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Crise financière, Déflation et Réponses des Syndicats: Entretien avec M.Pierre Laliberté

Communiqué de presse | 19 octobre 2010

ACTRAV INFO: Le Bureau des activités des travailleurs (ACTRAV) vient de publier récemment un nouveau numéro du Journal International de Recherche Syndicale, sur le thème: « Crise financière, déflation et réponses des syndicats : quels enseignements peut-on en tirer ? ».  Pourquoi ce thème ?

Pierre Laliberté : Il s’agit là d’un thème incontournable en ce moment pour les travailleurs et pour le monde syndical. Il est évident que les travailleurs, partout, ont fait les frais de la non régulation du système financier. L’étendue des dommages économiques et humains de la crise financière sont évidents. Mais il faut comprendre qu’il s’agit aussi d’un système, qui dans le meilleur des temps joue contre les intérêts des travailleurs. Il est donc important de pouvoir appréhender le sujet des crises financières du point de vue des travailleurs et des syndicats, il était naturel pour ACTRAV de s’intéresser à ce sujet.

Le numéro fait un retour en arrière sur les crises financières qui se sont produites au XXe siècle comme la Grande Dépression des années 30, la crise financière en Suède du début des années 90, la crise japonaise, etc. L’idée était de tirer les enseignements de ces crises, de leurs impacts et surtout du positionnement du mouvement syndical. Pour l’avenir, il est important que le mouvement syndical approfondisse sa réflexion au sujet du système financier. Le problème ne réside pas simplement dans la cupidité des acteurs, mais dans les défaillances du système.

ACTRAV INFO : A travers ce numéro, quelles sont les mesures préconisées pour faire face à la crise financière qui touche les travailleurs ?

Pierre Laliberté : Il y a bien entendu les mesures anticycliques traditionnelles pour faire face à la récession dont les programmes soutien aux sans-emploi et de relance par les dépenses gouvernementales. Mais il faut aussi remettre en question des éléments clés du régime économique qui nous ont menés à la crise dont notamment la déréglementation des marchés financiers et des devises, mais également l’inégalité croissante des salaires.

ACTRAV INFO : En parcourant ce numéro, on a l’impression que les crises financières touchent uniquement les pays du Nord. Quand est-il des pays du Sud où les travailleurs locaux sont également touchés par le chômage ?

Pierre Laliberté : Une des grandes différences entre les pays du Nord et les pays du Sud se situe au niveau du système de protection sociale. Bien entendu, ce système est plus développé dans les pays du Nord. Dans les pays du Nord, le chômage peut augmenter à cause de la crise, mais les programmes sociaux permettent d’alléger les conséquences du chômage. Mais dans les pays du Sud, le chômage augmente tout comme la précarité. Il ressort qu’il faut étendre le filet de protection sociale à tous pour des questions de survie et de dignité, mais également pour favoriser la relance même de l’économie.

Un des thèmes central de ce numéro, c’est la nécessité de maintenir les salaires. On sait que dans un cadre de concurrence exacerbé au niveau international, la tendance au niveau des entreprises est de couper dans les salaires et de précariser l’emploi. Or dans un contexte de récession généralisée, il est très important qu’il y ait un ancrage salarial pour assurer qu’une récession ne se transforme pas en déflation avec une baisse du prix des biens. Ceci risque de provoquer un cercle vicieux et une plus grande perte au niveau des emplois. Donc, l’idée de maintenir les salaires voire de les augmenter dans certains cas, tout comme l’idée des salaires minimums avec les négociations collectives, sont incontournables.

ACTRAV INFO : Avec la crise financière de 2008, on constate pratiquement que les mesures adoptées pour faire face à la crise n’ont pas changé malgré les conséquences liées aux crises précédentes. Avec la hausse du chômage surtout en 2009, est-ce qu’on peut parler d’échec de la politique libérale du point de vue des travailleurs ?

Pierre Laliberté : Au début de la crise, vu son ampleur, il y a eu consensus « keynésien » comme quoi il fallait sauver les banques et empêcher une dépression avec parfois des programmes de relance économique, ce qui a effectivement permis de sauver les meubles. Par contre, aucune réforme majeure du système financier n’a été sérieusement mise de l’avant. Nous demeurons grosso modo avec le même système qu’avant la crise. Il s’agit là d’un échec majeur du politique.

Pire, depuis quelques mois, le « consensus » keynésien a laissé place à un retour des anciennes orthodoxies. On le voit dans la crise des « dettes souveraines » (dettes des États). Plusieurs pays européens se font maintenant imposer la médecine de cheval des d’ajustements structurels qui ont fait tant de torts aux pays en développement. Cette marche forcée vers la consolidation des finances publiques alors que les économies sont fragilisées démontre que les leçons n’ont pas été tirées de la crise et laisse craindre le pire pour l’avenir.

ACTRAV INFO : En marge de cette crise financière que nous avons connu, est-ce qu’ACTRAV a préconisé d’autres mesures pour soulager les travailleurs ?

Pierre Laliberté : ACTRAV s’active avec d’autres à stimuler le débat autour d’une relance de l’économie par les salaires, par une redistribution des revenus, par un élargissement de la protection sociale, par des investissements publics. L’objectif aussi, c’est de transcender les modèles qui ont échoué, pour se tourner vers un avenir avec des solutions qui pourront améliorer la situation des travailleurs.

ACTRAV INFO : Pour terminer, le prochain numéro, c’est pour quand ?

Pierre Laliberté : Le prochain numéro sera axé sur la thématique des changements climatiques et le mouvement syndical. Nous espérons qu’il sera disponible lors de la prochaine réunion ministérielle qui est prévue fin Novembre au Mexique.

Pour plus de d’informations, contacter :

M. Pierre Laliberté

Chercheur- Editeur du Journal International de Recherche Syndicale

Tel : +41 22 799 75 95

Email : laliberte@ilo.org