Colloque d'ACTRAV

Inégalité des revenus, institutions du marché du travail et pouvoir des travailleurs

Les inégalités augmentent, à la fois au niveau mondial et dans la plupart des pays. Alors que l'économie mondiale se rétablit lentement, la propagation des relations de travail précaires contribue à élargir le fossé entre les riches et les pauvres.

Dans la plupart des régions du monde, les institutions du marché qui doivent permettre de réduire les inégalités sont attaquées. En réponse à l'importance croissante de ce sujet pour le Mouvement syndical mondial, ce colloque se concentre sur trois dimensions de l'inégalité :
  1. Les facteurs de l'inégalité et son impact sur la société
  2. Les domaines de politique et les stratégies syndicales pour lutter contre les inégalités
  3. Le rôle et les capacités de l'OIT afin de soutenir les syndicats dans leurs efforts pour réduire les inégalités
Un besoin urgent de changer de politique pour plus d'égalité se fait sentir, mais surmonter le statu quo exige de larges alliances pour obtenir le changement, à la fois aux niveaux national et international. Ce colloque vise à stimuler la discussion sur la façon de transformer les organisations de travailleurs en solides piliers de coalition pour la justice et l'inclusion. Les syndicalistes et des experts en question du travail du monde entier sont invités à discuter sur ce thème en mettant un accent particulier sur les questions suivantes :
  • Quelles politiques sociales et économiques offrent des solutions contre le renforcement des inégalités et l'enchaînement des crises qui caractérisent le régime actuel de la mondialisation?
  • Y a-t-il des exemples réussis et applicables de politiques salariales et sociales permettant de réduire les inégalités?
  • Comment reconquérir des marges de manœuvre nationales pour mener des politiques de réforme progressistes, compte tenu des contraintes imposées dans le contexte de la mondialisation néolibérale?
  • Y a-t-il des exemples réussis de mobilisation syndicale et d'alliances pour contrecarrer les réglementations néolibérales et l'irresponsabilité des entreprises aux niveaux national et international?
  • Quel rôle peuvent jouer les normes de l'OIT et les orientations fournies par l'Organisation concernant les actions à mener pour réduire les inégalités?


Résumé du Rapport Le Défi des inégalités: Des changements s'imposent

Le présent rapport Le Défi des Inégalités: Des changements s'imposent s'attaque à l'un des plus vastes défis de notre temps: l'inégalité. L'idée y est soutenue que l'inégalité n'est pas un phénomène irrévocable mais un choix politique activement défendu par le passé. La libéralisation des échanges et des marchés de capitaux a imposé le diktat de la compétitivité cependant que les politiques en matière budgétaire et monétaire et dans le domaine du travail affaiblissaient la position des travailleurs et renforçaient celle du capital transnational, en particulier dans le secteur financier. Avec le rétrécissement du champ des politiques redistributives, les inégalités se sont accrues à l'échelle mondiale et à l'intérieur de la plupart des pays. Dans beaucoup de pays, la croissance économique profite principalement à ceux qui se trouvent au sommet de la pyramide des revenus, tandis que la majorité n'en retire pratiquement rien en raison de la modération salariale généralisée. Dans ces circonstances, les femmes, les minorités et les migrants sont particulièrement laissés pour compte.

Une étude a récemment montré que de fortes inégalités ont un impact négatif constant sur des indicateurs de la qualité de vie tels que l'espérance de vie, l'alphabétisme, la mortalité infantile, les homicides, la maladie mentale et la mobilité sociale. Le présent rapport montre en outre que les inégalités menacent d'autres aspects de la condition humaine tels que la démocratie, la sécurité publique, la stabilité sociale et les conditions économiques et environnementales durables. Après l'exposé et la critique du discours néolibéral en faveur de l'inégalité, le rapport présente trois politiques possibles permettant une plus grande égalité. Pour accroître la part des revenus détenue par les 40 pour cent de la population les moins fortunés, des aspects tels que la liberté d'association, le salaire minimum, les socles de protection sociale et les services publics universels revêtent une importance primordiale. Pour plafonner l'augmentation des revenus des catégories supérieures, il faut recourir à des mesures telles que la progressivité des impôts, la réglementation du secteur financier, le plafonnement des rémunérations des dirigeants et l'augmentation automatique de l'imposition marginale, ainsi que la fermeture des paradis fiscaux. Enfin, la catégorie médiane de revenus doit être renforcée par une plus grande sécurité de l'emploi et la réduction des emplois précaires, l'extension de la négociation collective, le renforcement de marchés publics responsables, la création de systèmes de sécurité sociale étendus, l'encouragement de la démocratie économique, le développement de services publics de qualité et la lutte contre la ségrégation dans le logement.


Les domaines traditionnellement au coeur de l'activité syndicale – les institutions du marché du travail et les politiques sociales – sont essentiels pour améliorer l'égalité. Mais il faut aussi avoir un haut niveau constant d'investissements publics et de services publics universels, ainsi qu'une action des pouvoirs publics pour contrecarrer le pouvoir du secteur financier et des sociétés multinationales et lutter contre la fraude et l'évasion fiscale généralisées. Bien que les opinions publiques soient largement favorables à l'amélioration des systèmes de sécurité sociale, à des services publics de qualité et à une législation de protection du travail, de nombreux gouvernements se servent de la crise économique mondiale comme prétexte pour attaquer ces institutions avec une vigueur accrue. La tâche énorme qui incombera donc au mouvement syndical sera de faire passer dans des pressions politiques réelles les aspirations de la population à plus d'égalité en créant une alliance entre la catégorie médiane des revenus et les 40 pour cent les moins fortunés contre les 10 pour cent ayant les plus hauts revenus et dont la part a augmenté dans pratiquement toutes les sociétés. Si les syndicats, défenseurs traditionnels de la justice sociale, réussissent à constituer des alliances en dehors de leurs milieux classiques de recrutement - les ouvriers qualifiés de sexe masculin - ils peuvent reconquérir un espace politique dont ils ont cruellement besoin, même dans les conditions difficiles imposées par la mondialisation.

Ce colloque nous donnera une occasion de débattre des idées, des expériences et des stratégies permettant de rendre les sociétés plus équitables et plus inclusives.