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Haïti: De la reconstruction post-cyclone au développement durable

En 2004, le cyclone Jeanne s’est abattu sur la ville portuaire des Gonaïves, en Haïti, précipitant des murs d’eau et des coulées de boue sur les pentes alentour et bouleversant la physionomie de la ville pour toujours. Grâce à un projet dirigé par l’Organisation internationale du Travail (OIT), les habitants de la région ont pu s’organiser pour établir des réseaux de contrôle de l’érosion, afin de protéger la ville des coulées de boue et des inondations. Ce reportage de la Télévision de l’OIT présente le fonctionnement et les bienfaits de ce projet.

Date de parution: 9 décembre 2009 | Taille/durée: 00:02:51 (9.43 MB)

Transcription:

La ville des Gonaïves, berceau de l’indépendance haïtienne, est nichée au fond d’une magnifique baie des Caraïbes, mais elle est particulièrement exposée aux catastrophes naturelles en raison de la déforestation pratiquée pendant des années sur les collines environnantes.

En septembre 2004, avec le cyclone Jeanne, la ville s’est rapidement transformée en un vaste marécage sous l’effet des pluies diluviennes et des coulées de boue. Plus de 3.000 personnes ont trouvé la mort dans cette catastrophe, qui a par ailleurs laissé des milliers d’habitants sans abri et sans aucun moyen de subsistance.

Face à la menace permanente des cyclones, un projet géré par l’OIT en partenariat avec le gouvernement haïtien a permis de réaménager le bassin hydrographique autour de la ville.

En échange de nourriture et d’un salaire, les ouvriers creusent des fossés horizontaux consolidés ou construisent des petits barrages en empilant des pierres.

L’utilisation de techniques basées sur les ressources locales a été déterminante pour le succès du projet. Les travailleurs sont recrutés par le biais d’associations locales qui sélectionnent les chefs d’équipe et veillent au paiement des salaires.

M. Timoré Moril, Président, Fédération des travailleurs FODEC (en créole):

Ce projet a beaucoup apporté à notre communauté. Chaque association engage un certain nombre de travailleurs selon un système de rotation.

Près de la moitié de la main d’œuvre est composée de femmes. Un système de rotation permet au plus grand nombre de personnes d’avoir accès à un revenu minimum dans un pays où le chômage est très élevé.

Une première phase du projet a fourni du travail à 21.000 habitants sur plus de 70 chantiers. Pour la seconde phase, actuellement en cours, des milliers d’autres personnes sont à l’œuvre comme ici, sur les rives de la rivière La Quinte.

Sur ce chantier les ouvriers agrandissent le canal d’accès à la mer pour faciliter l’évacuation des eaux en cas d’inondation. Sur les collines d’autres ouvriers préviennent l’érosion en plantant des arbres.

Renaud Gene, agronome chargé des aspects techniques du projet de l’OIT (en français):

Ces travaux servent à retenir la terre des collines et à éviter l’inondation de la plaine. Ils permettent de créer des emplois en transformant en zone fertile et productive des terres qui n’étaient pas utilisées.

La création d’emplois verts permet de répondre au double défi de la protection environnementale et du développement économique.

Jean-Marie Vanden Wouver, Directeur du Projet « Gonaïves » de l’OIT (en français):

Les emplois verts offrent une plus grande durabilité. Nous allons créer des projets destinés à lutter contre l’érosion qui, en même temps, permettront de générer des emplois qui font cruellement défaut ici. Nous irions plus vite en utilisant des bulldozers, mais, dans ce cas, nous ne pourrions pas créer autant d’emplois…

En misant sur les emplois verts, la ville des Gonaïves a choisi un modèle de développement plus durable qui, espérons-le, lui offrira une protection efficace contre les prochains cyclones.