Conférence Internationale du Travail 2012: Réactions de Mody Guiro de Confédération syndicale internationale (CSI-Afrique)

Que représente la protection sociale pour les travailleurs africains ? Qu'en est-il de l’emploi des jeunes et du dialogue social en Afrique ? Pour aborder ces questions, ACTRAV INFO s’est entretenu avec le président de l’Organisation régionale africaine de la confédération syndicale internationale (CSI-Afrique), Mody Guiro. C’était à l’issue de la 101ème session de la Conférence internationale du travail, qui vient de s’achever à Genève.

Communiqué de presse | Geneva,Switzerland | 14 juin 2012

ACTRAV INFO : La protection sociale a été l’un des thèmes débattus lors de cette session de la Conférence internationale du travail, avec l’adoption d’une nouvelle recommandation. Comment percevez-vous ce nouvel instrument de l’OIT au niveau des travailleurs africains ?

Je pense que l’adoption d’une telle recommandation constitue pour les travailleurs africains un instrument très important. En Afrique, la couverture sociale pour les travailleurs demeure encore très faible et constitue un défi pour le mouvement syndical. Actuellement, moins de 9 % de nos populations sont couvertes par la protection sociale. Or ce socle minimum de protection sociale nous offre l’opportunité en partenariat avec les gouvernements et les employeurs de mettre en place des mécanismes qui permettraient de développer une solidarité allant dans le sens d’une couverture plus large des hommes et des femmes. Ceci particulièrement dans le secteur de l’économie informelle et le secteur de l’économie rurale. Nous devons donc négocier avec les gouvernements pour trouver les moyens de financement de ce socle de protection sociale pour protéger le maximum de personnes sur le continent.

ACTRAV INFO : Après l’adoption de cette recommandation, avez-vous des attentes vis-à-vis du BIT pour renforcer cette protection sociale en Afrique ?

Il faut saluer l’adoption de cette recommandation qui est issue d’un consensus. En Afrique, certains pays n’ont même pas une politique de sécurité sociale et certains n’ont pas finalisé cette politique en faveur des travailleurs du secteur formel. Or, il se trouve que plus de 65% des travailleurs sont issus du secteur de l’économie informelle. Il est donc aisé de comprendre les défis qui se posent au continent. Et je pense que le BIT, dans se sens, sera d’un apport important en matière de coopération technique, du renforcement des capacités et d’accompagnement dans la recherche de meilleures solutions, en tenant compte des particularités de chaque pays. Avec son expertise, nous espérons que le BIT va apporter son soutien à l’Afrique pour trouver des solutions dans un délai raisonnable, pour atteindre ces objectifs liés à la protection sociale sur le continent.

ACTRAV INFO : Cette année, un accent particulier a été mis sur l’emploi des jeunes. Selon vous, est –ce qu’il y a des progrès qui ont été enregistrés en Afrique pour répondre aux attentes des jeunes qui sont touchés par le chômage?

Je pense que c’est un défi qui se pose à l’Afrique. Nous avons une population jeune et la plupart des pays sont confrontés au problème de développement avec d’autres défis comme la question liée à la formation professionnelle, à l’adéquation entre la formation et l’emploi sans oublier les investissements dans les secteurs créateurs d’emplois. Ce défi de l’emploi des jeunes se pose à nous et malgré les efforts de certains gouvernements, nous sommes victimes de certaines crises qui ne sont pas l’œuvre des pays africains. Des dispositions doivent être prises dans ce sens pour mettre en place des investissements porteurs d’emplois. L’Afrique doit mettre l’accent sur la formation des jeunes et qu’elle produise plus au lieu d’exporter ses richesses. Beaucoup de gouvernements font des efforts pour recruter les jeunes au niveau de la fonction publique, mais c’est insuffisant par rapport à la demande. Nous souhaitons plus de croissance sur le continent, mais une croissance porteuse d’emplois.

ACTRAV INFO : En tant que leader syndical, quel regard portez-vous sur le dialogue social sur le continent ?

Je pense qu’il faut rendre hommage au BIT. En Afrique, ces dernières années nous avons enregistré dans beaucoup de pays, des progrès importants dans le cadre du dialogue social. Grâce au BIT, beaucoup de pays africains ont renforcé le dialogue tripartite mais également le dialogue bipartite entre employeurs et travailleurs. Des pays ont mis en place des comités de dialogue social grâce à l’appui et à l’accompagnement du BIT. Ces initiatives doivent être poursuivies.

Malgré certaines dérives où nous constatons des violations des droits des travailleurs ; il faudrait que tout le monde comprenne que le dialogue social est l’un des éléments capables de créer des conditions de productivité. Partout où il y a un déficit de communication, un déficit d’informations, c’est la rumeur qui s’installe avec l’instabilité. Nous avons donc, tous intérêts en tant que gouvernements, employeurs et travailleurs, à bâtir des mécanismes de dialogue social permettant aux différents partenaires de se parler et mettre leurs idées sur la table pour trouver un consensus .Si le climat social est altéré, on ne peut pas atteindre un niveau de production acceptable.

Je pense que le BIT devrait poursuivre ce travail pour renforcer les conditions de dialogue dans nos différents pays ; faire comprendre les enjeux liés au dialogue et que les partenaires acceptent d’aller dans ce sens.