« 100 ANS – 100 VIES » | TUNISIE - “La formation de l’OIT est tombée à pic pour me fournir des compétences agricoles”

Fatma Jaballi n’a pu réaliser son rêve de devenir géologue. Mais elle a su rebondir en reprenant l’exploitation familiale de ses parents, l’OIT lui fournissant la formation agricole qui lui manquait.

Feature | Tunisie |
REGUEB – La localité de Regueb, dans le Gouvernorat de Sidi Bouzid, est connue pour la fertilité de sa terre. Pourtant, jusqu’ici, les habitants n’en tiraient que peu de bénéfices, les terres appartenant à de grands propriétaires vivant loin de là. Malgré le chômage élevé dans cette région, située à 250 kilomètres au sud de Tunis, ils devaient faire venir la main d’œuvre des zones côtières, faute de pouvoir trouver sur place des ouvriers agricoles qualifiés.

Cette situation a cependant évolué après la mise en place d’une des composantes du programme d’appui au développement des zones défavorisées de l’OIT en Tunisie.

Ce dernier s’est appuyé largement sur les partenaires sociaux, les structures publiques, privées et sur les populations regroupées au sein d’un Forum de développement économique local créé par le projet et offrant un espace de dialogue et de concertation.

« Ici, l’OIT a identifié les possibilités en matière de formation en vue de créer un pôle de compétence de service agricole », explique Saïd Ayouni, expert en développement économique local de l’OIT à Regueb.

« Ce projet pilote nous a permis de former près d’une centaine de personnes soit à la taille et au greffage des arbres fruitiers et aux cultures maraîchères, soit à la cueillette, à l’emballage et au conditionnement des produits agricoles locaux », poursuit-il.

Chômage des jeunes diplômés

Parmi les stagiaires présents lors de notre visite sur le site, une jeune femme retient notre attention.

Fatma Jaballi vient tout juste de fêter ses 30 ans. Elle aussi a suivi la formation. Pourtant, lorsqu’on prend connaissance de son parcours, on saisit mieux le gâchis que constitue la question du chômage des jeunes diplômé(e)s dans la région. En effet, la jeune femme nous apprend qu’elle est titulaire d’un Master en géologie.

« Je suis sortie première de ma promotion à l’université de Bizerte. Comme d’autres de mes camarades, je n’ai pas pu partir pour faire un doctorat en Europe ou au Canada. Malgré mon diplôme, je n’avais aucune perspective d’emploi et il fallait bien que je trouve un travail rémunérateur pour venir en aide à ma famille », explique-t-elle.

Lasse d’être au chômage, elle prend alors la décision de reprendre l’exploitation agricole familiale de ses parents dans la région de Regueb. Profitant d’un accès au crédit facilité pour les « diplômés chômeurs », elle put ainsi lancer son activité, notamment dans l’agriculture biologique. Elle se réjouit d’avoir pu suivre la formation de l’OIT qui est tombée à pic pour lui fournir les compétences agricoles qui lui manquaient encore.

Se prendre en charge

La jeune femme ne se positionne pas en victime. Certes, elle regrette de ne pas avoir trouvé un travail dans le secteur auquel elle était destinée et qui correspondait à son niveau d’études, mais elle a su rebondir et ses différentes compétences devraient lui permettre de monter en puissance dans son activité.

Lorsqu’on l’interroge sur le désespoir de certains jeunes, elle estime qu’il faut aussi savoir changer de mentalité. « Les jeunes Tunisiens doivent changer, ne pas être attentistes. Il faut être proactifs et se former quand on en a la possibilité », insiste-t-elle.

A côté d’elle, nous retrouvons Ali Jalali. Ce jeune homme de 24 ans était jusqu’ici au chômage et devait trouver le moyen de faire vivre sa famille, notamment ses deux frères et sœurs.

« Je ne connaissais rien aux arbres fruitiers avant ma formation et me voici désormais qualifié dans ce domaine. Grâce au projet, j’ai pu trouver un travail. Je touche environ 450 dinars par mois, logé et nourri », se réjouit-il.

Le programme de l’OIT a contribué à de nombreuses autres réalisations dans la région, notamment la rénovation du marché de Sidi Bouzid.

Vidéo montrant le projet :

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