« 100 ANS – 100 VIES » | ALGERIE - “J’ai reçu les bonnes clés pour ouvrir les portes de l’emploi”

Les clubs de recherche d’emploi de l’OIT aident les jeunes diplômés algériens comme Nordine à trouver plus facilement un emploi à la fin de leurs études.

Reportage | Algérie |
TLEMCEN – La Wilaya de Tlemcen se situe à l’extrémité Nord-Ouest du pays et occupe l’Oranie occidentale ; elle s’étend du littoral au Nord à la steppe au Sud.

Ce département réunit donc un paysage diversifié au carrefour de quatre régions distinctes du Nord au Sud de l’Algérie. Le bassin de l’emploi de Tlemcen est largement dominé par des entreprises de services.

Mais il s’agit surtout d’une région où le nombre de sortants des universités est bien supérieur à la capacité d’absorption des entreprises locales.

Nordine Soufi-Merzoug a 26 ans, il est né à Tlemcen et y vit toujours. C’est au lycée que sa vocation pour la médecine s’est dessinée. Mais en Algérie, pour suivre des études de médecine, il faut avoir une moyenne très élevée au Bac. N’ayant décroché son diplôme que la deuxième fois, il décide alors d’opter pour la médecine vétérinaire.

« Lorsqu’il a fallu formuler mon choix d’études, j’ai remarqué que la médecine vétérinaire n’était pas très développée en Algérie. J’ai donc choisi cette voie pour participer à en améliorer la pratique dans mon pays et ma région », explique-t-il.

La maman de Nordine est mère au foyer, son papa est aujourd’hui retraité après une longue carrière de plombier. Il est le benjamin d’une fratrie bien fournie de 3 autres frères et une sœur et bien que la plupart d’entre eux aient fait des études supérieures, Nordine fait la fierté de ses parents et « oncles et tantes » aime-t-il ajouter, parce c’est le seul à avoir obtenu un diplôme dans une filière médicale.

Son diplôme en poche, Nordine entreprend le parcours classique pour décrocher son premier emploi mais malgré tous ces efforts, rien ne vient. Il se fait alors embaucher en tant qu’assistant vétérinaire par un ami, un travail pour lequel il était surqualifié.

Un ami lui parle alors des Clubs de recherche d’emploi (CRE) que certains mentionnent sur Facebook. Après quelques recherches, il est vite orienté vers l’ANEM (Agence Nationale de l’Emploi) qui lui propose de l’inscrire dans ces fameux CRE.

De l’université au monde du travail

Ces clubs ont été mis en place grâce au projet Tawdif mis en œuvre par l’OIT sur près de 3 ans pour accroître l’employabilité des jeunes diplômés et ainsi faciliter leur transition vers le monde du travail. Les trois premiers CRE ont été lancés entre septembre 2017 et mars 2018.

En effet, le taux de chômage des jeunes hommes et femmes titulaires d’un diplôme universitaire en Algérie s’élève à 17,6% contre 10,1 % pour ceux sans diplômes. Étant donné que chaque année, l’Algérie draine plus de 2 millions d'étudiants inscrits dans les institutions académiques algériennes, la transition de l'université au travail est un défi pour le développement socio-économique du pays.

Cette initiative s’est d’abord concentrée sur 3 wilayas pilotes ; Bejaïa, Biskra et Tlemcen pour ensuite être étendue à Constantine, Alger et Guelma.

Les clubs offrent des cycles de formation intensifs de deux semaines au cours desquels des groupes de 16 jeunes femmes et hommes travaillent ensemble à la recherche d'un emploi tout en devant atteindre des objectifs chiffrés en termes de contacts, de réunions prospectives et d'entretiens.

Nordine a donc intégré le Club de recherche d’emploi de Tlemcen pour y suivre un cursus de deux semaines.

« Dans les premiers temps, on m’a appris à définir mes compétences et mes qualités d’un point de vue général. Puis à savoir comment rédiger un CV en mettant mes compétences, mes expériences et mes qualités en avant. J’ai ensuite découvert qu’il existait un marché caché de l’emploi et j’ai appris à savoir dénicher ces offres potentielles. A cela, s’ajoute un module que j’ai particulièrement apprécié autour de l’entretien d’embauche détaillant comment le préparer, avoir la bonne attitude, etc. Nous avons même participé à des simulations avec de vrais recruteurs venus de différentes entreprises », se souvient-il.

De la théorie au terrain

Après avoir suivi cette formation, Nordine l’a mise en pratique. Il est parvenu à trouver des offres d’emploi, a passé deux entretiens et a choisi la meilleure proposition seulement 3 mois après avoir terminé son cursus en CRE.

« Avant la formation, j’avais passé près de 10 entretiens sans décrocher une seule proposition d’emploi. Je suis désormais médecin vétérinaire au sein d’un groupe d’investissement agricole privé », dit-t-il fièrement.

Le projet travaille désormais en étroite collaboration avec les institutions locales, les universités, les services de l’emploi et de plus de huit ministères impliqués dans ces questions afin de créer ponts et synergies.

Ainsi, des études permettant de comprendre les besoins des entreprises et de faire coïncider l’offre de formations universitaires et professionnelles ont été conduites.

Quant à Nordine, il songe déjà à explorer de nouvelles opportunités.

« Même si j’aime beaucoup le poste que j’occupe actuellement, je continue à passer des entretiens pour toujours mettre en pratique ce que j’ai appris dans les clubs. Et puis, j’ai de nombreux projets en tête, comme, par exemple, ouvrir une clinique vétérinaire respectant les normes internationales. J’attends d’avoir les fonds nécessaires et l’expérience pour me lancer. D’ailleurs, j’ai promis aux formateurs que mes premiers employés seraient issus des clubs de recherche d’emploi », conclut-il.

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