La recherche miniÈre

 

William S. Mitchell et Courtney S. Mitchell

 

La recherche minière englobe l’ensemble des opérations ayant pour objet la mise en évidence et l’étude des gisements en vue de leur exploitation. C’est une étape préalable nécessaire, mais coûteuse et sans certitude de succès. En 1992, les dépenses en recherche minière s’élevaient à 1,2 milliard de dollars E.-U. pour l’ensemble du globe et, en 1995, elles atteignaient presque 2,7 milliards de dollars. De nombreux pays encouragent les investissements dans cette activité et les régions jugées prometteuses font l’objet d’une concurrence intense. De nos jours, la recherche de gisements est pratiquement toujours confiée à des équipes multidisciplinaires de prospecteurs, réunissant des géologues, des géophysiciens et des géochimistes qui explorent tous les types de terrains.

 

La recherche minière s’organise en trois phases commençant par l’exploration, ou prospection, qui consiste à rechercher des indices de gisements, suivie d’un contrôle sur les principaux indices en vue de dégager des cibles éventuelles pour une reconnaissance approfondie. Au fur et à mesure du progrès de la recherche, la nature des travaux se modifie; il en va de même des considérations de sécurité et de santé.

 

Les travaux d’exploration sur le terrain se font souvent par de petites équipes de spécialistes des sciences de la terre opérant en régions peu familières avec un appui limité. Ces travaux peuvent nécessiter la recherche d’indices, l’établissement de cartes géologiques, le prélèvement d’échantillons en vue d’analyses géologiques et géochimiques et des mesures géophysiques préliminaires. Le contrôle des indices les plus prometteurs ne s’effectue qu’après l’obtention d’un permis d’exploitation, une concession minière ou la signature d’un bail minier. Les travaux de cette première phase, qui comprennent l’établissement de cartes géologiques plus taillées, le prélèvement d’échantillons et des relevés géophysiques et géochimiques, se font suivant un quadrillage. Ils permettent souvent de dégager des cibles qui justifient une exploration plus poussée, par excavation ou par forage, opérations nécessitant des matériels lourds tels que pelles rétrocaveuses, pelles mécaniques, bouteurs, engins de forage et parfois explosifs. Les engins de forage rotatifs, au diamant ou par percussion peuvent être montés sur camion ou remorqués à pied d’œuvre. Ils sont parfois héliportés d’un site à un autre.

 

Lorsque les résultats de l’exploration sont encourageants, on procède à une reconnaissance approfondie avec prélèvement d’échantillons plus volumineux en vue d’évaluer l’intérêt économique du gisement. Cette étape peut se faire par sondages, mais dans bien des cas, le creusement de tranchées ou le prélèvement d’échantillons en profondeur s’avèrent nécessaires. On peut creuser des puits d’exploration ou des galeries en pente ou à flanc de coteau pour avoir accès au gisement. Bien que les travaux soient exécutés par des mineurs, la responsabilité du programme de sondages souterrains est généralement confiée à des géologues.

 

La sécurité et la santé

Dans le passé, les employeurs se souciaient rarement d’adopter et de faire respecter les règles de sécurité dans les travaux d’exploration. Les prospecteurs adoptent encore souvent une attitude cavalière face à la sécurité. Heureusement, bon nombre de sociétés d’exploration minière s’efforcent de changer cette mentalité en exigeant de la part de leurs personnels et des contractants qu’ils respectent les règles de sécurité établies.

 

L’exploration est souvent une activité saisonnière soumise à des contraintes de temps qui incitent parfois à négliger la sécurité des travailleurs. Par ailleurs, les risques auxquels ceux-ci sont exposés s’intensifient à mesure que progresse l’exploration. Les premiers travaux de reconnaissance sur le terrain se font par de petites équipes et ne nécessitent donc que l’établissement d’un camp de taille modeste. Les problèmes de sécurité revêtent une importance particulière pour les spécialistes des sciences de la terre qui en sont peut-être à leur première expérience de reconnaissance sur le terrain.

La prospection se faisant souvent en régions éloignées, le transport jusqu’à un centre médical en cas d’urgence peut s’avérer difficile et dépendre des conditions météorologiques. Il importe d’établir et de tester un plan d’évacuation et de communication en cas d’urgence, et ce avant le début des travaux.

 

On peut penser que la sécurité sur le terrain est une question de bon sens, mais le bon sens n’est pas forcément le même dans toutes les cultures. Les sociétés minières devraient mettre à la disposition de leurs personnels de prospection un manuel de sécurité traitant des problèmes propres à la région ils sont affectés. Un tel manuel pourrait servir d’ouvrage de base lors des réunions d’orientation, des séances de formation à la sécurité et des réunions périodiques sur les questions de sécurité durant toute la campagne de prospection.

 

La protection de la santé

Les travaux de prospection impliquent des efforts physiques intenses, le personnel devant souvent évoluer en terrain accidenté, soulever de lourdes charges et utiliser des équipements potentiellement dangereux. Il peut être exposé à la chaleur, au froid, aux intempéries et travailler parfois à des altitudes élevées (voir figure 74.3). Il est donc impératif qu’il soit en bonne santé et en forme physique satisfaisante lorsqu’il part en reconnaissance sur le terrain. Il devrait avoir été vacciné et ne pas être atteint de maladies contagieuses (par exemple, hépatite ou tuberculose) qui risqueraient de se propager rapidement. Idéalement, l’ensemble du personnel d’exploration devrait être formé en secourisme élémentaire et en secourisme en milieu sauvage. Dans les camps ou chantiers importants, une personne au moins devrait détenir un brevet de secourisme avancé ou de secourisme en milieu de travail.

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Figure 74.3    Foration à la tarière Winkie dans les montagnes de la Colombie-Britannique, au Canada

 

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Le personnel travaillant à l’extérieur devrait porter des vêtements appropriés pour se protéger contre des conditions extrêmes de chaleur ou de froid et contre la pluie ou la neige. Dans les régions exposées à un niveau de rayonnement ultraviolet élevé, il est conseillé de porter un chapeau à large bord et d’utiliser des crèmes solaires à facteur de protection adéquat sur les parties exposées du corps. Les insectifuges les plus efficaces contre les moustiques sont ceux qui contiennent du N,N-diéthyl-méta-tolua-mide (DEET). Le traitement des vêtements à la perméthrine éloigne les tiques.

 

Formation. L’ensemble du personnel affecté aux travaux sur le terrain devrait être convenablement formé, particulièrement en ce qui concerne la prévention de la déshydratation et de l’exposition au rayonnement ultraviolet ainsi que la protection contre les piqûres d’insectes et les éventuelles maladies endémiques. Le personnel travaillant dans des pays en développement devrait être prévenu des problèmes qui peuvent menacer sa sécurité et sa santé, y compris les risques d’enlèvement, de vol et d’agression.

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Figure 74.4   Camp d’été dans les Territoires du Nord-Ouest, au Canada

 

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Les mesures de prévention sur site

Les risques pour la sécurité et la santé varient selon l’emplacement du site et la nature et l’ampleur des travaux qui y sont effectués. Tout camp devrait satisfaire aux exigences locales en matière de prévention des incendies, de salubrité, de sécurité et de santé. Le maintien de l’ordre et de la propreté diminue les risques d’accidents.

 

Emplacement. Le camp devrait être établi aussi près du chantier que le permet la sécurité, afin de réduire au minimum le temps de transport et l’exposition aux risques qui y sont liés. Il devrait être installé à distance sûre de tout danger naturel, en tenant compte de l’habitat et des habitudes de la faune présente (par exemple, insectes, ours ou reptiles). Dans la mesure du possible, on choisira un emplacement proche d’une source d’eau potable (voir figure 74.4). Si les travaux sont effectués à très haute altitude, le camp sera établi plus bas, afin d’éviter le mal des montagnes.

 

Prévention des incendies et lutte contre le feu. Les tentes et autres structures devraient être suffisamment éloignées les unes des autres afin d’empêcher ou de ralentir la propagation des flammes en cas d’incendie. Le matériel de lutte contre le feu devrait être stocké dans un abri central et des extincteurs appropriés se trouver à portée de main dans les locaux servant de cuisine et de bureaux. Le contrôle de l’usage du tabac contribuera à prévenir les incendies dans le camp et sur le site. Le personnel devrait participer à des exercices d’entraînement et prendre connaissance du plan d’évacuation en cas d’incendie. Les récipients de combustibles devraient

 

être clairement étiquetés afin que le combustible approprié soit utilisé dans les appareils d’éclairage et de cuisson, les génératrices et les autres équipements. Les combustibles devraient être stockés en un lieu situé à 100 m au moins du camp et au-dessus du niveau des marées ou des crues.

 

Salubrité. Les camps doivent disposer d’eau potable. La qualité de l’eau devrait être testée, si nécessaire. Dans le cas il y aurait lieu de faire une réserve d’eau potable, celle-ci devrait être conservée dans des récipients propres et bien étiquetés et entreposée séparément de l’eau non potable. Les denrées alimentaires seront contrôlées à leur arrivée au camp et rangées immédiatement dans un réfrigérateur ou dans des récipients à l’épreuve des insectes, des rongeurs et autres animaux. Des lavabos devraient être aménagés près des cantines et des latrines. Ces dernières devraient satisfaire aux normes d’hygiène publique et être situées à 100 m au moins de tout cours d’eau ou plan d’eau.

 

Machines et équipements utilisés dans le camp ou sur le site. L’ensemble du matériel (scies à chaînes, haches, marteaux-piqueurs, machettes, postes de radio, appareils de cuisson ou d’éclairage, équipement géophysique et géochimique, etc.) devrait être maintenu en bon état de fonctionnement. S’il est nécessaire d’avoir des armes à feu pour se protéger des animaux sauvages, leur usage devrait être strictement réglementé et contrôlé.

 

Communications. Il est important d’établir un programme de communication régulier. Les communications avec l’extérieur entretiennent le moral et le sentiment de sécurité chez les travailleurs et sont essentielles dans tout plan d’intervention d’urgence.

 

Formation. Le personnel devrait recevoir une formation sur la façon d’utiliser le matériel mis à sa disposition. Les géophysiciens, par exemple, devraient être entraînés à utiliser les appareils qui mettent en œuvre des tensions ou des intensités élevées. Une formation devrait aussi être prévue en matière de prévention des incendies, d’exercices d’évacuation en cas d’incendie, de manutention des combustibles et, s’il y a lieu, de manipulation des armes à feu.

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Figure 74.5    Machine de foration montée sur camion, en Australie

 

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La prévention sur le chantier

Les phases d’évaluation des cibles et de reconnaissance approfondie nécessitent des camps plus importants et l’emploi de matériels lourds. Seuls des travailleurs qualifiés ou des visiteurs autorisés devraient être admis sur le chantier lorsque des matériels lourds sont utilisés.

 

Engins lourds. Les engins lourds devraient être conduits par un personnel qualifié et agréé. Les autres travailleurs devraient demeurer vigilants et ne pas s’approcher des engins à moins d’être certains que l’opérateur est informé de leur présence, qu’il sait ce qu’ils sont en train de faire et dans quelle direction ils se dirigent.

 

Appareils de foration. Les équipes devraient être parfaitement formées pour ce travail. Les travailleurs devraient porter des équipements de protection individuelle appropriés (casques antichocs, chaussures de sécurité à embout d’acier, protecteurs d’oreilles, gants, lunettes, masques antipoussières, etc.) et éviter les vêtements lâches qui pourraient être happés par des machines. Les appareils de foration devraient satisfaire à toutes les exigences de sécurité (par exemple, parties en mouvement placées sous carter, tuyaux à air comprimé à haute pression fixés par des brides et des chaînes de sécurité) (voir figure 74.5). Les travailleurs devraient s’inquiéter de savoir si le sol est glissant, détrempé, gelé ou huileux; la zone de forage devrait être maintenue en aussi bon ordre que possible (voir figure 74.6).

 

Excavations. Le creusement de puits, de fouilles et de tranchées devrait se faire conformément aux règles de sécurité et les parois être étayées ou talutées à 45° afin d’éviter les éboulements. Une personne ne devrait jamais travailler ou demeurer seule dans un puits ou une fouille, même pour une courte période. Les risques d’ensevelissement sont toujours présents.

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Figure 74.6    Foration sur un lac gelé, au Canada

 

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Explosifs. Les explosifs devraient être manipulés exclusivement par un personnel qualifié et agréé. La réglementation relative à la manutention, à l’entreposage et au transport des explosifs et des détonateurs devrait être respectée scrupuleusement.

 

Les mesures préventives sur le site

Le personnel devrait être préparé à faire face aux conditions de terrain et de climat de la région. Il peut faire chaud ou froid, sec ou humide; les risques naturels peuvent inclure la foudre, les feux de brousse, les avalanches, les coulées de boue et les crues soudaines. Les insectes, les reptiles ou d’autres animaux peuvent présenter un danger mortel. Les prospecteurs devraient recevoir une formation de sécurité appropriée tenant compte du terrain et du climat de la région ils opèrent. Ils devraient suivre des cours de survie pour identifier les symptômes de l’hypothermie, de l’hyper-thermie et de la déshydratation et connaître les mesures à prendre le cas échéant. Ils devraient travailler en équipes de deux au moins et transporter avec eux (ou placer dans une cache facile d’accès) l’équipement et les réserves d’eau et de nourriture nécessaires pour leur permettre de passer une nuit ou deux à l’extérieur du camp en cas d’urgence. Les équipes en reconnaissance sur le terrain devraient être en communication régulière avec le camp de base. Les camps devraient avoir un plan d’intervention éproupour venir en aide à ces équipes en cas de nécessité.

 

La prévention des accidents de transport

Une part importante des accidents et des incidents survenant lors des travaux d’exploration se produisent au cours des transports entre le camp et le chantier. L’excès de vitesse et la consommation d’alcool au volant d’un véhicule ou à la barre d’un bateau sont souvent en cause.

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Figure 74.7    Transport lors d’une campagne d’exploration d’hiver, au Canada

 

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Figure 74.8   Déchargement des équipements et des provisions de camp transportés par avion dans

                       les Territoires du Nord-Ouest, au Canada

 

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Véhicules automobiles. Les causes les plus fréquentes d’accidents de véhicules terrestres sont l’état des routes, les conditions météorologiques, une charge excessive ou mal répartie, des pratiques de remorquage déficientes, la conduite en état de fatigue, un manque d’expérience au volant et les tentatives d’évitement d’animaux ou de personnes se trouvant sur la route, surtout après la tombée de la nuit. Il faut donc adopter une conduite prudente. La charge transportée ou remorquée par une automobile ou un camion ne devrait pas être excessive; elle devrait être bien répartie et solidement arrimée. Le conducteur et les passagers devraient boucler leur ceinture de sécurité. Il conviendrait d’utiliser des véhicules adaptés au terrain et au climat de la région, par exemple des véhicules à quatre roues motrices, des motocyclettes, des véhicules tout terrain ou des motoneiges (voir figure 74.7). Ces engins devraient faire l’objet d’un entretien périodique et disposer d’un équipement approprié, dont un équipement de survie. Le port d’un casque et de vêtements de protection s’impose pour la conduite d’un véhicule tout terrain ou d’une motocyclette.

 

Avions. Souvent, les sites éloignés ne sont accessibles que par avion ou par hélicoptère (voir figure 74.8). Dans ce cas, il faut faire appel à des compagnies qui disposent d’appareils bien entretenus et ont de bons états de service en matière de sécurité. Les moteurs à turbine sont plus sûrs. Les pilotes ne devraient en aucun cas dépasser le nombre d’heures de vol autorisé, conduire en état de fatigue et accepter de décoller par mauvais temps. Ils veilleront à ce que leur appareil soit chargé correctement et que la limite de charge utile soit respectée. Pour éviter les accidents, le personnel d’exploration devrait être formé pour travailler en sécurité au voisinage des avions; il devrait respecter les règles de sécurité concernant le chargement des appareils et l’embarquement et se tenir éloigné des hélices ou des pales, car celles-ci présentent un danger particulier du fait qu’elles ne sont pas visibles lorsqu’elles tournent. Les aires d’atterrissage des hélicoptères devraient être dégagées de tous débris susceptibles d’être projetés par le souffle des rotors.

 

Elingage. Les provisions, les combustibles, le matériel de foration et l’équipement du camp sont souvent transportés par hélicoptère. Les principaux dangers liés à ce mode de transport sont le dépassement de la limite de charge, des pratiques fautives d’élingage, des élingues en mauvais état, la présence sur le chantier de débris ou d’objets susceptibles d’être projetés, ou encore celle de végétation ou d’autres obstacles pouvant accrocher la charge. De mauvaises communications entre les différents postes (en particulier entre le pilote et les opérateurs au sol) et des conditions météorologiques défavorables augmentent évidemment les risques. La charge transportée ne devrait pas dépasser la capacité d’emport de l’hélicoptère. Il importe qu’elle soit solidement arrimée. Dans les cas nécessitant l’emploi d’une très longue élingue (par exemple dans la jungle ou à proximité d’arbres très hauts), celle-ci devrait être lestée pour le trajet de retour afin d’éviter son balancement. Des accidents mortels ont été causés par un cordage non lesté venu se prendre dans le rotor principal ou le rotor anticouple d’un hélicoptère en vol.

 

Bateaux. Pour les travailleurs qui se déplacent en bateau le long d’un cours d’eau ou sur un plan d’eau, le vent, le brouillard, les rapides, les hauts-fonds et les objets submergés ou à fleur d’eau présentent un danger. Le pilote devrait connaître et respecter la capacité de son embarcation et de son moteur, de même que ses propres limites. On devrait utiliser la plus grosse et la plus sûre des embarcations disponibles. Les passagers devraient porter un vêtement de flottaison individuel de bonne qualité lorsqu’ils se déplacent à bord d’une petite embarcation. En plus des équipements exigés par les règlements, les bateaux devraient transporter les pièces de rechange, les outils et les équipements de survie et de premiers secours requis, de même que des tables de marées et des cartes à jour.