Agir sur place: promouvoir le développement économique local pour endiguer la crise économique mondiale

De nombreux conseils stratégiques ont été dispensés pour favoriser la finance mondiale, le commerce et les investissements liés à l’économie mondiale. Mais beaucoup moins pour renforcer les communautés locales et les marchés locaux où les gens vivent et souhaitent rester s’ils en ont la possibilité. Le renforcement des communautés locales dans les pays en développement est aussi un moyen d’aider ceux qui vont le plus souffrir de la crise économique et de l’emploi mondiale. BIT en ligne s’est entretenu avec des spécialistes du Développement économique local, Kees van de Ree et Matthieu Cognac.

Article | 29 avril 2009

Pourquoi le BIT s’engage-t-il dans des activités de développement économique local?

Kees van der Ree: Dans le monde entier, les communautés, les villes et les gouvernements se tournent vers les stratégies de Développement économique local (DEL) pour répondre aux défis de la mondialisation et au mouvement de décentralisation. Le DEL va bien au-delà de la seule croissance économique. Il promeut la participation et le dialogue social, établissant un lien entre les individus et leurs ressources en vue de meilleurs emplois et d’une qualité de vie supérieure pour les hommes et pour les femmes. L’OIT aide ses mandants à élaborer et mettre en place des stratégies de DEL dans toute une série de contextes économiques, sociaux et politiques à travers le monde. Cela concerne aussi bien des pays émergeant de la crise, des peuples indigènes, des zones rurales touchées par le travail des enfants, des bidonvilles que des zones axées sur la croissance.

Quels sont les défis auxquels est confronté le DEL en cette période de crise économique et sociale?

Kees van der Ree: La crise s’étend à l’échelle mondiale, le chômage augmente, dans les pays en développement des emplois formels sont perdus alors que l’emploi informel s’accroît, avec des revenus plus faibles et davantage de pauvreté. Dans le monde, environ 90 millions de personnes nouvelles arrivent sur le marché du travail chaque année. Au niveau local, les effets de la crise sont fortement ressentis dans les localités en raison – entre autres – des difficultés pour les PME d’accéder au crédit, des licenciements massifs dans les grandes entreprises opérant dans des secteurs économiques affectés, d’un affaiblissement de la demande de produits fabriqués localement mais insérés dans des chaînes d’approvisionnement mondiales, etc. Alors que la formulation des plans de relance et d’autres mesures de sauvetage se passe au niveau national et mondial, la mise en œuvre de ces mesures va créer des défis et des opportunités au niveau local.

Comment ces activités peuvent-elles contribuer à enrayer la crise?

Kees van der Ree: Les activités DEL offrent un soutien ciblé aux groupes et aux secteurs vulnérables comme, par exemple: renforcer la capacité des gouvernements locaux à mettre en place des mécanismes d’intermédiation sur le marché local du travail pour répondre à une plus forte offre de travail; encourager des possibilités alternatives de faire des affaires dans les services communautaires et l’agriculture entre autres; introduire des programmes d’emploi temporaire pour les jeunes, etc. De tels programmes renforcent les communautés locales et les marchés locaux, venant ainsi en aide à ceux qui vont le plus souffrir de la crise économique et de l’emploi actuelle. Un processus de DEL réunit donc plusieurs acteurs locaux qui décident par une stratégie économique locale de stimuler les entreprises et de créer des emplois décents: cela représente une occasion de formuler une réponse locale adaptée et dynamique pour répondre à la crise actuelle. Soyons clairs: il ne peut y avoir de mondialisation réussie sans «localisation» réussie. De la même manière, les mesures de sauvetage et de compensation nationales devraient être adaptées aux possibilités et aux besoins locaux spécifiques. Un pacte mondial pour l’emploi tel que proposé par le BIT devrait inspirer les négociations locales relatives à l’emploi.

Les activités de DEL contribuent-elles aussi à la protection de l’environnement et à la création d’emplois verts?

Matthieu Cognac: L’Indonésie abrite des forêts parmi les plus étendues et recelant la plus grande diversité biologique au monde. Cependant, la pérennité du secteur forestier est remise en question avec la destruction illégale d’environ 10 millions d’hectares de forêts. C’est dans ce contexte que l’OIT travaille avec le gouvernement et les parties prenantes pour améliorer les conditions de vie de ceux qui travaillent dans le secteur forestier, pour garantir en particulier qu’ils exercent leurs fonctions d’une manière plus respectueuse de l’environnement et plus durable. Cela implique l’encouragement d’un programme de biogaz que l’Ambassade royale des Pays-Bas en Indonésie a accepté de financer à hauteur de 8 millions d’euros et qui a commencé dans les districts opérationnels du projet JOY (Opportunités d’emplois pour les jeunes). Le programme va aider des milliers de ménages à économiser deux heures de leur temps par jour qu’ils consacraient jusque là à acheter ou à couper du bois et à faire du feu pour cuisiner ou pour s’éclairer. En plus d’améliorer la productivité et de réduire les coûts, utiliser le biogaz contribue à un environnement plus propre et à la production de fertilisants plus efficaces pour les récoltes agricoles. Au même titre qu’un projet de DEL similaire au Népal, les activités de l’OIT dans l’Est de Java offre un bon exemple de la façon dont le DEL aide à protéger l’environnement et à créer des emplois verts.

Le DEL favorise également des approches innovantes du développement du tourisme local?

Matthieu Cognac: En Indonésie, l’OIT opère dans deux districts de l’Est de Java, Malang et Pasuruan, où des forums DEL ont été créés et rassemblent des représentants du secteur privé, du gouvernement et de la société civile. Suivant les recommandations d’une étude DEL de faisabilité sur le tourisme local présentée en juin 2008, l’idée d’organiser de brefs séjours pour les visiteurs de Surabaya sur l’île indonésienne de Java est née. La première offre de séjour a été lancée avec succès en décembre 2008 avec un groupe de 50 touristes venus de Brunei et de Singapour. Le projet tire avantage du fait que Surabaya soit une destination de choix pour les voyages professionnels (réunions, séminaires de motivation, conventions et expositions) pour proposer une excursion d’un ou deux jours au volcan Bromo. Cela a déjà créé un nombre d’emplois significatif, y compris le personnel des restaurants, des boutiques de souvenirs et les guides touristiques. Le lancement de ces offres résulte d’une alliance stratégique entre le projet BIT/JOY et l’Association nationale des agents de voyage – ASITA. Ce qui est unique dans cette association, c’est qu’elle a mobilisé les communautés pour partager une vision commune du développement du tourisme d’avenir qui touche les secteurs public et privé.

Vous venez tout juste de rencontrer un représentant du parc à thème volcanique français – qu’attendez-vous de cette rencontre?

Matthieu Cognac: Dans le cadre du suivi du projet que nous venons d’évoquer, nous avons contacté Vulcania, un parc à thème volcanique unique et qui rencontre le succès dans la région française d’Auvergne, où les visiteurs sont invités à découvrir les sciences de la terre tout en s’amusant. Le parc français est entièrement financé par des fonds publics mais géré par un partenariat public-privé qui correspond bien à l’esprit du modèle DEL de l’Est de Java. Depuis sa création, Vulcania a contribué à faire remonter l’Auvergne de la 15e à la 8e place dans le classement des 22 régions de France accueillant le plus grand nombre de visiteurs. Qui plus est, chaque dollar dépensé par les visiteurs dans le parc induit une injection de 10 dollars dans l’économie locale par un effet démultiplicateur, parce que les gens doivent dormir, se restaurer et dépenser de l’argent tout au long de leur séjour. Selon le Directeur scientifique de Vulcania, M. François-Dominique de Larouzière, le potentiel touristique dans la région orientale de Java, y compris le Parc national Bromo-Semeru-Tengger, est extraordinaire, et la création d’un parc à thème dédié aux volcans et aux sciences de la terre va attirer davantage de visiteurs pour le parc national. Le bureau du gouverneur de la province de l’Est de Java a donc décidé de procéder à une véritable étude de faisabilité.