ADDIS-ABEBA, Ethiopie - Les quelque 300 délégués rassemblés du 2 au 5 décembre 2003 à Addis-Abeba, à l'occasion de la Dixième Réunion régionale africaine, ont confirmé que l'"Agenda pour le travail décent" devait être au cœur du programme de lutte contre la pauvreté. "L'agenda de l'Afrique pour le développement, en tête duquel figure la création d'emplois décents, est en prise avec les priorités de la population et met en évidence le lien fondamental qui existe entre l'emploi et l'éradication de la pauvreté", a déclaré Juan Somavia, Directeur général du BIT, qui avait traité cette question dans un rapport complémentaire (Note 1). "Ensemble, nous pouvons faire de l'amélioration quantitative et qualitative de l'emploi le moteur du développement de l'Afrique."
Tous les participants (gouvernements, employeurs et travailleurs) ont considéré que le moment était venu de placer la création de travail décent au centre d'une nouvelle génération de politiques macroéconomiques et qu'ils étaient prêts à mobiliser le réseau tripartite de l'OIT pour soutenir le Sommet extraordinaire sur l'emploi et la lutte contre la pauvreté, convoqué par les chefs d'Etat et de gouvernement africains en septembre 2004 à Ouagadougou.
Le Président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, hôte d'honneur de la réunion d'Addis-Abeba, a déclaré que l'OIT était "le partenaire stratégique" pour la réussite du Sommet extraordinaire, qui sera précédé par un forum social dont "les réflexions et les conclusions vont utilement inspirer les décisions des chefs d'Etat et de gouvernement". Se félicitant du rôle que joue l'OIT dans la lutte contre les inégalités et la pauvreté en œuvrant en faveur d'une mondialisation plus humaine, il a exprimé le souhait que celle-ci soit "impliquée dans les démarches et politiques initiées par les institutions de Bretton Woods pour que la dimension sociale du développement soit prise en compte".
La Réunion régionale africaine a proposé que le programme de travail du sommet se fonde sur une approche intégrée reposant sur l'agenda de l'OIT pour un travail décent et ancrée dans les objectifs stratégiques de l'Organisation, à savoir création d'emplois et d'entreprises, droits au travail, protection sociale minimale et dialogue social. Cette approche tient compte de la nécessité de développer les marchés locaux, les petites et très petites entreprises ainsi que les coopératives. Au cœur du plan d'action, des projets pilotes concluants montrent comment progresser dans trois secteurs essentiels:
- L'agriculture, où travaillent la majorité des Africains
- Le secteur informel et le développement de l'esprit d'entreprise
- Les grands travaux d'infrastructure, dans lesquels des investissements à forte intensité de main-d'œuvre ont déjà abouti à la création de nombreux emplois.
Une attention particulière doit être portée à la promotion de l'emploi des femmes et des jeunes. Ces deux catégories possèdent un immense potentiel humain qui doit être mis à profit pour stimuler le développement.
Au cours de la réunion, les délégués ont demandé à l'OIT d'accorder la priorité absolue à la lutte contre le VIH/sida en Afrique. Ils ont adopté une résolution invitant les gouvernements à appuyer les efforts des employeurs et des travailleurs dans ce domaine, en mettant en place un cadre juridique et politique pour l'action dans le monde du travail, en prenant des mesures pour combattre les préjugés et la discrimination et, sur un plan plus général, en complétant les plans nationaux contre le sida par une stratégie adaptée au monde du travail.
Note 1:S'affranchir de la pauvreté par le travail - Points de vue de l'Afrique. Dixième Réunion régionale africaine, Addis-Abeba, décembre 2003. Rapport complémentaire du Directeur général. ISBN 92-2-215191-7.