Développement durable et environnement: Prenons l'Initiative

NAIROBI (BIT en ligne) - L'Initiative des travailleurs pour un héritage durable (WILL 2006), organisée par le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) en coopération avec l'OIT, la Fondation internationale du travail pour le développement durable (SustainLabour) et le Pacte mondial des Nations Unies, a tenu ici sa toute première assemblée syndicale sur le travail et l'environnement la semaine dernière. BIT en ligne s'est entretenu avec Lene Olsen du Bureau des Activités pour les travailleurs du BIT qui participait à cette réunion.

Article | 30 janvier 2006

Pouvez-vous nous donner un bref aperçu des principaux sujets de débat?

Lene Olsen: Quelque 2,2 millions de décès surviennent chaque année du fait d'accidents du travail ou de maladies professionnelles. Les substances dangereuses à elles seules causent la mort d'environ 440 000 personnes chaque année. De plus, trois quarts des personnes qui vivent avec le Sida sont des travailleurs. Quand les accidents et les maladies liés au travail affectent tant de travailleurs, on ne peut pas parler de développement durable. C'est pourquoi il est important de renforcer la promotion d'une sécurité préventive et d'une culture de la santé, ainsi que de sensibiliser le plus grand nombre pour augmenter la visibilité du BIT et de ses instruments pour la sécurité et la santé au travail, y compris la ratification et la mise en œuvre des conventions et des normes de l'OIT qui en traitent.

La réunion a établi un lien entre le travail décent, la protection de l'environnement et l'éradication de la pauvreté. La promotion des conventions de l'OIT, des recommandations et autres instruments relatifs à la sécurité professionnelle et à la santé est capitale à cet égard. Par exemple, à ce jour, seuls 28 des 178 pays membres de l'OIT ont ratifié la convention de l'OIT n° 162 concernant la sécurité dans l'utilisation de l'amiante. Nous avons besoin de davantage de ratifications, et le mouvement syndical international demande une interdiction globale de l'amiante.

Les substances chimiques dangereuses ne sont pas seulement un danger pour l'environnement mais aussi pour les travailleurs. Que fait l'OIT en ce sens?

Lene Olsen: Dans le domaine des risques chimiques et des substances toxiques sur le lieu de travail, l'OIT collabore de manière intensive avec d'autres agences internationales sur la question de la sécurité chimique. A titre d'exemple, le Programme international sur la sécurité des substances chimiques qui est un Programme OIT/OMS/PNUE prépare les Fiches internationales de sécurité chimique qui sont très populaires et consultées par Internet et par Cd-rom des centaines de milliers de fois chaque mois.

L'OIT est également membre du Programme interorganisations pour une gestion rationnelle des produits chimiques - aux côtés de l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture, le PNUE, l'Organisation des Nations Unies pour le développement industriel, l'OCDE, l'OMS, l'Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche, qui sont membres à part entière, et de la Banque mondiale et du Programme des Nations Unies pour le développement, qui sont observateurs. Par ce biais, l'OIT a joué un rôle central dans l'établissement d'un Système général harmonisé de classification et d'étiquetage des produits chimiques (SGH). Le système est fondé sur la convention de l'OIT sur les produits chimiques de 1990 (n° 170) qui, parmi d'autres, prévoit le marquage et l'étiquetage des produits chimiques et l'établissement de critères pour la préparation de fiches de données de sécurité chimique en accord avec les normes nationales et internationales.

En outre, cela suppose également que les systèmes et les critères de classification et les exigences de marquage et d'étiquetage pour le transport des produits chimiques prennent en compte les recommandations des Nations Unies sur le transport des matières dangereuses. Ces deux dispositions ont été à l'origine d'efforts internationaux majeurs pour développer le Système général harmonisé des Nations Unies (SGH) qui est aujourd'hui adopté. L'OIT participe aussi au Programme OIT/UNITAR de construction des capacités de SGH.

L'OIT est également impliquée dans l'Approche stratégique de la gestion internationale des produits chimiques, SAICM, un processus conduit par les Nations Unies qui collabore aussi avec le Forum intergouvernemental sur la sécurité chimique. Les résultats d'une récente réunion de la SAICM seront rapportés à la Conférence internationale du Travail en juin 2006.

Le lien entre environnement et monde du travail demande-t-il davantage de coopération interagences?

Lene Olsen: Le lien entre les questions économiques, sociales et environnementales est fort et des alliances sont nécessaires - au niveau national et international - pour y faire face d'une manière cohérente, afin de construire un monde plus durable sur le plan environnemental. L'Assemblée WILL a demandé à toutes les parties en présence - nationales et internationales - de coopérer et de jouer un plus grand rôle en renforçant la cohérence entre elles.

En 1977, l'OIT et le PNUE ont signé un accord de coopération et l'OIT devrait poursuivre ce type de coopération avec d'autres organisations.

L'OIT travaille également en étroite collaboration avec l'OMS dans le domaine de la santé professionnelle en assurant le progrès et la continuité de l'action de protection de la santé des travailleurs, en particulier dans les pays en développement. Dans ses conclusions, l'Assemblée a tracé des étapes pour une action conjointe de suivi par le PNUE, l'OIT et l'OMS.

Les changements climatiques étaient aussi à l'ordre du jour de l'Assemblée. Quel est le lien avec le travail de l'OIT?

Lene Olsen: Les changements climatiques augmentent probablement la fréquence et l'intensité des catastrophes naturelles qui ont souvent un énorme impact sur les emplois et les conditions de travail. En réponse à de telles situations, l'OIT peut aider à restaurer l'emploi et les conditions de vie des victimes. La création d'emplois est un objectif central du processus de reconstruction économique et sociale. Par exemple, l'OIT a déjà fait un énorme effort à travers ses programmes de développement des activités économiques locales et de création de moyens de subsistance pour les victimes du tsunami de décembre 2004 en Asie et celles du séisme d'octobre 2005 au Pakistan.

Dans le but d'éviter les changements climatiques ou de les limiter, les entreprises devront adopter des méthodes de production durables. Cela va demander un processus de transition dans lequel le dialogue social entre employeurs et travailleurs sera crucial.

La responsabilité de l'entreprise était-elle un autre sujet important?

Lene Olsen: La responsabilité sociale de l'entreprise est liée à la question du respect des normes internationales du travail. La Déclaration de Principes tripartite de l'OIT sur les entreprises multinationales et la politique sociale est le seul instrument orienté vers le développement dans le domaine de la responsabilité sociale de l'entreprise qui soit fondé sur des principes universels et des normes et reçoive le soutien des employeurs, des travailleurs et des gouvernements. Le Département de l'OIT des entreprises multinationales et de la politique sociale est responsable des activités relatives à la Déclaration tripartite et aux Directives de l'OCDE sur les entreprises multinationales et à la participation de l'OIT au Pacte mondial des Nations Unies; il coordonne aussi le travail du BIT sur la responsabilité sociale de l'entreprise.

Comment les syndicats peuvent-ils avoir les moyens de jouer leur rôle de chiens de garde sociaux et environnementaux?

Lene Olsen: L'Assemblée WILL s'est mise d'accord sur l'intégration des "dimensions environnementales et sociales au développement durable avec une approche fondée sur les droits. Les droits fondamentaux des travailleurs tels que la liberté d'association et la négociation collective doivent être respectés pour que les travailleurs et leurs syndicats soient capables de s'engager dans des stratégies de développement durable."

La liberté d'association est un pilier fondamental de toute implication des travailleurs sur leur lieu de travail et un facteur décisif pour les stratégies de protection des milieux naturel et humain. La construction de capacités et l'éducation sont aussi des facteurs importants pour la participation des travailleurs.

Le BIT, en particulier grâce à son Bureau pour les Activités pour les travailleurs, œuvre très étroitement avec les organisations syndicales nationales, régionales et internationales à travers le monde pour renforcer leur influence en promouvant des activités de défense et de promotion des droits des travailleurs. L'importance de telles activités, ajoutée à la coopération avec les employeurs et les activités relatives au renforcement du dialogue social, a également été soulignée par l'Assemblée. Le document final de l'Assemblée confirme ce soutien renforcé à un "dialogue entre travail et gestion, consultation et négociation sur le lieu de travail pour un développement durable".

Quels sont les principaux résultats de cette réunion WILL du point de vue du BIT?

Lene Olsen: Les résultats de l'Assemblée à la fois en session plénière et en groupes de travail ont souligné l'importance du respect des normes nationales et internationales en matière de travail et d'environnement. Les normes et les activités de l'OIT sont tout à fait pertinentes sur tous les thèmes discutés à Nairobi - que nous parlions de changements climatiques et de politiques énergétiques, de substances chimiques dangereuses, d'accès à l'eau, de santé ou de questions de sécurité telles que le VIH/Sida et la responsabilité sociale de l'entreprise. Au fil des ans, l'OIT a développé des normes internationales du travail, des directives et des activités de coopération technique dans tous ces domaines. L'Assemblée a également montré que l'OIT pouvait jouer un rôle encore plus central en renforçant la dimension sociale et de travail dans la préservation de l'environnement et le développement durable.


Note 1 - Pour plus d'informations sur WILL, veuillez consulter www.will2006.org