« 100 ANS – 100 VIES » | MADAGASCAR - “J’ai pu quitter la violence des bandes grâce à la formation professionnelle”

Comment un ancien « foroche » est devenu constructeur de bateau traditionnel dans le cadre d’un projet soutenu par l’OIT visant à réduire la délinquance des mineurs dans la ville de Diégo-Suarez.

Reportage | Madagascar |
DIEGO SUAREZ – Située tout au nord de Madagascar, la ville de Diégo-Suarez possède bien des atouts touristiques grâce à son environnement exceptionnel, ses plages et ses vieux bâtiments coloniaux qui lui donnent un charme si particulier. Pourtant, il y a quelques années, la cité a dû faire face à un phénomène de bandes organisées connu sous le terme générique de « foroches » qui a créé un climat d’insécurité, menaçant notamment l’activité touristique.

En quelques années, la situation se dégrade avec l’apparition de vols à la tire et d’attaques à l’arme blanche. « Les femmes n’osaient plus sortir de chez elles avec leurs bijoux », se souvient un commerçant de la rue Colbert, la principale artère de la ville.

Face à la gravité de la situation, les pouvoirs publics et la société civile locale décident alors d’agir, et pas seulement par la répression. Grâce à l’appui de l’OIT, un projet fut donc mis en place visant à offrir une formation à ces jeunes désœuvrés.

Dans son bureau du Centre de formation de la Société d’études de construction et de réparations navales, le directeur, Vial Lucet, est à la fois chef d’établissement mais doit aussi faire preuve d’une bonne dose de psychologie pour gérer la formation de jeunes qui, à leur arrivée, ont encore souvent gardé des attaches au sein de leurs bandes. Les jeunes sont fouillés chaque matin et il n’est pas rare de trouver des couteaux dans leurs poches.

Briser l’esprit de bandes

Tout est fait cependant pour briser l’esprit de bandes. Ainsi, lors des activités sportives, il n’est pas question d’opposer une bande contre une autre. Les équipes sont déterminées par le formateur et les jeunes sont donc amenés à jouer avec leurs anciens ennemis et contre leurs camarades de bande.

« Il s’agit d’une thérapie par le transfert de compétences », explique Vial Lucet qui parle avec passion de son action. « Nous avons formé 100 jeunes âgés de 16 à 18 ans en 2016 qui ont reçu une formation de trois mois. 100 autres jeunes ont suivi un parcours similaire en 2017 ».

Beaucoup de ces jeunes rêvent d’avoir une formation mais, sans appui, le rêve est inaccessible et le refuge, c’est alors la bande du quartier », poursuit le directeur du centre.

Quelques heures plus tard, nous rencontrons l’un de ces jeunes ayant bénéficié de la formation au bord de la baie de Diego-Suarez ; José Pouely est un exemple de sérénité retrouvée. Cet ancien membre de la bande des « Foroches» a lui aussi un passé de petit délinquant. Comme les autres, il se bagarrait souvent pour des histoires de filles ou simplement pour « vaincre l’ennemi ».

Mais un jour, il assiste à une action de sensibilisation et comprend que son existence peut changer positivement. José n’oublie pas que son père décédé réparait et construisait des « lakanas », les barques de pêche traditionnelles locales. Il choisit donc naturellement la formation en menuiserie et apprend ainsi les bases qui lui manquaient pour suivre le chemin de son père.

Aujourd’hui, José Pouely est fier de nous montrer le bateau qu’il vient de construire, une embarcation de 5 mètres qui a déjà trouvé un acheteur pour deux millions d’ariary. Il a ainsi pu réaliser son rêve et abandonner les « Foroches ». Certes, il aurait bien besoin d’outils supplémentaires pour travailler mais il se réjouit cependant de l’existence de la formation qu’il a suivie.

« Je suis l’un de ces jeunes Malgaches qui ont pu quitter la violence des bandes grâce à la formation professionnelle, » nous dit-il fièrement.

Et lorsqu’il croise des ex-membres de sa bande, ce n’est plus pour commettre des délits mais pour aller ensemble à la pêche et compléter ainsi un peu leurs revenus.

Baisse de la délinquance

Malgré des moyens limités, le projet de l’OIT a permis des avancées notables. « Nous avons constaté une baisse sensible du nombre des cas de délinquance », confirme le commissaire de police local, Roger Moratamby, qui associe la prévention à des patrouilles régulières dans les quartiers sensibles dès la tombée de la nuit.

Ezidine Amady Moussa, Conseiller technique régional chargé de la Jeunesse, se réjouit lui aussi du retour au calme dans la ville. « Cette amélioration ne peut qu’aider à attirer des touristes dans notre belle cité », conclut-t-il.

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