Travail des enfants

Agir ensemble contre le travail des enfants

Editorial | 27 juin 2016
Faustina Van Aperen, Spécialiste principale en matière d'activités pour les Travailleurs
Dans notre monde plein de richesses humaines, matérielles, et financières, nous apprenons chaque jour que des millions d'enfants sont encore exploités au travail. Des reportages, des vidéos des photos touchantes, nous les montrent occupés de longues heures, dans les conditions insalubres des cultures extensives et des chaines d’approvisionnement. La tendance au retour à la case départ en matière de développement social se confirme de plus en plus : comme au 18ème siècle, lors de l’industrialisation et de la globalisation naissante, la vie de millions d’enfants reste hypothéquée voire même détruite.

La Journée mondiale contre le travail des enfants 2016 consacrée à leur occupation dans les chaînes de production nous rappelle que ce fléau est « l’Affaire de tous ».

Il est temps d’agir ENSEMBLE contre cette forme insidieuse de maintien du sous-développement et la dépendance économique. Au lieu de continuer par une lecture simpliste, à dépeindre le travail des enfants en termes misérabilistes entrenant d’une part la compassion dans les pays riches et d’autres part, la fatalité dans les pays pauvres, le monde du travail prône pour une action commune contre ce fléau social.

Lors de cette journée célébrée par l’OIT,Philip Jennings, Secrétaire Général de la Fédération syndicale UNI Global Federation a d’ailleurs rappelé que l’elimination du travail des enfants reste une des première priorité des travailleurs. Cependant,les associations de la société civile et les syndicats n’ont de cesse d’entreprendre des actions dans ce domaine, mais leur impact reste limité face aux nombreux obstacles à la pratique de la liberté syndicale et à celle d’association (lien vers le document). Dans beaucoup de pays en effet, il est encore périlleux pour les hommes et les femmes, de s’organiser afin de réaliser ce changement social auquel les mandants de l’OIT aspirent. Dans ce contexte d’absence et ou de faiblesse dans la pratique de la liberté syndicale et de la négociation collective , comment l’élimination du travail des enfants pourra être réalisée? Seule une forte cohésion syndicale et sociale peut obtenir l’elimination de l’exploitation de l’enfant au travail. ? En effet, un partenariat social effectif et une large participation sont, nous le savons, nécessaires pour la mobilisation des ressources humaines et financières, et pour réparer ensemble les déficiences du système d’organisation du travail décent. Cela semble le meilleur chemin pour que TOUS LES ENFANTS soient protégés par TOUS.

Aujourd’hui nous pouvons donc faire la différence dans tous les pays! L’OIT propose une alliance 8.7. en réference à l’un des objectifs de développement durables, l’objectif 8 et sa cible 7.  Cette alliance invite à la réalisation du changement par une meilleure synergie intégrée et coherente du monde du travail. La recette et les ingrédients de l’OIT contre les maux sociaux sont donc plus que jamais d’actualité : pratiquer le dialogue social, respecter les normes qui en découlent, développer la protection sociale avec un accent sur un moteur important - l’emploi. Ces élèments fondamentaux du travail décent doivent impérativement être mis au coeur de toutes les stratégies qui visent le bien être des enfants. Depuis sa création en 1919 et encore aujourd’hui, l’OIT invite à mettre en place, ensemble ces mécanismes et engrenages indispensables pour le progrès social, au service de la protection des enfants jusqu’à l’âge d’accès au travail. L’elimination du travail des enfants dans ses pires formes semble être le pillier d’un modèle social de développement qui ne laisse personne derrière dont parlent les “prix Nobel” en économie d’aujourd’hui d’Armatya Sen (1998), en passant par Joseph Stilgliz (2001) et aujourd’hui, Angus Deaton (2015). De la Déclaration de Brasilia à celle qui émanera de la Conférence sur l’élimination du travail des enfants en Argentine en 2017, notre espoir serait que l’ensemble des organisations et des associations de développement bâtissent cet Alliance 8.7 en collaborant, en partageant et en adoptant les lignes directrices des mandants de l’OIT. Que celles-ci soient enfin mises au coeur de l’ensemble des stratégies du progrès social et économique pour enterrer cette fois-ci, complètement, le travail des enfants dans ses pires formes et leur esclavage!