7ème Réunion régionale européenne de l'OIT Réussir pour survivre

Les changements démocratiques intervenus en octobre 2000 ont ouvert l'économie serbe sur le monde extérieur, mais nombre d'entreprises locales, dans l'incapacité de concurrencer les entreprises étrangères ont dû se résoudre à fermer. En 2001, l'OIT a lancé un projet de développement économique local dans le sud-ouest de la Serbie, suivi d'un autre, plus complet en 2004 couvrant le sud-est du pays. Ces initiatives de développement économique local mises en œuvre en Europe et en Asie centrale ont également fait l'objet de discussions lors de la récente Réunion régionale européenne de l'OIT organisée à Budapest, les 14-18 février. Reportage de Andreja Tomasevic, journaliste serbe.

Article | 15 mars 2005

LESKOVAC, SERBIE – L'histoire de Zoran Stamenkovic montre bien à quoi ressemble la Serbie d'aujourd'hui, à l'aube d'une ère nouvelle.

M. Stamenkovic faisait partie autrefois des 5 000 employés d'une grande usine textile de la ville de Leskovac, dans le sud de la Serbie. Au moment de l'éclatement de l'ex-Yougoslavie au début des années 1990, la plupart des activités de production avaient cessé, les marchés traditionnels ayant disparu. Quelques années plus tard, lorsque l'embargo des Nations Unies contre la Serbie est devenu effectif, toutes les activités productives ont été bloquées. Des milliers de personnes ont alors perdu leur emploi.

«C'est à ce moment-là que j'ai décidé de me mettre à mon compte; je ne voulais plus dépendre des autres», déclare M. Stamenkovic dans le hall de son usine fraîchement repeinte. «J'ai investi mes maigres économies dans la production et l'emballage des cathéters. Un vieil ami de Niš en vivait bien, alors j'ai pensé que je pourrais faire de même. J'ai donc créé la maison ‘Opal', alors même que ma famille et moi-même avions tout à apprendre du métier. Notre produit était bon, mais nous ignorions pratiquement tout des rapports avec les banques, les acheteurs, et les hôpitaux en particulier.»

Mais ce n'est que plus tard que les Stamenkovic ont été confrontés à de véritables défis. Nombre d'entreprises locales n'étaient pas compétitives au moment de l'ouverture du pays en 2000/2001. «Pour parler de manière concrète, les cathéters étaient importés à un prix 10 fois inférieur à notre prix de production ici. Nous ne pouvions pas suivre. La concurrence des pays européens était trop forte pour nous. Même si nous avions reçu une commande, nous n'aurions pas pu l'honorer en raison des immenses quantités en jeu; nous n'avions pas non plus les ressources nécessaires pour investir dans les matières premières, l'électricité, la main-d'œuvre etc.».

À cette époque-là «Opal» n'existait que sur le papier. Un jour, M. Stamenkovic a entendu parler de la REEDA à la radio; il a tenté sa chance et sollicité son appui.

Au confluent des idées et du monde des affaires

L'Agence régionale de développement économique et de l'esprit d'entreprise du district de Jablanica (REEDA) a été créée dans le cadre d'un projet de l'OIT visant à soutenir le rapprochement et le développement économique local par l'aide à la petite entreprise dans le sud-est de la Serbie». Financé par l'OIT et le gouvernement néerlandais, ce projet se concentre sur «l'aide aux petites et moyennes entreprises et le développement de celles-ci dans les districts de Pcinjski (Vranje) et de Jablanica (Leskovac), en République de Serbie», explique Geert van Boekel, Conseiller technique en chef du projet.

«Du fait que le sud de la Serbie est une ancienne zone de conflit, nous nous efforçons d'apporter le meilleur de l'expérience de l'OIT dans les domaines du développement de l'esprit d'entreprise et du renforcement du dialogue social à l'échelon local. Les expériences menées antérieurement par l'OIT en Bulgarie et en Croatie ont montré que les initiatives de promotion du développement économique local ont le potentiel de raviver l'économie locale et de renforcer la cohésion sociale en apportant revenus et emplois, dans le respect des caractéristiques sociales et écologiques de la région».

Depuis 2001, l'OIT a participé à la création de trois agences de développement économique local de ce type dans le sud de la Serbie. Elles offrent toutes les trois des services commerciaux à l'échelon local tant au secteur privé qu'au secteur public.

«L'OIT et l'ambassade des Pays-Bas sont arrivées à point nommé», explique M. Miodrag Bogdanovic, Directeur général de la REEDA à Leskovac. On déplorait justement l'absence totale de services de soutien aux petits entrepreneurs de la région. «Plusieurs mécanismes financiers destinés aux PME existent dans le district, mais la plupart des entrepreneurs n'y ont pas accès, dans l'incapacité de présenter des plans commerciaux solides. Qui plus est, la plupart des petits entrepreneurs n'ont aucune connaissance des pratiques existant en dehors de leur district et il nous arrive très souvent d'avoir à les orienter dans leurs démarches administratives», explique M. Bogdanovic dans son bureau du centre de Leskovac.

«Grâce aux symbioses entre la REEDA, le Fonds de garantie régional et le Fonds de développement municipal, tous trois installés sur le même étage à Leskovac, de nombreuses PME ont bénéficié d'un soutien et de conseils», explique-t-il. «Les banques adoptent maintenant une attitude totalement différente envers les clients qui viennent avec des plans commerciaux et des garanties consenties par nos services. En l'espace de quelques mois, plus de 20 entrepreneurs ont obtenu un crédit bancaire avec le soutien de la REEDA.»

Un brevet providentiel, des exportations en perspective

Parmi les heureux bénéficiaires figure l'entreprise «Opal» de Zoran Stamenkovic. «Grâce au soutien de l'agence, nous avons commencé à nous repositionner; nous avons obtenu un crédit qui nous permet de développer la production, et plus important encore, nous avons pu faire breveter un nouveau produit», affirme M. Stamenkovic en nous montrant fièrement les documents du brevet.

Zoran Stamenkovic a mis à profit les années pendant lesquelles il a n'a pas pu produire pour élaborer une nouvelle technique de production de cathéters destinés aux patients devant être opérés du côlon. Avec l'enregistrement des «systèmes de colostomie Vircol» (fabriqués à ce jour uniquement en Allemagne et au Danemark), Opal est devenu un intervenant de poids sur le marché. Le nouvel équipement acquis grâce au crédit obtenu permet désormais à «Opal» de distribuer entre 50 000 et 60 000 cathéters, soit environ 25 pour cent du marché serbe. L'entreprise prévoit même d'embaucher deux nouveaux collaborateurs.

M. Stamenkovic projette déjà d'étendre ses activités au-delà des frontières, en Bosnie et en Macédoine où il entrevoit de bonnes perspectives commerciales. «Sans la REEDA, je ne sais pas si j'aurais pu un jour aller aussi loin. C'est une chance pour nous que l'OIT nous ait redonné espoir en mettant en œuvre ce projet dans la région.»


Note 1 - Voir Rapport du Directeur général à la Septième Réunion régionale européenne, vol. 1, Activités de l'OIT 2001-2004, La coopération dans un environnement en mutation.