Travail forcé « La crise peut aggraver encore le phénomène »

Article publié dans l’Humanité le 26 août 2009. Entretien avec l’experte et politologue Beate Andrees, responsable de programme au BIT et coauteure d’une série complète d’études de cas sur le travail forcé et sur l’esclavage moderne.

Type Nouvelle
Date de parution 26 août 2009
Unité responsable Programme de promotion de la Déclaration
Sujet travail forcé, trafic d'êtres humains

Entretien réalisé par Ramine Abadie

Quelle définition donnez-vous au travail forcé? Quelles sont les personnes les plus concernées?

Beate Andrees. La définition est déjà dans la convention 29 de l’OIT sur le travail forcé (datant de 1930!). Les deux critères principaux sont: «être forcé à travailler contre sa volonté et/ou sous la contrainte» (à cause de la violence, des menaces…) ou quand il y a «fraude et tromperie sur le contrat et le type d’emploi». Il y a deux grandes typologies de travail forcé: l’internationale, avec la traite des êtres humains, et le travail forcé au sein du pays même du travailleur (pour dettes ou à cause d’un système de discrimination contre des castes ou des ethnies…). Cette dernière, relevant de la législation nationale, devrait être plus simple à combattre.

Le travail forcé sévit dans l’industrie du sexe bien sûr mais pas seulement. Loin de là. On le retrouve partout dans l’économie dans les secteurs à fort besoin de main-d’oeuvre non qualifiée (construction, textile, restauration…). Et évidemment aussi dans le secteur informel (travail domestique…). Le problème ne concerne pas que les pays en développement. Il concerne désormais aussi les pays riches.

Quel est l’ordre de grandeur du phénomène?

Beate Andrees. Dans notre rapport 2005 on a abouti à un total de 12,3 millions de travailleurs forcés, dont 2,4 millions déplacés et forcés à cause de la traite internationale d’êtres humains. Le problème le plus grave est en Asie (plus de 9 millions de personnes concernées). Viennent ensuite l’Afrique et l’Amérique du Sud (1 million de personnes).

Est-ce que ces chiffres ne sous-estiment pas encore la réalité?

Beate Andrees. C’est vrai. Nous savons que c’est un absolu minimum. Pour affiner nos chiffres, nous attendons que les pays nous fournissent des données plus fiables. Ce sont des chiffres délicats et nous ne souhaitons pas trop extrapoler.

Qui profite du crime?

Beate Andrees. Les intermédiaires jouent un rôle crucial. Sans les réseaux de recruteurs et d’intermédiaires on n’aurait pas une telle explosion du travail forcé. C’est un réseau complexe avec des complicités un peu partout. En résumé, trois catégories tirent les profits: les trafiquants d’êtres humains, les réseaux de recrutement, les employeurs et enfin, souvent, des fonctionnaires corrompus dans les administrations. Je crois toutefois que les États deviennent plus conscients du problème et tentent désormais d’agir. L’ennui, c’est qu’avec la crise actuelle, les problèmes pourraient s’aggraver encore à court terme.

http://www.humanite.fr/2009-08-26_International_Travail-force-La-crise-peut-aggraver-encore-le-phenomene

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