Changement climatique

Politiques écologiques et emplois: une mise pour un bénéfice double?

Près de 40 pour cent des emplois dans le monde se situent dans des secteurs fortement producteurs de carbone. Vouloir freiner le changement climatique, c’est également relever un défi en matière d’emploi puisque les travailleurs devront changer de poste et de secteur d’activité. Ce qui soulève de nombreuses questions quant à savoir dans quelle mesure les politiques «vertes» peuvent être bénéfiques sur deux tableaux, celui de l’environnement et celui de l’emploi. Questions et réponses.

Article | 11 décembre 2009

Quel est le lien entre le changement climatique et la crise économique mondiale en cours?

Pour que nos sociétés résistent mieux aux effets du changement climatique, il faut avant tout veiller à ce que le fonctionnement des marchés du travail ne soit pas perturbé ni interrompu. L’expérience des crises environnementales et financières nous enseigne que pour les personnes vivant à la limite de la pauvreté la perte de leur gagne-pain peut se traduire par des années de privations avant de pouvoir remonter la pente. Il y a une prise de conscience internationale grandissante de la nécessité de ralentir le processus de changement climatique afin de placer l’économie mondiale sur une orbite plus durable. D’ores et déjà, dans le cadre des plans adoptés pour surmonter la crise mondiale économique et de l’emploi en cours, les pays ont lancé des investissements dans les infrastructures qui visent à faciliter la transition vers une économie plus verte. Ces efforts répondront en même temps à des objectifs sociaux puisque cette dépense dans les projets écologiques favorise la reprise et la création d’emplois. Ils contribueront également à réduire la durée du ralentissement du marché du travail.

Le défi de l’emploi lié à l’objectif de réduction des émissions de CO2 est-il significatif?

Selon le dernier Rapport sur le travail dans le monde du BIT */, l’emploi dans les secteurs fortement producteurs de carbone représente 38 pour cent des emplois dans le monde. Si nous voulons ralentir le processus de changement climatique, cela créera incontestablement un défi pour l’emploi puisque les travailleurs devront changer d’emploi et de secteur d’activité. Pour autant, le passage à une économie à faibles émissions de carbone offre également de vastes opportunités pour la création de nouveaux emplois destinés à atténuer les effets du changement climatique grâce aux politiques énergétiques et industrielles. Cette mutation ouvrira de nouveaux marchés, stimulera l’innovation écologique et l’investissement dans des techniques de production efficaces. En outre, les «politiques vertes» telles que les «taxes carbone» ou les mécanismes d’échange de droits d’émissions devraient générer des ressources publiques qui pourraient être utilisées pour réduire la taxation du travail, stimulant ainsi la demande de main-d’œuvre.

Pouvez-vous nous donner un exemple concret de l’impact des politiques écologiques sur l’emploi?

Le Rapport sur le travail dans le monde montre que si l’on imposait un prix pour les émissions de CO2, comme cela sera discuté pendant la Conférence sur le climat à Copenhague, et si les recettes générées étaient utilisées pour réduire la taxation du travail, alors l’emploi pourrait augmenter de 0,5 pour cent d’ici 2014. Ce qui équivaudrait à la création nette de plus de 14,3 millions de nouveaux emplois pour l’économie mondiale dans son ensemble. Des gains plus importants encore pourraient être enregistrés en raison du changement technologique induit par les politiques vertes.

Comment le BIT peut-il contribuer à rendre la transition vers une économie verte durable sur le plan social et environnemental?

Des emplois et des entreprises seront supprimés dans certains secteurs mais de nouvelles créations d’emplois et d’entreprises émergeront dans d’autres secteurs. De la même manière, il convient de développer de nouvelles compétences pour accompagner la transition vers une économie à faibles émissions de carbone. Qui plus est, les pays en développement ont besoin d’aide pour relever le défi que posent les problèmes d’environnement dont ils sont les innocentes victimes. Les politiques vertes risquent de générer des effets négatifs en termes d’inégalité, parce que la flambée des prix de l’énergie et des biens de consommation à forte utilisation d’énergie peut avoir des répercussions dramatiques sur les ménages à bas revenus. Les recettes générées par le carbone peuvent et doivent être utilisées pour dédommager ces ménages pauvres. C’est pourquoi le Pacte mondial pour l’emploi, mis en œuvre de concert avec des politiques écologiques, est si crucial. Adopté par les 183 Etats Membres de l’OIT en juin dernier, le Pacte soutient le virage vers une économie à faibles émissions de carbone, respectueuse de l’environnement, comme le moyen d’accélérer et de soutenir la reprise de l’emploi.

Quel est le rôle de l’OIT dans les efforts déployés à l’échelle des Nations Unies pour enrayer le changement climatique?

Compte tenu de son mandat, de son expertise et de sa composition, l’OIT est à même de jouer un rôle essentiel aux niveaux national et international dans une approche systémique, en particulier à travers ses programmes de travail décent par pays. En étroite coopération avec les autres agences de l’ONU, l’OIT peut contribuer, parmi d’autres, à faciliter la transition économique et sociale de secteurs comme la production d’énergie, le bâtiment, les transports et d’autres secteurs concernés; à promouvoir les emplois verts qui nourrissent la croissance tout en réduisant les émissions; et à écologiser les milieux de travail en mobilisant les employeurs et les travailleurs afin d’améliorer l’efficacité énergétique des installations et équipements existants, en particulier dans les petites entreprises. L’initiative des emplois verts de l’OIT a pour but d’apporter une dimension vitale de travail décent dans la campagne des Nations Unies pour une stratégie globale sur le changement climatique. Le but est de montrer l’utilité des politiques bien conçues en matière de climat et de marché du travail pour en retirer un double dividende tant environnemental que social.


Note 1 Rapport sur le travail dans le monde 2009, la crise mondiale de l’emploi et l’après-crise, chapitre 4: Politiques écologiques et emplois verts: un double dividende? Bureau international du travail, Genève 2009.