« 100 Ans – 100 Vies » | OUGANDA - “J’ai encore des douleurs dans le dos parce que je travaillais dans une plantation de thé quand j’étais enfant”

Dès l’âge de 11 ans, Molly Namirembe a été victime du travail des enfants pendant deux ans en Ouganda. Aujourd’hui, elle doit encore en subir les conséquences et elle a donc décidé de raconter son histoire pour aider à l’éradication du travail des enfants.

Reportage | Uganda | 13 août 2019
GENEVE - Alors qu’elle faisait son entrée au siège des Nations Unies à Genève pour prendre part à la session du centenaire de la Conférence internationale du Travail en juin 2019, une jeune activiste ougandaise, Molly Namirembe, avait bien du mal à croire qu’elle ne rêvait pas.

Mais la situation était bien réelle et elle s’apprêtait à délivrer un vibrant appel à mettre fin au travail des enfants qui a détruit une partie de sa propre enfance et qui aurait pu la condamner à une vie tout entière dans la pauvreté.

« J’ai été victime du travail des enfants seulement pendant deux ans mais c’est ce qui domine quand je repense à mon enfance », déclarait-t-elle avant de prendre part à un événement organisé à Genève à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le travail des enfants.

Elle avait 11 ans environ lorsque sa maman est décédée, Son père était mort bien avant, ce qui fait que Molly et sa sœur aînée – âgée alors de 14 ans – ont été contraintes de se prendre en charge. Or, le seul moyen de trouver l’argent nécessaire pour survivre était d’aller travailler dans une plantation de thé proche de l’endroit où elles vivaient.

Enfance exploitée

« Pour moi, cela s’est traduit par de longues heures de travail dès l’aube en devant porter de lourds paniers remplis de feuilles de thé, sans aucune pause et sans rien dans le ventre. Aujourd’hui encore, j’ai encore des douleurs dans le dos parce que j’ai été obligée de porter ce panier si lourd alors que je n’avais que 11 ans. Je garde encore les traces sur mon corps des piqûres d’insectes que je subissais. Sans parler des pesticides que j’inhalais », se souvient-t-elle.

Molly s’arrangeait pour continuer d’aller à l’école quand son emploi du temps le lui permettait mais sa sœur a été obligée d’arrêter complétement ses études car elle devait travailler à temps plein pour subvenir à leurs besoins. Molly lui est toujours très reconnaissante car elle a compris que sa sœur avait sacrifié son éducation pour prendre soin d’elle.

« Personne ne se souciait de notre situation. Autour de nous, les gens nous disaient parfois que nous étions très courageuses. Pourtant, ils trouvaient presque normal qu’on nous exploite en tant qu’enfants, pas plus qu’ils ne se souciaient de notre avenir. A l’époque, je gagnais si peu que je n’arrivais même pas à payer mes frais de scolarité. Résultat : j’ai été contrainte de quitter l’école pendant trois mois », ajoute-t-elle.

Réaliser son rêve

Pour Molly, le moment-là fut justement lorsqu’elle fut obligée de ne pas aller à l’école pendant tout un trimestre car elle ne pouvait pas payer ses frais de scolarité. Elle s’apercevait aussi que ses résultats scolaires baissaient à cause de son travail à la plantation de thé. Alors, elle réalisa qu’elle ne pouvait pas seulement faire le deuil de sa mère et, au lieu de cela, elle commença à analyser comment faire évoluer sa situation afin de réaliser son rêve qui était d’aller un jour étudier à l’université.

« Alors, j’ai parlé à des amies de ma mère qui m’ont mise en contact avec la famille de mon père. En effet, je ne la connaissais pas puisqu’il était mort alors que j’étais encore un bébé. C’est alors que j’ai rencontré mon oncle qui s’est occupé de moi et de ma sœur. Hélas, il était trop tard pour qu’elle puisse retourner à l’école », explique-t-elle.

Molly a finalement atteint son objectif en allant à l’université. Elle possède désormais une licence en sciences sociales et administratives obtenue à l’université Makerere. Malgré tout, elle continue de penser à sa sœur et à tous les enfants avec qui elle travaillait à la plantation de thé, qui n’ont pas eu la chance de pouvoir se construire un avenir.

« Je les ai laissés derrière moi et ça me fait mal », ajoute-t-elle en éclatant en sanglots.

Lutter contre le travail des enfants

Cependant, malgré son chagrin, la détermination de Molly est plus forte que jamais. C’est pourquoi elle a décidé de devenir une jeune activiste et, dès qu’elle en a l’occasion, elle raconte son histoire en expliquant pourquoi il faut éradiquer le travail des enfants.

Lorsqu’elle était encore étudiante, Molly était entrée en contact avec un programme de l’OIT appelé SCREAM. Elle devint alors volontaire puis chargée de la protection de l’enfance au sein de l’ONG Somero Ouganda qui collabore étroitement au programme. Ainsi, elle a pu mener des campagnes d’information afin de prévenir le travail des enfants dans les mines d’or ou encore dans les bidonvilles de Kampala, la capitale ougandaise.

Cette fois-ci toutefois, on lui offrait la possibilité de livrer son message de plaidoyer au plus haut niveau mondial à l’occasion d’un forum thématique sur le travail des enfants organisé à Genève par l’OIT.

« Mon message à la communauté internationale n’est pas très différent de celui que j’essaie de faire passer en Ouganda. Nous ne pourrons mettre fin au travail des enfants que si chacun joue son rôle à son propre niveau, que l’on soit enfants, parents, législateurs ou membres d’institutions internationales. Les gouvernements ont ratifié de nombreuses conventions contre le travail des enfants. Il faut qu’ils soient redevables de leur application, » conclut-elle.

L’OIT accentue encore ses efforts pour éliminer le travail des enfants en Ouganda, l’un des pays couverts par le nouveau projet « ACCEL Africa ». Son but suprême est d’accélérer l’élimination du travail des enfants en Afrique à travers des actions ciblées au sein de plusieurs chaînes d’approvisionnement. En Ouganda, ces actions se concentreront justement sur l’éradication du travail des enfants dans les plantations de thé et de café.