Changement Climatique et Travail: Entretien avec Mme Lene Olsen

Le Bureau des activités pour les travailleurs (ACTRAV) vient de publier le nouveau numéro de son Journal international de recherche syndicale, consacré au développement durable. A cette occasion, la spécialiste en matière d'activités pour les travailleurs, Mme Lene Olsen donne des explications...

Communiqué de presse | 24 mars 2011

ACTRAV INFO : Vous êtes la Coordinatrice au niveau d’ACTRAV pour le travail sur le développement durable et la protection de l’environnement. Vous avez participé aux recherches pour le nouveau numéro du Journal international de recherche syndicale sur le « Changement climatique et travail : l’objectif d’une « transition juste ». Pourquoi avez-vous choisi ce thème ?

Lene OLSEN : La recherche sur l’impact et les conséquences du changement climatique a littéralement explosé ces dernières années. Mais tous ses aspects n’ont pas fait l’objet de la même attention. Des recherches complémentaires sur la dimension sociale du changement climatique doivent donc être réalisées, notamment pour comprendre comment cette dimension est liée aux problèmes économiques et environnementaux. Le changement climatique constitue l’un des problèmes les plus difficiles auxquels les syndicats doivent faire face aujourd’hui et ils ont travaillé sans relâche pour placer la question de l’emploi et du rôle des travailleurs au cœur des débats sur les politiques relatives au changement climatique, aux niveaux national et international. De concert avec la Confédération syndicale internationale (CSI), le Bureau des activités pour les travailleurs de l’OIT (ACTRAV) a organisé en mars 2010, un atelier sur cette question dans le cadre du Réseau mondial de recherche syndicale (GURN). Des chercheurs venus à la fois du monde syndical et des milieux universitaires se sont réunis pour discuter des effets du changement climatique sur l’emploi. Les articles de ce nouveau numéro du Journal international de recherche syndicale (volume 2/numéro 2/2010) sont basés sur des articles présentés et discutés lors de cet atelier.

ACTRAV INFO : Pourquoi, selon vous, la question d’une « transition juste » est-elle si importante pour les syndicats ?

Lene OLSEN : La question d’une « transition juste » est au cœur de la participation des syndicats à la prise en compte du changement climatique. Il s’agit d’une condition préalable pour avoir une transition viable vers un futur à faible intensité de carbone, et pas seulement pour les syndicats. Comme le dit Anabella Rosemberg dans son article : « Le cadre de la transition juste est un ensemble de propositions politiques qui abordent les divers aspects de la vulnérabilité des travailleurs et de leurs communautés : les incertitudes quant aux impacts sur les emplois, les risques de pertes d’emplois, les risques d’un processus décisionnel non démocratique et les risques d’un ralentissement régional ou local, parmi d’autres. » À la COP16 de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) qui s’est tenue à Cancun en décembre 2010, l’engagement en faveur des droits des travailleurs, d’une transition juste et du travail décent a été confirmé pour la première fois dans le cadre du déroulement de la CCNUCC – en grande partie grâce au travail réalisé par les syndicats pour que ces questions soient intégrées dans l’ordre du jour.

ACTRAV INFO : Que nous dit donc cette publication au sujet d’une « transition juste » ?

Lene OLSEN :
Pour commencer, elle nous donne une vue d’ensemble historique du concept, de sa définition et de son évolution. Elle fournit ensuite quelques outils pour aider à ce qu’elle devienne réalité. Je pense en particulier au travail de l’OIT et à l’utilisation de ses Normes internationales du travail qui, j’en suis convaincu, sont cruciales pour la dimension sociale de la transition vers une société à faible intensité de carbone. Enfin, elle propose plusieurs exemples de ce qui se fait actuellement dans différents pays et secteurs pour aborder la transition vers une économie plus verte. L’article sur l’écologisation du secteur énergétique offshore en Mer du Nord traite par exemple du transfert de compétences du secteur pétrolier en mer vers des secteurs d’énergies renouvelables tels que le vent, les vagues et les marées. En sauvegardant les aptitudes et compétences professionnelles d’ores et déjà acquises dans le secteur pétrolier, les politiques de transition pourraient contribuer au maintien des emplois et de la cohésion sociale. Il importe de montrer des exemples de mesures de transition positives, qui pourraient donner des idées pour leur mise en œuvre dans d’autres sites.

ACTRAV INFO : Plusieurs articles de la publication font état de certaines lacunes de la recherche concernant le changement climatique et l’emploi. Avez-vous déjà réfléchi aux moyens permettant de combler ces lacunes ?


Lene OLSEN :
Oui. Étant donné que l’atelier organisé l’an dernier visait également à détecter ces lacunes et à discuter sur les manières de les aborder, nous avons prévu d’organiser aussi cette année un atelier de recherche du même type dans le cadre du Réseau mondial de recherche syndicale (GURN). On peut trouver certaines des lacunes déjà répertoriées dans l’article « La construction d’une transition juste : Les liens entre le changement climatique et l’emploi et des propositions de recherches futures ». Nous avons repéré des lacunes portant sur la géographie, les secteurs, les conditions de travail et les groupes vulnérables. Nous avons en ce moment des discussions avec le mouvement syndical international sur les problèmes à régler et lancerons prochainement un autre appel pour des articles à ce sujet.

Pour plus d’informations, contacter :

Lene OLSEN
Spécialiste en matière d'activités pour les travaillleurs (ACTRAV)
Responsable pour le développement durable et emplois verts
Tél.: +41 22 799 65 37
E-mail: olsen[at]ilo[dot]org