New York: Conférence sur le Droit à la Syndicalisation

Communiqué de presse | 16 mai 2011

ACTRAV INFO: Vous avez participé, en mai à New-York, au lancement d’une nouvelle initiative destinée à donner la voix et la représentativité à tous les travailleurs exclus des instances reconnues aux Etats-Unis. Est-ce là, un nouveau mouvement en formation ?

Claire Hobden: Le “Congrès des travailleurs exclus”, basé aux Etats-Unis, a tenu en mai à New-York ses assises 2011 sur le droit à la syndicalisation. L’Institution (Excluded Workers Congress/EWC) est née de l’alliance nationale de neuf secteurs, où les salariés, tous marginalisés, ont décidé de se regrouper autour d’un idéal commun : élargir à tout un chacun le droit de s’organiser, faire valoir toute politique favorable au travailleur et au respect de ses droits et transformer le mouvement ouvrier américain. Ces neuf secteurs englobent le personnel domestique, les ouvriers agricoles, les chauffeurs de taxi, les employés de la restauration, les journaliers, les travailleurs immigrés, les salariés des états du Sud régis par la loi dite « droit au travail » (qui rejette toute obligation d’affiliation syndicale et interdit au secteur public le recours à la, négociation collective) les bénéficiaires d’allocations chômage astreints à une activité compensatrice et d’anciens prisonniers au travail. La Conférence est en soi l’expression concrète de la décision des travailleurs exclus, de jure ou de facto, des dispositions de la législation du travail de se regrouper. Certaines catégories, comme le personnel domestique et les ouvriers agricoles, sont explicitement privées du droit de s’organiser en vertu de la Loi sur les relations de travail. D’autres, tels les travailleurs immigrés, autorisés à entrer dans le pays sur la foi d’un visa de travail temporaire accordé sous le parrainage d’un employeur, ne bénéficient d’aucune protection au travail, et cela pour diverses raisons : le peu d’empressement du patron à leur appliquer la loi ou encore leur vulnérabilité –vu la précarité de leur situation économique et légale - face à de possibles représailles s’ils venaient à réclamer le respect de leurs droits. Cette instance s’est fixée pour but de donner naissance à un véritable mouvement international des travailleurs exclus, à même 1/- de défendre leur droit à s’organiser et à négocier collectivement, 2/- de favoriser l’échange ou le partage des idées retenues pour y parvenir, 3/- d’arrêter les modalités d’une action concertée à l’échelle internationale. Le programme envisagé à cette fin comporte l’organisation d’ateliers spécifiques sur de nouveaux modes de négociation collective, la définition de stratégies légales internationales, le lancement de campagnes transfrontalières de solidarité et l’édification de réseaux multinationaux. Partant du constat que le travail précaire fleurit partout, la Conférence fait aussi appel à des syndicalistes aux quatre coins du globe pour des échanges de point de vue sur la meilleure façon de faire valoir les droits du travailleur marginalisé, de développer la coopération et de conforter le mouvement.

ACTRAV INFO: Pouvez-vous nous citer certains des résultats de la Conférence et nous préciser en quoi ils sont importants pour le mouvement syndical dans son ensemble ?

Claire Hobden: La Conférence a donné des résultats dignes d’intérêt pour tous les travailleurs, au plan national et international. A noter en particulier les nouveaux accords de partenariat entre l’AFL-CIO et deux mouvements membres du Congrès des travailleurs exclus, l’Alliance nationale des employés domestiques (National Domestic Worker Alliance/NDWA) et l’Alliance nationale des travailleurs immigrés (National Guestworker Alliance/NGA). De fait, la Conférence a démarré en trombe, puisque, dès l’ouverture, Richard Trumka, Président de l’AFL-CIO, a publiquement signé ces accords avec les leaders des deux alliances. Il faut voir là une autre forme d’approche pour tenter d’organiser certains des salariés les plus marginalisés et, de la part de l’AFL-CIO, un nouvel effort pour se rapprocher de ces exclus, qui, dans l’exercice de leur profession, ne jouissent ni de leurs droits fondamentaux ni d’une quelconque protection. Les accords permettent à ces centrales ouvrières de s’affilier aux fédérations d’état et aux conseils syndicaux. En 2006, l’AFL-CIO avait déjà signé un accord semblable avec des centrales, en partenariat avec le Réseau national, de défense des travailleurs journaliers (National Day Laborer Organizing Network /NDLON).

Même si le terme d’exclusion n’est pas, à proprement parler, utilisé ailleurs dans le monde, la plupart des sujets évoqués ont eu trait à ce que l’on désigne généralement sous le vocable de travail précaire. Tout au long des débats, les intervenants n’ont cessé d’établir une corrélation entre le fait d’être privé du droit à la syndicalisation et à la négociation collective et celui d’être soumis, pratiquement et légalement, à des conditions de travail précaire.. L’activité du Congrès des travailleurs exclus et l’initiative prise par l’AFL-CIO de sceller avec lui un partenariat laissent entrevoir une approche nouvelle pour combattre cette forme de travail et conforter le mouvement syndical. Les efforts déployés par la centrale américaine et le Congrès s’inscriront également dans le programme du Symposium 2011 de l’ACTRAV, intitulé : Du travail précaire au travail décent : une évolution qui requiert décisions politiques et réglementations.

Pour plus d’informations, contacter :

Claire Hobden
Spécialiste en matière d’Activités pour les Travailleurs
Tél : 022 799 6425
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