La protection de lenvironnement et les problèmes de santÉ publique

 

Jerry Spiegel

 

Le traitement et la transformation des peaux peuvent avoir des répercussions considérables sur l’environnement. Les rejets d’eaux usées contiennent des polluants provenant des peaux et des substances issues de leur décomposition, des produits chimiques et diverses solutions résiduaires qui sont utilisées pour la préparation des peaux et le tannage. A cela peuvent s’ajouter des déchets solides et des émissions dans l’atmosphère.

 

Les odeurs et la pollution de l’eau par des déchets non traités ont été de tout temps une préoccupation majeure des populations. Plus récemment, d’autres questions se sont posées avec l’emploi croissant de produits chimiques synthétiques comme les pesticides, les solvants, les colorants, les agents de finissage et de nouveaux procédés de traitement chimique qui posent des problèmes de toxicité et de rémanence.

 

De simples mesures destinées à contrôler la pollution peuvent à leur tour avoir des effets secondaires sur plusieurs milieux et d’un milieu sur l’autre (pollution des nappes phréatiques, contamination des sols, déversement de boues et intoxication par des substances chimiques).

 

Les techniques actuelles de tannage, plus économes en produits chimiques et en eau, ont moins d’impact sur l’environnement que les opérations traditionnelles. Toutefois, de nombreux obstacles subsistent à leur application généralisée.

 

La figure 88.8 présente les différents déchets et les impacts sur l’environnement liés aux opérations de tannerie.

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Figure 88.8     Impacts sur l’environnement associés aux opérations de tannerie

 

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Les mesures de lutte contre la pollution

 

La lutte contre la pollution de l’eau

Les déchets non traités des tanneries dans les eaux de surface peuvent entraîner une détérioration rapide de leurs propriétés physiques, chimiques et biologiques. De simples procédés de traitement des effluents au point de rejet peuvent éliminer plus de 50% des matières en suspension et la demande biochimique en oxygène (DBO) de l’effluent. Des mesures plus perfectionnées permettent un degré plus élevé de traitement.

 

Les effluents de tannage contiennent divers éléments chimiques qui doivent être traités, et cela à plusieurs reprises. Il est nécessaire de séparer les écoulements pour permettre un traitement diversifié des flux de déchets concentrés.

 

Le tableau 88.1 résume diverses solutions techniques pour le traitement des effluents de tannerie.

 

La lutte contre la pollution de l’air

Les émissions dans l’air se divisent en trois grandes catégories: les odeurs, les vapeurs de solvants au moment des opérations de finissage et les gaz émis par l’incinération de déchets.

 

La décomposition biologique des matières organiques ainsi que le sulfure et l’ammoniac émis par les eaux usées sont à l’origine des odeurs gênantes qui caractérisent les tanneries. En raison de ces odeurs, l’emplacement des installations pose aussi des problèmes. La diminution de ces odeurs est plus une question d’entretien que de technologie.

 

Les vapeurs de solvants et d’autres produits qui se dégagent pendant les opérations de finissage varient selon les types de produits chimiques et les techniques appliquées pour réduire la production et le rejet de ces vapeurs. Jusqu’à 30% des solvants utilisés peuvent être rejetés dans l’air. Dans de nombreux cas, les techniques modernes disponibles permettent d’abaisser ces émissions à environ 3%.

 

La pratique qui consiste dans beaucoup de tanneries à brûler les déchets solides et les chutes de cuir impose l’emploi de bons incinérateurs et une surveillance attentive de ces opérations.

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Tableau 88.1    Possibilités techniques de traitement des effluents de tannerie

 

Prétraitement

Tri mécanique des matières brutes qui se sont décantées

Traitement primaire

Elimination du sulfure des effluents de l’atelier de travail de rivière

 

Elimination du chrome des effluents de tannage

 

Traitement physico-chimique pour éliminer la demande biochimique en oxygène et pour la neutralisation

Traitement secondaire

Traitement biologique

 

Boue activée (fosse d’oxydation)

 

Boue activée (conventionnel)

 

Lagunage (aéré, facultatif ou anaérobie)

Traitement tertiaire

Nitrification et dénitrification

Sédimentation et traitement des boues

Différentes formes et dimensions des réservoirs et bassins

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La gestion des déchets

Le traitement des boues résiduaires constitue le principal problème d’élimination, abstraction faite des effluents. Les boues organiques, si elles ne contiennent pas de chrome ou de sulfures, peuvent servir à traiter les sols et, dans une moindre mesure, à les fertiliser grâce à leurs composés azotés. C’est en labourant le sol immédiatement après l’épandage des résidus qu’on obtient les meilleurs résultats. Dans diverses régions, l’autorisation d’exploiter des sols contenant du chrome a suscité des controverses.

 

Plusieurs débouchés existent pour la transformation des déchets et des chairs en produits dérivés destinés à de multiples usages, comme la production de gélatine, de colle, de synderme, de suif et de protéine pour l’alimentation des animaux. Les effluents de fabrication, une fois soumis à un traitement approprié et à un contrôle de qualité, sont parfois utilisés pour l’irrigation des terres lorsqu’il y a pénurie d’eau ou lorsque le rejet d’effluents fait l’objet de sévères restrictions.

 

Pour éviter les problèmes entraînés par la formation et les odeurs de lixiviat, seules les boues solides et déshydratées devraient être mises en décharge. Il faut s’assurer que les déchets de tannerie ne réagissent pas avec d’autres résidus industriels, comme les déchets acides, qui peuvent, par réaction, créer des gaz de sulfure d’hydrogène toxiques. L’incinération dans des conditions incontrôlées est déconseillée, car elle peut entraîner des émanations non tolérables.

 

La prévention de la pollution

L’amélioration des techniques de production, afin d’accroître le rendement écologique, peut permettre d’atteindre plusieurs objectifs, tels que:

 

  rendre plus efficace l’utilisation de produits chimiques;

  réduire la consommation d’eau et d’énergie;

  récupérer ou recycler les matériaux rejetés.

 

La consommation d’eau peut varier dans des proportions considérables, allant de 25 l/kg de peau brute à plus de 80 l/kg. L’eau peut être mieux utilisée grâce à diverses techniques comme le contrôle accru du volume des eaux de production; le lavage en bassins plutôt qu’en eau courante; la modification ou la modernisation des équipements existants pour diminuer la quantité d’eau nécessaire; la réutilisation des eaux usées dans les processus de fabrication moins délicats et le recyclage des bains de traitement.

 

Le reverdissage et le pelanage représentent plus de 50% des charges de demande biochimique en oxygène (DBO) et de demande chimique en oxygène (DCO) dans les effluents de tannage ordinaires. Diverses méthodes peuvent être utilisées pour remplacer le sulfure, recycler les bains de chaux ou de sulfure et appliquer des techniques de fonte.

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Figure 88.9   Diagramme d’une usine municipale de récupération du chrome

 

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La pollution par le chrome peut être réduite au moyen de mesures visant à accroître la quantité de chrome fixée dans le bassin de tannage et à réduire celle qui est déversée pendant les stades ultérieurs de fabrication. Pour réduire les émissions de chrome, on peut également recycler directement les bains qui contiennent du chrome (ce qui abaisse également la teneur en sel des effluents résiduaires) et traiter avec de l’alcali les bains contenant du chrome pour précipiter le chrome en tant qu’hydroxyde, lequel peut alors être recyclé (voir figure 88.9).

 

En cas de tannage végétal, le préconditionnement des peaux peut améliorer leur imprégnation et leur fixation et contribuer à diminuer les concentrations de tanin dans les effluents. D’autres agents tanniques comme le titanium sont utilisés en tant que produits de remplacement du chrome pour produire des sels en général moins toxiques ainsi que des boues inertes plus sûres à manipuler.