La traite des êtres humains en vue de leur exploitation subséquente représente un problème croissant dans une industrie des vêtements et des chaussures soucieuse de réduire au possible les coûts associés à la main-d’œuvre et où le recours à la main-d’œuvre migrante, y compris le trafic d’enfants travailleurs, ne cesse de prendre de l’ampleur. Or d’après la Fédération internationale des travailleurs du textile, de l'habillement et du cuir (FITTHC), ces phénomènes n’existeraient pas s’il n’étaient pas étayés par le marché – c’est-à-dire si les entreprises étaient tout simplement mises à l’index en cas de recours à une main-d’œuvre servile et si les grandes marques du secteur montraient le bon exemple en ce sens.
Prenant la parole à l’occasion d’une conférence internationale sur la traite des êtres humains et l’esclavage, à Bahreïn, aujourd’hui, Neil Kearney, secrétaire général de la FITTHC, a signalé que les industries du textile, de l’habillement et du cuir avaient de plus en plus tendance à s’approvisionner en main-d’œuvre migrante en provenance de pays comme le Bangladesh, l’Inde, le Népal et l’Indonésie pour ensuite employer cette main-d’œuvre dans d’autres pays comme l’Ile Maurice, la Jordanie, l’Egypte, la Malaisie ou Taiwan, entre autres
« Une des caractéristiques de cette main-d’œuvre migrante est qu’il s’agit généralement de travailleurs jeunes, majoritairement du sexe féminin, qui doivent payer de grosses sommes d’argent à titre de commission aux agences de placement, y compris les frais de voyage et les frais de dossier. Les candidats à l’émigration se retrouvent ainsi avec des dettes pouvant atteindre 10.000 dollars avant même de quitter leur pays », a dit M. Kearney.
« Ces dettes sont généralement commuées en prêts, où la confiscation des papiers d’identités fait office de garantie. De cette façon, les migrants sont condamnés à travailler pour rembourser l’usurier et souvent réduits à l’esclavage indéfiniment. C’est ainsi que des migrants bangladais en Malaisie se sont vus contraints à acheter de faux passeports pour pouvoir s’échapper du pays.
« Les grandes marques internationales de la distribution et du détail dominent l’industrie et détiennent, dès lors, la clef de l’abolition du trafic de main-d’œuvre » Il incombe à toutes ces marques d’adopter immédiatement des mesures concrètes pour abolir cet esclavage des temps modernes dans leurs filières d’approvisionnement. Elles peuvent y parvenir relativement facilement, en obligeant contractuellement leurs fournisseurs à :
- Prendre en charge la totalité des frais directs et indirects liés au recrutement de la main-d’œuvre ;
-Embaucher les travailleurs exclusivement sur la base de contrats directs et permanents ;
-Ne pas employer de travailleurs qui ont dû payer une commission de recrutement ou des frais de voyage et de dossier ;
-Ne pas retenir les papiers d’identité des travailleurs et, si des travailleurs demandent à l’employeur de conserver ces documents pour des raisons de sécurité, faire en sorte qu’ils y aient librement accès 24 heures sur 24.
-Assurer le libre mouvement des travailleurs lorsqu’un logement est placé à leur disposition par l’employeur.
« Depuis le 1er janvier de cette année, la marque Nike a imposé de telles conditions dans toutes les usines de ses fournisseurs. Les syndicats, y compris la FITTHC, veulent voir toutes les autres marques de la distribution et du détail adopter la même approche », a conclu M. Kearney.
http://www.itglwf.org/DisplayDocument.aspx?idarticle=15707&langue=4