SALAVADOR DE BAHIA, Brésil - "Le chômage est le problème politique numéro un de notre époque", a déclaré le Directeur général aux représentants des 34 pays participant à la Treizième Conférence interaméricaine des ministres du Travail, qui a eu lieu à la fin du mois de septembre dans cette ville.
M. Somavia, qui s'est rendu à Buenos Aires et à Salvador de Bahia du 22 au 26 septembre, a insisté sur la nécessité de favoriser la création d'emplois et d'entreprises capables de créer des emplois, seul moyen selon lui de réduire la pauvreté dont sont victimes 220 millions d'habitants de la région.
Au cours de son voyage, il a fait observer que ni l'économie mondialisée ni la recherche de la stabilité macroéconomique par certains gouvernements n'avaient créé les débouchés professionnels dont les gens ont besoin.
"Dans les pays industrialisés comme dans les pays en développement, l'emploi a cessé d'être un problème purement technique. Les circonstances actuelles en ont fait un enjeu politique", a-t-il affirmé.
Le Directeur général du BIT s'est rendu en visite officielle en Argentine les 22 et 23 septembre. Il a rencontré à cette occasion le Président du pays, Néstor Kirchner, le ministre du Travail, Carlos Tomada, ainsi que des représentants du gouvernement et des organisations d'employeurs et de travailleurs.
A Buenos Aires, il a rendu hommage à la population argentine pour le courage dont elle fait preuve face à la profonde crise que traverse le pays et s'est félicité de la ténacité avec laquelle le gouvernement s'efforce de construire une économie productive. "Le principal, c'est de jeter les bases d'une forte croissance de l'emploi en Argentine."
M. Somavia a souligné la nécessité d'un "changement de mentalité" pour se départir des politiques du passé qui accordaient une importance démesurée aux aspects financiers et se rapprocher des aspirations d'une population qui veut pouvoir accéder à des "emplois décents".
Du 24 au 26 septembre, le Directeur général du BIT a participé à la Treizième Conférence interaméricaine des ministres du Travail, organisée à Salvador de Bahia par l'Organisation des Etats américains et le ministère du Travail du Brésil. Durant cette réunion, la création d'emplois a été désignée comme correspondant à une nécessité fondamentale et pressante.
Selon une étude réalisée par le BIT à la fin du premier semestre 2003, l'Amérique latine a un taux de chômage moyen de 11%. "Si l'on ajoute à ce chiffre les 80 millions de travailleurs du secteur non structuré, on obtient un total de 100 millions de Latino-Américains qui sont sans travail ou travaillent dans des conditions qui ne peuvent être considérées comme décentes. Les plus touchés sont les jeunes et les femmes", a précisé M. Somavia. Il a rappelé que "le chômage est la forme la plus criante d'exclusion sociale" et prévenu qu'aucun changement ne serait possible sans une volonté politique à toute épreuve avant d'ajouter: "Nous devons tous faire face à nos responsabilités."
M. Somavia a mis en garde les délégués contre le fait qu'il n'existait pas de solution unique, valable pour tous les pays: il n'y a pas de "formule magique". Cependant, il a souligné que la recherche de solutions passait par le dialogue social, qui constitue selon lui "le moyen de prédilection pour faire en sorte que les politiques économique et sociale s'appuient sur l'approbation des principaux créateurs de richesse et de croissance, que sont les employeurs et les travailleurs".
"La structure tripartite de l'OIT - gouvernements, employeurs et travailleurs - a donné naissance à l'idée centrale qui guide désormais toute notre action: la création de travail décent est un instrument puissant de promotion du développement et de lutte contre la pauvreté."
Emploi des jeunes: Le Brésil se joint au réseau
A l'occasion d'une table ronde sur l'emploi des jeunes, qui a eu lieu lors de la visite du Directeur général du BIT au Brésil, le ministre du Travail de ce pays, Jacques Wagner, a annoncé que le Brésil entendait devenir l'un des pays leaders du Réseau pour l'emploi des jeunes.
Le Brésil devient ainsi avec le Sénégal, la Namibie, l'Egypte, l'Indonésie, la Hongrie et l'Azerbaïdjan l'un des premiers pays à préparer un plan d'action national sur l'emploi des jeunes. En outre, MM. Wagner et Somavia ont signé un accord aux termes duquel ils s'engagent à coopérer en vue de réduire le chômage des jeunes au Brésil. Le BIT agira sur deux fronts:
Premièrement, il complétera par une assistance technique les activités d'appui des autres partenaires du Réseau, de la Banque mondiale et des Nations Unies, au Programme brésilien d'aide au premier emploi. Ce programme a pour but de créer 260 000 emplois pour des jeunes de 16 à 24 ans ainsi que d'offrir à 600000 autres une formation professionnelle et une aide à la création de micro-entreprises et de coopératives.
Deuxièmement, le BIT élaborera un projet pilote visant à améliorer l'employabilité de jeunes femmes noires appartenant à cinq quilombos, communautés formées de descendants d'esclaves qui avaient fui pour se cacher dans des zones reculées à l'époque coloniale.