Au Maroc, une école de cirque remplace le travail des enfants par l’éducation

Au Maroc, une école de cirque créée dans une localité côtière constitue une des nombreuses initiatives novatrices entreprises au niveau communautaire pour scolariser les enfants qui travaillent. Pour des fillettes comme El Bouchtaouia, qui travaillait comme domestique, il s'agit là d'une occasion unique d'accéder à l'éducation et à une vie meilleure. (en anglais)

Date de parution: 30 juin 2008 | Taille/durée: 00:02:42 (14 MB)

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Lorsqu’on s’attarde sur les marchés animés des rues de Rabat ou de Casablanca, on observe des centaines d’enfants, dont certains ont à peine sept ans, qui travaillent toute la journée en effectuant des horaires hebdomadaires de quarante heures, voire plus. On dénombre au Maroc plus de 600.000 enfants qui travaillent, soit 11 pour cent de la population enfantine du pays, et la moitié d’entre eux sont des filles.

El Bouchtaouia, ancienne travailleuse domestique

J’ai travaillé pendant deux ans comme domestique dans le sud du Maroc. C’était dur. Mes employeurs me battaient. Et chaque fois que je voyais des enfants aller à l’école, cela me rappelait que, moi, je ne pouvais pas y aller et j’en avais le cœur brisé. 

N’ayant aucune possibilité de fréquenter l’école, El Bouchtaouia (boook-tah-we’-uh) et les autres enfants comme elle deviennent généralement des adultes illettrés, pauvres et désespérés.

Il existe pourtant une lueur d’espoir pour ces enfants. Dans une vieille forteresse perchée sur une falaise qui domine la côte marocaine, un autre monde les attend : un monde de magie, d’illusion et de joie qui représente pour eux la possibilité de commencer une nouvelle vie.

Ici, à « l’école du cirque », les enfants pris dans l’engrenage du travail et de la pauvreté ont accès à un monde qu’ils avaient toujours imaginé comme un rêve impossible. Grâce aux efforts déployés par une association locale, ces fillettes reçoivent ici une double formation : d’une part, elles sont initiées aux arts du cirque comme la jonglerie et les exercices au trapèze et, d’autre part, elles suivent un enseignement scolaire comme tous les enfants de leur âge.

Loin du chapiteau du cirque, la situation des enfants en général semble s’améliorer progressivement au Maroc. Depuis une dizaine d’années, on observe une légère diminution du nombre d’enfants qui travaillent. Selon les spécialistes de diverses organisations et notamment du Programme du BIT pour l’élimination du travail des enfants, cette tendance est liée en partie à la mise en œuvre de programmes novateurs comme l’«école du cirque», ainsi qu’à la forte hausse du taux de scolarisation, qui est passé de 52 pour cent en 1991 à 92 pour cent actuellement. Ainsi, la quasi-totalité des enfants marocains ont désormais accès à l’école primaire.

El Bouchtaouia fait partie des jeunes qui ont bénéficié des initiatives contre le travail des enfants. Elle a maintenant seize ans et est en cinquième année à l’école primaire. Pour elle, le travail des enfants est une réalité qui appartient au passé, pas à l’avenir.

Il faut toutefois rester vigilant, car les enfants sont vulnérables.

Sriani Ameratunga-Kring, Bureau pour l’égalité entre hommes et femmes, BIT

Au Maroc, plus de 40 pour cent de la population vit au niveau du seuil de pauvreté, voire en dessous. Cela veut dire qu’en cas de décès, de divorce ou d’invalidité dans la famille, les enfants doivent aller travailler pour compenser la perte de revenus qui en découle. 

Pour des jeunes filles comme El Bouchtaouia, l’école du cirque est loin d’être une illusion. C’est plutôt un rêve devenu réalité, une occasion unique de se former et d’acquérir des compétences qui lui permettront d’accéder à un travail bien rémunéré et à une vie meilleure, pour elle et pour sa famille.