6,2 pour cent. Par ailleurs, malgré une baisse du chômage féminin, les femmes connaissent un taux de chômage plus élevé que les hommes.

Q: Globalement quelles sont les questions liées au chômage?

R: En plus de la question du chômage, reste celle très importante des "travailleurs pauvres". Le BIT estime à environ 550 millions les personnes qui travaillent mais qui ne gagnent pas assez pour subvenir à leurs besoins ou à ceux de leur famille C'est le même nombre qu'en 2002, et ce résultat à de quoi faire réfléchir. Pour atteindre les Objectifs de développement pour le Millénaire de réduction de moitié de la pauvreté , il faudrait des signes tangibles du déclin du "travail pauvre".

Q: La croissance économique au début 2003 a été relativement faible, mais y a -t-il des raisons spécifiques qui expliquent la montée du chômage?

R: Quelques facteurs peuvent avoir contribué à l'augmentation du chômage, comme par exemple l'irruption du SRAS en Asie ou de la guerre en Irak. Ces deux facteurs ont conduit à une baisse des voyages à travers le monde et ont eu un impact très important sur le tourisme.

Q: Une croissance économique plus forte est-elle attendue en 2004?

R: Les perspectives pour 2004 sont relativement optimistes. Le BIT espère une bonne reprise dans les pays industrialisés. Il escompte également une forte demande dans les économies industrialisées et une plus forte demande domestique dans les pays en voie de développement. Une croissance de 4 pour cent pourrait avoir lieu dans les Caraïbes, le Moyen Orient et l'Amérique latine, alors que le taux pourrait atteindre 5 à 7 pour cent en Asie, et 4 pour cent en Afrique. Il se pourrait que, grâce à ce niveau de croissance, des emplois soient créés.

Q: Est-ce que croissance économique veut dire plus d'emplois?

R: Il y a un lien entre la création d'emploi et la production. Mais le rapport du BIT note que la croissance en 2004 et au-delà est insuffisante. Les décideurs politiques devraient mettre l'emploi au premier plan de leurs préoccupations, liant la politique de l'emploi aux politiques macroéconomiques. Une croissance sans création d'emploi, c'est bien là un des points les plus préoccupants du rapport. Aucun pays ne peut penser bénéficierd'une croissance durable sur le long terme sans, en même temps, créer des emplois. Si la croissance se poursuit sans créer des emplois, la demande de biens et de services déclinera inéluctablement.

Q: Quelles politiques doivent être adoptées pour aider les plus vulnérables, les jeunes et les pauvres?

R: Le chômage des jeunes dans certaines régions du monde est de 3 à 4 fois supérieur à la moyenne générale. La sous-utilisation de leurs compétences et de leurs talents est une erreur et un gâchis. Les décideurs doivent mettre en œuvre des politiques qui permettent aux jeunes d'entrer dans la vie active. Et si l'on veut réduire la pauvreté de moitié d'ici 2015, des politiques très spécifiques doivent être utilisées, des politiques favorables aux pauvres et qui leur permettent de sortir de la pauvreté par leurs propres moyens. L'éducation, la formation et le bien-être sont des outils qu'il faut donner aux plus pauvres pour améliorer leur productivité.

Q: Que réserve l'avenir, et qu'est-ce qui doit être fait?

R: Le grand problème serait que la croissance ressentie en 2004 s'interrompe ou stagne. Si cela arrive, il y a une chance réelle que les Objectifs de développement pour le Millénaire de réduire la pauvreté de moitié d'ici 2015 ne soient pas atteints. Les décideurs doivent mettre, au niveau national, l'emploi sur un pied d'égalité avec les politiques macroéconomiques. L'emploi décent ou productif doit être une priorité. Si la productivité continue à augmenter et si le travail décent et productif devient une réalité, alors nous avons une chance réelle d'atteindre les Objectifs du Millénaire.


Note 1 - Tendances mondiales de l'emploi, Bureau international du Travail, Genève 2004, ISBN 92-2-215107-0.