Plus de 70 pour cent de la population mondiale privée d’une véritable protection sociale

Un nouveau rapport de l’OIT sur les dernières tendances en matière de sécurité sociale : la plupart des gens ne disposent pas d’une protection sociale suffisante pour avoir un impact majeur sur la réduction de la pauvreté et l'amélioration du niveau de vie.

Actualité | 3 juin 2014
GENÈVE/ADDIS ABEBA (OIT Info) – Plus de 70 pour cent de la population mondiale n’est pas couverte de manière adéquate par la protection sociale afin de garantir un impact majeur sur la réduction de la pauvreté, en particulier en Afrique, indique un nouveau rapport de l'Organisation internationale du Travail (OIT).

Selon le «Rapport mondial sur la protection sociale 2014/15: bâtir la reprise économique, le développement inclusif et la justice sociale», seuls 27 pour cent de la population mondiale disposent d’un accès à une sécurité sociale complète.

Les campagnes mondiales pour la promotion de la sécurité sociale ont montré que l'Afrique était le continent où la couverture de la sécurité sociale est à son plus bas. Il y a un déficit évident entre les besoins de sécurité sociale et la capacité à répondre à ces besoins. En Afrique subsaharienne, la couverture par les régimes légaux de sécurité sociale est très limitée et largement confinée aux travailleurs de l’économie formelle et de leurs familles. En Afrique du Nord, la couverture tend à être sensiblement plus élevée, bien que les niveaux d'exclusion soient encore très élevés.

«La communauté mondiale a reconnu en 1948 que la sécurité sociale et les soins de santé pour les enfants, les personnes en âge de travailler confrontées au chômage ou à un accident et les personnes âgées étaient un droit humain universel», a rappelé la Directrice générale adjointe de l’OIT, Sandra Polaski. «Et pourtant, en 2014, la promesse d’une protection sociale universelle n’est toujours pas tenue pour la grande majorité de la population mondiale.»

La protection sociale est un outil politique essentiel pour réduire la pauvreté et les inégalités tout en stimulant la croissance inclusive parce qu’elle améliore la santé et les capacités des segments vulnérables de la société, augmente leur productivité, soutient la demande intérieure et facilite la transformation structurelle des économies nationales.

Selon la Déclaration tripartite de Yaoundé sur la mise en œuvre du socle de protection sociale, on estime qu'en Afrique sub-saharienne seulement environ 10 pour cent de la population économiquement active est couverte par les régimes légaux de sécurité sociale, la majorité étant des régimes de pensions de vieillesse, alors que dans certains cas, il s’agit de fournir un accès aux soins de santé.

«La justification de la protection sociale est encore plus incontestable en cette période d’incertitude économique, de faible croissance et d’inégalités grandissantes. C’est aussi une question que la communauté internationale devrait faire figurer en bonne place dans le programme de développement pour l’après-2015», a ajouté Mme Polaski.

Défis multiformes de la sécurité sociale


Bien qu’il y ait un grand besoin de sécurité sociale en Afrique, des facteurs tels que l'emploi limité dans l'économie formelle, les taux d'inflation élevés et l'impact du VIH / SIDA, rendent la situation particulièrement difficile. La faible productivité limite la marge de manœuvre budgétaire nécessaire, et les mécanismes de gouvernance faibles posent de sérieux défis à la prestation et à l'administration efficace. Dans le même temps, la gouvernance et les problèmes administratifs dans certains régimes de sécurité sociale existants sapent la confiance et le soutien du public pour la sécurité sociale. La couverture des populations ciblées tend à être étroite, laissant les plus vulnérables, en particulier dans les zones rurales, sans aucune forme de protection sociale. Il s'agit donc d'une capacité très limitée de fournir une protection sociale adéquate. Des niveaux élevés de chômage et de sous-emploi, ainsi que l'insuffisance des normes du travail et de protection sociale actuels, entravent la mise en place efficace de la protection sociale dans de nombreux pays.

«Contrairement aux idées reçues, les mesures d’assainissement budgétaire ne sont pas cantonnées à l’Europe», explique Isabel Ortiz, Directrice du Département de la protection sociale de l’OIT. «En fait, pas moins de 122 gouvernements ont réduit leurs dépenses publiques en 2014, dont 82 pays en développement.»

«Ces mesures concernaient des réformes des régimes de retraites, des systèmes de santé et de sécurité sociale qui ont souvent impliqué la réduction de la couverture ou du financement de ces systèmes, la suppression de subventions, des réductions d’effectifs parmi les travailleurs sociaux et personnels de santé, ou le plafonnement de leurs salaires. En effet, le coût de l’assainissement budgétaire et de l’ajustement structurel est transféré aux populations à une période où l’emploi est rare et le soutien plus nécessaire que jamais», ajoute- t-elle.

Les dernières tendances montrent que les pays à revenu intermédiaire ont étendu leurs systèmes de protection sociale, soutenu les revenus des ménages et favorisé ainsi une croissance tirée par la demande et un développement inclusif. Certains pays à bas revenu, par exemple le Mozambique, ont aussi amplifié leur protection sociale, mais souvent par des filets de sécurité temporaires avec de faibles niveaux de prestation. Beaucoup de ces pays déploient dorénavant des efforts pour construire des socles de protection sociale dans le cadre de systèmes de protection sociale complets.

Davantage d’investissement nécessaire


Le rapport montre qu’à l’échelle mondiale les gouvernements allouent seulement 0,4 pour cent du PIB aux allocations familiales, avec des dépenses qui varient de 2,2 pour cent dans l’ouest de l’Europe à 0,2 pour cent en Afrique et dans l’Asie/Pacifique. Ces investissements devraient être revus à la hausse, compte tenu des 18 000 enfants qui meurent chaque jour et dont la mort pourrait être évitée pour beaucoup d’entre eux grâce à une protection sociale suffisante.

Les dépenses de protection sociale pour les travailleurs pendant leur vie active (par exemple, en cas de chômage, de maternité, handicap ou accident du travail) varient considérablement d’une région à l’autre, passant de 0,5 pour cent en Afrique à 5,9 pour cent en Europe de l’Ouest. A l’échelle mondiale, seuls 12 pour cent des chômeurs perçoivent des allocations chômage, variant de 64 pour cent en Europe de l’Ouest à moins de 3 pour cent au Moyen-Orient et en Afrique.

Le rapport montre aussi qu’environ 39 pour cent de la population mondiale sont privés de toute affiliation à un système ou dispositif de santé. Le nombre atteint plus de 90 pour cent dans les pays à bas revenu. L’OIT estime qu’il y a une pénurie de 10,3 millions de personnel de santé pour garantir des services de santé de qualité pour tous ceux qui en ont besoin. Malgré ces difficultés, certains pays – notamment la Thaïlande et l’Afrique du Sud – sont parvenus à une couverture de santé universelle en quelques années seulement, démontrant que c’était possible.

Le BIT aide les pays africains à adopter des stratégies nationales de sécurité sociale cohérentes, y compris pour l'introduction ou l'extension d'un système de sécurité sociale de base qui comprend les soins de santé essentiels, une pension alimentaire pour les enfants d'âge scolaire et une pension minimale.