«L’école passerelle», une voie pour l’éradication du travail des enfants

L’éducation est un droit de la personne et un facteur clé dans la réduction de la pauvreté et du travail des enfants. Pourtant, plus de 70 millions d’enfants en âge d’aller à l’école primaire ne sont pas scolarisés, et beaucoup font partie des 218 millions d’enfants travailleurs à travers le monde. La communauté internationale s'est engagée, dans les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), à ce que, d’ici 2015, tous les enfants, tant garçons que filles, effectuent le cycle complet de l'enseignement primaire. Cet engagement concerne en particulier les enfants exclus du système scolaire, comme la petite Salimata, de Côte d’Ivoire…

Article | 11 juin 2008

COTE D’IVOIRE (BIT en ligne) – Salimata a 10 ans. Son père est décédé, sa mère est «absente de la ville», et elle vit chez ses tuteurs – à Bonoua, localité située à environ 60 km d’Abidjan. Jusqu’à l’an dernier, elle n’était pas scolarisée et travaillait pour aider sa famille d’accueil. Tous les matins, Salimata partait vendre les beignets préparés par sa tutrice, à travers toute la ville. Souvent, elle s’arrêtait devant l’école primaire située sur son chemin pour observer les autres enfants de son âge installés dans les classes.

Le Directeur de l’école l’a bien remarquée, mais elle a dépassé la limite d’âge pour entrer au cours préparatoire (CP1). A la recherche d’une solution pour donner une chance à Salimata, il entend parler du projet IPEC-LUTRENA qui permet aux enfants non scolarisés de renouer avec l’école en bénéficiant d’un enseignement de base et d’être intégrés par la suite dans le cursus primaire.

Ce projet d’«écoles passerelles» était mené par le Programme international de l’OIT pour l’abolition du travail des enfants (IPEC) via son programme sous régional de «Lutte contre la traite des enfants à des fins d’exploitation de leur travail en Afrique de l’Ouest et du Centre» LUTRENA, en collaboration avec le service autonome de l’alphabétisation (SAA), une agence publique gouvernementale de Côte d’Ivoire.

Le principe des école passerelle consiste à assurer un programme à deux niveaux d’une durée maximum de 9 mois chacun, dans les localités de Bonoua, Dabou, Grand Bassam et dans le District d’Abidjan. Pour ce faire, les infrastructures scolaires étaient utilisées pendants les jours et heures de fermeture (mercredi, samedi et dimanche) pour offrir une éducation aux enfants les plus vulnérables ou victimes de la traite. La formation de ces enfants était assurée par des bénévoles encadrés par des conseillers d’alphabétisation, fonctionnaires de l’Etat. Au terme de cette formation, l’élève ayant achevé le programme avec succès pouvait intégrer une classe de niveau cours élémentaire (CE).

Ainsi, grâce au projet IPEC-LUTRENA, Salimata a pu intégrer une classe passerelle. Bien sûr, il a fallu sensibiliser ses tuteurs à l’importance d’une éducation pour Salimata. «Le travail des enfants est étroitement lié à la pauvreté. Une famille pauvre n’a pas forcément les moyens de payer les frais d’école et peut avoir désespérément besoin de la contribution d’un enfant aux revenus de la maison», indique Honoré Boua Bi Semien, coordinateur national du projet LUTRENA.

On estime qu’à l’échelle mondiale, seulement 46 pour cent des garçons et 43 pour cent des filles vont à l’école secondaire; et rien qu’en Afrique subsaharienne, seul un enfant sur cinq va à l’école secondaire.

«Même si l’amélioration de l’accès à l’enseignement gratuit est essentielle pour accroître la participation, l’enseignement fourni doit être d’une qualité suffisante pour retenir les enfants à l’école et assurer des résultats d’apprentissage positifs. Bien trop souvent, les classes sont surpeuplées et délabrées, avec des ressources insuffisantes et des enseignants non qualifiés. Les parents qui ne sont pas convaincu de la nécessité d’une éducation sont moins enclins à envoyer leurs enfants à l’école, ce qui ne leur laisse pas d’autre choix que d’entrer sur le marché du travail à un âge précoce», poursuit M. Boua Bi Semien.

Les tuteurs de Salimata n’ont pas regretté leur choix. Un animateur de la classe a remarqué qu’elle était très motivée et apprenait très vite. A la fin de cette formation qui a duré 8 mois, Salimata savait déjà lire et écrire. Avec l’appui des conseillers d’alphabétisation du SAA, des enseignants volontaires et grâce à l’adhésion des autorités éducatives locales (l’inspecteur de l’enseignement primaire notamment), Salimata a été intégrée à l’école primaire de son quartier en deuxième année de Cours Préparatoire CP2. A la fin de l’année scolaire 2006-2007, elle a été admise en classe supérieure (CE1) avec 9,96/10 de moyenne. Sa nouvelle maîtresse, Mme K. B., affirme d’ailleurs que la petite Salimata est sa meilleure élève. Elle a aussi une très bonne conduite en classe.

Actuellement encouragée par sa famille tutrice, Salimata est une enfant gaie qui envisage sa vie avec espoir. «Je suis très contente d’aller à l’école. Je remercie les tontons qui m’ont aidée», confie-t-elle. A-t-elle sa petite idée de ce qu’elle souhaite faire à la fin de ses études? «Je voudrais devenir policier», répond Salimata.

«Réduire les barrières d’accès à l’école et améliorer la qualité de l’enseignement afin de permettre aux familles d’investir dans le capital humain de leurs enfants est l’un des éléments fondamentaux de la stratégie de lutte contre le travail enfantin pour que ces enfants, une fois adultes, aient accès à un travail décent. Investir dans l’éducation est une décision économique pertinente», conclut M. Boua Bi Semien.

Une étude de l’OIT a constaté que l’élimination du travail des enfants et son remplacement par l’enseignement universel entraîne d’importants bénéfices économiques, en plus des bénéfices sociaux. De manière globale, on estime que les bénéfices seront six fois supérieurs aux coûts engendrés, et chaque année supplémentaire de scolarité, jusqu’à l’âge de 14 ans, produit dans le futur 11 pour cent de revenus supplémentaires par an.

Les journalistes qui souhaitent approfondir cette histoire et d’autres pour l’édition 2008 de la Journée mondiale contre le travail des enfants doivent contacter le Programme international pour l’élimination du travail des enfants (IPEC) au + 4122/799-8181 ou par courriel: ipec@ilo.org