LES DÉTECTEURS DE PRÉSENCE

 

Paul Schreiber

 

L’évolution générale dans les domaines de la microélectronique et de la technologie des détecteurs donne des raisons d’espérer une amélioration de la sécurité au travail grâce à la mise sur le marché de détecteurs de présence et d’approche fiables, robustes, à maintenance réduite et économiques. Le présent article décrit la technologie des détecteurs, les différentes méthodes de détection, les conditions et restrictions applicables à l’emploi des systèmes de détecteurs, ainsi que certains travaux de recherche et de normalisation effectués en Allemagne.

 

Les caractéristiques des détecteurs de présence

La mise au point et les essais pratiques des détecteurs de présence constituent l’un des principaux défis à relever dans le cadre des efforts techniques en vue d’améliorer la sécurité au travail et la protection des personnes en général. Les détecteurs de présence sont des détecteurs capables de signaler, de façon fiable et certaine, la présence à proximité ou l’approche d’une personne. Cet avertissement doit être donné rapidement, de manière à permettre une manœuvre d’évitement, un freinage ou la mise à l’arrêt d’une machine fixe avant que le contact annoncé se produise. La taille des personnes, leur position ou les vêtements qu’elles portent ne doivent affecter en rien la fiabilité du capteur. Les détecteurs doivent également assurer un fonctionnement sûr et être robustes et économiques pour pouvoir être employés dans les conditions les plus difficiles, comme sur les chantiers de construction et pour les applications mobiles, avec un minimum de maintenance. Les détecteurs doivent être comme les coussins gonflables, c’est-à-dire sans entretien et toujours prêts à servir. Compte tenu de la réticence de certains utilisateurs à entretenir des équipements qu’ils ne jugent pas essentiels, il devrait être possible de laisser les détecteurs sans entretien pendant plusieurs années. Une autre caractéristique qui sera très probablement exigée des détecteurs de présence consiste dans la possibilité de détecter des obstacles autres que les êtres humains et d’avertir l’opérateur en temps voulu pour qu’il puisse prendre des mesures préventives et réduire ainsi les frais de réparation de matériels endommagés. Cette raison d’installer des détecteurs de présence ne devrait pas être sous-estimée.

 

Les applications des détecteurs

Un nombre incalculable d’accidents mortels ou graves, et que l’on estime inévitables parce que dus au hasard, pourraient être évités, ou leurs conséquences réduites au minimum, si les détecteurs de présence étaient mieux acceptés comme mesure de prévention dans le domaine de la sécurité au travail. De tels accidents défraient trop souvent la chronique: ici, quelqu’un a été heurté par une chargeuse en train de reculer; là, une personne que l’opérateur n’avait pas vue a été écrasée par une pelleteuse. Les camions effectuant une marche arrière dans une rue, dans une cour d’usine ou sur un chantier sont à l’origine de nombreux accidents corporels. En raison de la rationalisation extrême du travail dans les entreprises modernes, on ne prévoit plus, pour accompagner les conducteurs, de deuxième conducteur ou d’autres personnes qui pourraient les guider lors d’une marche arrière. Ces exemples d’accidents peuvent facilement être étendus à d’autres matériels mobiles comme les chariots élévateurs. Mais il existe également un besoin urgent de prévoir des détecteurs sur les équipements semi-mobiles ou entièrement fixes pour éviter les accidents. Ainsi, les parties arrière des grandes machines de chargement sont considérées par les spécialistes de la sécurité comme des zones potentiellement dangereuses où l’installation de détecteurs peu onéreux apporterait une amélioration. Les nombreux modèles de détecteurs de présence peuvent être adaptés de façon imaginative à d’autres véhicules et gros équipements mobiles et assurer une protection contre les types d’accidents considérés, qui occasionnent en général des dégâts étendus et des blessures sérieuses, voire mortelles.

 

La généralisation progressive des solutions innovatrices semble indiquer que les détecteurs de présence pourraient devenir la référence en matière de sécurité dans d’autres applications, mais ce n’est pas le cas partout. Les progrès les plus décisifs, en raison du nombre des accidents et de l’importance des dégâts matériels, devraient concerner la surveillance de l’arrière des véhicules de livraison et des poids lourds, ainsi que les domaines de pointe des «nouvelles technologies», en l’occurrence les machines robotisées de l’avenir.

 

La diversité des domaines d’application des détecteurs de présence et des tâches exécutées — par exemple les cas où l’on tolère certains objets (même mobiles, dans des conditions bien précises) situés dans le champ de détection et qui ne doivent pas déclencher un signal — nécessite des détecteurs avec lesquels une technologie d’évaluation «intelligente» complète les mécanismes de détection. Cette technologie, appelée à des développements certains, peut être élaborée selon des méthodes faisant appel à l’intelligence artificielle (Schreiber et Kuhn, 1995). Les applications des détecteurs restent fortement limitées en raison d’un manque d’universalité. Il existe des rideaux et barrages lumineux, des tapis de contact, des détecteurs infrarouges passifs, des détecteurs de mouvement par ultrasons et radar à effet Doppler, des détecteurs à impulsions ultrasonores, radar et lumineuses, et des lasers à balayage. Les caméras de télévision classiques reliées à des écrans ne font pas partie de cette liste parce que ce ne sont pas des détecteurs de présence, au contraire des caméras qui sont automatiquement activées lorsqu’une présence humaine est décelée.

 

La technologie des détecteurs

Les études actuelles sur les détecteurs concernent principalement: 1) l’optimisation de l’utilisation des effets physiques (infrarouge, lumière, ultrasons, radar, etc.); et 2) l’autosurveillance. Des travaux de développement intensif sont consacrés aux possibilités d’utilisation des lasers à balayage comme instruments de navigation pour les robots mobiles. Cela nécessite de résoudre les problèmes posés par deux tâches en principe partiellement distinctes: la navigation du robot et la protection des personnes et des matériels présents, pour éviter qu’ils ne soient heurtés, écrasés ou saisis (Freund, Dierks et Rossmann, 1993). Les futurs robots mobiles ne pourront pas conserver, en matière de sécurité, le principe de «séparation spatiale du robot et des personnes», qui est aujourd’hui appliqué strictement aux robots industriels fixes, et la fiabilité de fonctionnement des détecteurs de présence prévus joue donc un rôle prépondérant. La mise en œuvre d’une nouvelle technologie pose souvent des problèmes d’acceptation, et on peut supposer que la présence généralisée de robots mobiles, capables de se déplacer et de saisir des objets au milieu du personnel d’une usine, dans les lieux de passage du public, voire dans les habitations ou les espaces de loisirs, ne sera acceptée que s’ils sont équipés de détecteurs de présence très perfectionnés et très fiables. Il sera impératif d’éviter à tout prix des accidents spectaculaires si l’on ne veut pas exacerber d’éventuelles réticences. Le niveau actuel des dépenses pour la mise au point de ce type de détecteurs appliqués à la sécurité du travail n’est pas à la hauteur de cette préoccupation. Pour faire des économies substantielles, il faudrait développer et tester les détecteurs de présence en même temps que les robots mobiles et les systèmes de navigation, et non pas après.

 

En ce qui concerne les véhicules à moteur, les questions de sécurité revêtent de plus en plus d’importance. Les innovations en vue d’améliorer la sécurité des utilisateurs comprennent les ceintures de sécurité à trois points, les sièges pour enfants, les coussins gonflables et le système antiblocage des roues, vérifiés par des essais d’impact à grande échelle. Ces mesures de protection représentent une proportion accrue des coûts de production. Les développements futurs en matière de protection des utilisateurs concernent les coussins gonflables latéraux et les systèmes de détection radar pour mesurer la distance par rapport au véhicule précédent.

 

La sécurité extérieure des véhicules à moteur — c’est-à-dire la protection des tiers — fait l’objet d’une attention croissante. Une protection latérale est devenue récemment obligatoire, surtout pour les camions, afin de protéger les motocyclistes, les cyclistes et les piétons contre les risques de chute sous les roues arrière. La prochaine étape devrait logiquement être la surveillance de la zone située à l’arrière des véhicules lourds par des détecteurs de présence et l’installation de systèmes d’avertissement à l’arrière. Cette mesure aurait pour effet secondaire positif de procurer le financement nécessaire au développement, aux essais et à la mise sur le marché de détecteurs pour la sécurité au travail qui se caractériseraient par un prix raisonnable, des performances optimales, une capacité d’autosurveillance, une absence d’entretien et une bonne fiabilité. Le processus d’essais qui accompagnerait la mise en place à grande échelle de détecteurs et de systèmes de détecteurs favoriserait considérablement l’innovation dans d’autres secteurs (pelles mécaniques, chargeuses et machines mobiles diverses de gros gabarit avec lesquelles les déplacements en marche arrière peuvent représenter la moitié du temps d’utilisation).  Le remplacement des robots fixes par des robots mobiles constitue également une voie de développement pour les détecteurs de présence. Des améliorations pourraient par exemple être apportées aux détecteurs employés actuellement sur les robots mobiles de manutention de matériaux ou les «chariots d’atelier sans conducteur», qui suivent des itinéraires fixes et n’exigent par conséquent que des mesures de sécurité limitées. L’utilisation de détecteurs de présence est la prochaine étape logique de l’amélioration de la sécurité dans le domaine du transport des matériaux et des personnes.

 

Les méthodes de détection

Pour évaluer et atteindre les objectifs mentionnés ci-dessus, on peut fait appel à différents principes physiques, associés à des méthodes de mesure et d’autosurveillance électroniques ainsi que, dans une certaine mesure, à des procédures informatiques à hautes performances. La facilité et la sûreté avec lesquelles fonctionnent apparemment les machines automatisées (robots), si répandues dans les films de science-fiction, deviendront peut-être réalité grâce aux techniques d’imagerie et aux algorithmes évolués de reconnaissance des formes, en association avec des méthodes de mesure des distances analogues à celles employées par les lasers à balayage. Il existe un paradoxe, dont il faut s’accommoder, selon lequel tout ce qui paraît simple à l’être humain est difficile pour les automates. Par exemple, une tâche complexe telle qu’une partie d’échecs de haut niveau (qui met en jeu le cerveau antérieur) est plus facile à reproduire et à faire exécuter par une machine qu’une tâche aussi simple que la marche, la coordination main-œil ou la coordination d’autres mouvements (régies par les cerveaux moyen et postérieur). Certains de ces principes, méthodes et procédures applicables à la mise en œuvre des détecteurs sont décrits ci-après. Outre ces exemples, il existe un grand nombre de procédures particulières, pour des tâches très spécialisées, qui opèrent notamment en associant différents types d’effets physiques.

 

Rideaux et barrages lumineux. Ces dispositifs font partie des premiers détecteurs de présence mis au point. Ils ont une géométrie de surveillance ponctuelle, c’est-à-dire qu’une personne ayant franchi la barrière n’est plus détectée. La main d’un opérateur, ou la présence d’outils ou de pièces tenus dans la main de l’opérateur, par exemple, sont détectés avec rapidité et fiabilité par ces dispositifs. Ils contribuent largement à la sécurité des machines (comme les presses et les poinçonneuses) où le matériau doit être introduit à la main. Leur fiabilité doit être statistiquement très élevée, étant donné que si la main ne se présente que deux ou trois fois par minute, c’est environ un million d’opérations qui sont effectuées en quelques années à peine. L’autosurveillance réciproque entre émetteur et récepteur a été portée à un tel niveau technique qu’elle représente aujourd’hui une norme pour toutes les autres méthodes de détection de présence.

 

Tapis de contact (à contacteurs). Les tapis et les sols à contact électrique ou pneumatique peuvent être du type passif ou actif (avec pompe). A l’origine, ils étaient largement utilisés pour des fonctions de service (ouverture de portes), avant d’être remplacés par des détecteurs de mouvement. La tendance est à l’extension de l’application des détecteurs de présence à toutes sortes de zones dangereuses. Le développement de la fabrication automatisée, par exemple, dans laquelle l’opérateur, au lieu de commander directement la machine, se borne à en surveiller le fonctionnement, a suscité une demande de détecteurs appropriés. La normalisation de cette application est bien avancée (DIN, 1997) et des limitations particulières (agencement, dimensions, zone morte maximale autorisée) ont nécessité le développement d’un savoir-faire spécifique.

 

Les tapis de contact trouvent d’intéressantes possibilités d’emploi dans les systèmes à robots multiples contrôlés par ordinateur. L’opérateur active un ou deux contacts, ce qui permet au détecteur de présence de connaître sa position exacte et d’en informer l’ordinateur, qui gère les systèmes de commande des robots grâce à un système anticollision intégré. Lors d’un essai effectué par l’Institut fédéral allemand pour la sécurité (BAU), un sol formé de tapis à contact électrique de faibles dimensions a été installé sous la zone de travail d’un bras de robot (Freund, Dierks et Ross-mann, 1993). Ce détecteur de présence avait la forme d’un damier. Le secteur activé indiquait à l’ordinateur la position de l’opérateur (voir figure 58.48) et lorsque celui-ci se rapprochait trop du robot, le robot s’écartait. Sans ce détecteur de présence, le robot ne pourrait pas déterminer la position de l’opérateur et celui-ci ne pourrait être protégé.

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Figure 58.48   Une personne et deux robots dans des enveloppes modélisées

 

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Réflecteurs (détecteurs de mouvement et détecteurs de présence). Quels que soient leurs mérites, les détecteurs décrits ci-dessus ne sont pas des détecteurs de présence au sens large. Pour que leur utilisation sur les véhicules lourds et les grands équipements mobiles, principalement en vue d’assurer la sécurité du travail, puisse être envisagée, il est nécessaire que deux caractéristiques importantes soient réunies: 1) la possibilité de surveiller une zone depuis une position donnée; et 2) un fonctionnement fiable et ne nécessitant pas de mesures complémentaires concernant l’objet à détecter, comme l’installation de dispositifs réfléchissants. Pour que l’équipement puisse déceler la présence d’une personne pénétrant dans la zone surveillée, et ce jusqu’à ce qu’elle ait quitté cette zone, il est nécessaire également qu’il détecte une personne restant parfaitement immobile. C’est ce qui distingue les détecteurs de mouvement des détecteurs de présence, du moins en ce qui concerne une utilisation avec des équipements mobiles: les détecteurs de mouvement sont presque toujours déclenchés lorsque le véhicule commence à se déplacer.

 

Détecteurs de mouvement. Les deux principaux types de détecteurs de mouvement sont: 1) les détecteurs infrarouges passifs, qui réagissent au plus petit changement du faisceau infrarouge dans la zone surveillée (le plus petit faisceau détectable est d’environ 10-9 W, avec une plage de longueur d’onde d’environ 7 à 20 µm); 2) les détecteurs à ultrasons et à micro-ondes à effet Doppler, qui déterminent les caractéristiques du déplacement d’un objet en fonction des changements de fréquence. L’effet Doppler augmente par exemple la fréquence du sifflet d’une locomotive pour un observateur pendant qu’elle approche et diminue cette fréquence lorsque la locomotive s’éloigne. L’application de cet effet permet de construire des détecteurs d’approche relativement simples, le récepteur n’ayant qu’à surveiller la fréquence du signal des bandes voisines en guettant l’apparition de la fréquence Doppler.

 

Vers le milieu des années soixante-dix, l’emploi de détecteurs de mouvement a pris une place prédominante dans les fonctions de service comme l’ouverture des portes, la protection contre le vol et la protection des objets. Pour un usage fixe, la détection d’une personne approchant d’une zone dangereuse constituait un élément suffisant pour donner l’alerte en temps voulu ou pour arrêter une machine. C’est sur cette base que l’on a entrepris d’étudier les possibilités d’utilisation des détecteurs de mouvement, en particulier les détecteurs infrarouges passifs pour la sécurité au travail (Mester et coll., 1980). Etant donné qu’une personne habillée a généralement une température supérieure à celle de son environnement (tête 34 °C, mains 31 °C), la détection d’une personne qui s’approche est relativement plus facile que celle d’un objet inanimé. C’est ainsi que des éléments de machine peuvent se déplacer dans la zone surveillée sans déclencher le détecteur.

 

La méthode passive (sans émetteur) présente des avantages et des inconvénients. L’avantage est qu’un détecteur infrarouge passif n’ajoute ni bruit ni problèmes de brouillage électrique. Pour la protection contre le vol et la protection d’objets, il est particulièrement important que le détecteur ne soit pas facile à repérer. En revanche, un capteur limité à un simple récepteur peut difficilement contrôler sa propre efficacité, ce qui est essentiel pour la sécurité au travail. Pour remédier à cet inconvénient, des essais ont porté sur de petits émetteurs d’infrarouges modulés (5 à 20 Hz) qui étaient installés dans la zone surveillée et qui ne déclenchaient pas le capteur, mais dont le rayonnement était enregistré avec une amplification électronique fixe réglée sur la fréquence de modulation. Cette modification faisait d’un détecteur passif un détecteur actif, ce qui permettait également de vérifier la précision géométrique de la zone surveillée. Les miroirs peuvent avoir des zones aveugles, et l’orientation d’un détecteur passif peut être compromise par les divers incidents de l’activité d’une usine. La figure 58.49 montre une installation d’essai avec un détecteur infrarouge passif surveillant une zone de forme pyramidale. Compte tenu de leur longue portée, les détecteurs infrarouges passifs sont employés, par exemple, dans les allées d’un espace de stockage.

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Figure 58.49   Détecteur infrarouge passif employé comme détecteur dapproche dans une zone dangereuse

 

 

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Ces essais ont montré que, d’une manière générale, les détecteurs de mouvement ne convenaient pas pour la sécurité au travail. La surveillance nocturne des salles d’un musée ne peut pas être comparée à celle des zones dangereuses d’un atelier.

 

Détecteurs à impulsions ultrasonores, radar ou lumineuses. Les détecteurs fonctionnant sur le principe impulsion/écho — c’est-à-dire ceux qui mesurent le temps de retour d’impulsions ultrasonores, radar ou lumineuses — offrent d’importantes possibilités d’application comme détecteurs de présence. Avec les lasers à balayage, les impulsions peuvent balayer une zone avec une périodicité élevée (habituellement par rotation), horizontalement par exemple; grâce à un ordinateur, on peut donc obtenir un profil de distance des objets ayant réfléchi la lumière sur la ligne ainsi définie. Si l’on ne se contente pas d’une ligne unique, mais qu’on veuille tout l’espace situé à l’avant du robot mobile jusqu’à une hauteur de 2 m, par exemple, il faut traiter d’énormes quantités de données pour décrire l’environnement. Le détecteur de présence «idéal» de l’avenir sera constitué d’une combinaison des deux procédés suivants:

 

1. Un procédé de reconnaissance des formes, composé d’une caméra et d’un ordinateur, celui-ci pouvant également être un «réseau de neurones».

2. Un procédé de balayage laser pour mesurer les distances. Ce procédé consiste à relever, dans un espace tridimensionnel, un certain nombre de points sélectionnés par le processus de reconnaissance des formes, à indiquer les distances et à détecter les mouvements à partir de la vitesse et de la direction.

 

La figure 58.50 montre, dans le cadre du projet BAU cité plus haut (Freund, Dierks et Rossmann, 1993), l’utilisation d’un laser à balayage sur un robot mobile qui accomplit également certaines tâches de navigation grâce à un faisceau de détection de direction et assure une protection contre les collisions avec des objets se trouvant à proximité immédiate au moyen d’une détection de présence assurée par un faisceau de mesure au sol. Avec ces fonctions, le robot mobile est capable de se diriger par pilotage libre automatisé actif (c’est-à-dire qu’il sait contourner les obstacles). Techniquement, on emploie pour cela la rotation à 45° du balayage vers l’arrière des deux côtés (à gauche et à droite du robot), en plus de la rotation à 180° vers l’avant. Ces faisceaux, par l’intermédiaire d’un miroir spécial, font office de rideau lumineux orienté vers le sol en avant du robot et donnent à celui-ci une ligne de vision au sol. S’il reçoit une réflexion laser de cette zone, le robot s’arrête. Des systèmes à balayage laser et lumineux homologués pour la sécurité au travail ont déjà été proposés sur le marché; ils ont encore un important potentiel d’évolution.

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Figure 58.50   Robot mobile à balayage par laser pour la navigation et la détection de présence

 

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Les détecteurs à ultrasons et radar, qui déterminent la distance sur la base du temps écoulé entre le signal et la réponse, sont moins exigeants du point de vue technique et donc plus économiques à produire. La zone de détection a une tête arrondie, avec une ou plusieurs zones latérales plus petites disposées symétriquement. La vitesse de propagation du signal (330 m/s pour le son et 300 000 km/s pour les ondes électromagnétiques) détermine la rapidité de traitement de l’électronique employée.

 

Dispositifs avertisseurs de recul. A la Foire-Exposition de Hanovre de 1985, le BAU a exposé les résultats d’un avant-projet sur l’emploi de détecteurs à ultrasons pour sécuriser la zone située à l’arrière des gros véhicules (Langer et Kurfürst, 1985). Une maquette à échelle réelle de la tête de détection, constituée de détecteurs Polaroid™, était installée sur la paroi arrière d’un camion de livraison. La figure 58.51 montre le principe de son fonctionnement. Du fait de son grand diamètre, ce détecteur produit des zones de surveillance de longue portée et d’angle relativement réduit (environ 18°), qui sont juxtaposées et réglées sur des portées maximales différentes du signal. En pratique, cet agencement permet de définir toutes les géométries désirées, qui sont balayées par les détecteurs environ quatre fois par seconde pour détecter la présence ou l’arrivée de personnes. D’autres systèmes avertisseurs arrière en démonstration possédaient plusieurs détecteurs parallèles.

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Figure 58.51    Disposition de la tête de détection et de la zone surveillée à l’arrière d’un camion

 

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Cette démonstration spectaculaire a rencontré un grand succès à la Foire-Exposition. Elle a montré que la sécurisation de la zone arrière des gros véhicules faisait l’objet d’études dans de nombreux organismes, notamment les comités spécialisés des associations professionnelles (Berufsgenossenschaften), les compagnies assurant les véhicules municipaux, les autorités de contrôle de l’industrie et les fabricants de détecteurs, ces derniers s’intéressant plutôt aux voitures particulières et concentrant leurs efforts sur les systèmes destinés à faciliter les manœuvres sur les parkings pour éviter que les carrosseries subissent des dommages. Un comité ad hoc a été créé spontanément pour promouvoir les systèmes de détection vers l’arrière; il a entrepris en premier lieu de dresser la liste des besoins en matière de sécurité au travail. Dans les dix années qui ont suivi, de nombreux efforts ont été consacrés au problème de la surveillance vers l’arrière — qui représente peut-être l’application la plus importante des détecteurs de présence —, mais il n’y a toujours pas eu d’avancée majeure.

 

Les détecteurs à ultrasons ont été employés dans de nombreux projets, notamment pour équiper des grues de triage de bois, des pelles hydrauliques, des véhicules municipaux spéciaux et d’autres véhicules utilitaires, ainsi que des chariots élévateurs et des char-geuses (Schreiber, 1990). Les dispositifs avertisseurs de recul présentent une importance particulière pour les gros engins qui fonctionnent fréquemment en marche arrière. Les détecteurs de présence à ultrasons sont utilisés par exemple pour la protection de véhicules spéciaux sans conducteur, comme les machines robotisées de manutention. Par rapport aux pare-chocs caoutchoutés, ces détecteurs ont une plus grande portée qui permet un freinage avant le contact entre la machine et un obstacle. Les détecteurs correspondants pour les voitures particulières constituent des développements avec des contraintes nettement moins sévères.

 

Entre-temps, le Comité DIN de normalisation technique des systèmes de transport a élaboré la norme 75031, «Dispositifs de détection d’obstacles en marche arrière» (DIN, 1995). Les spécifications et les essais ont été définis pour deux distances: 1,8 m pour les camions de livraison, et 3 m — une zone d’avertissement supplémentaire — pour les poids lourds. La zone surveillée est déterminée par la reconnaissance de corps cylindriques. La distance de 3 m correspond sensiblement à la limite de ce qui est techniquement réalisable à l’heure actuelle, étant donné que les détecteurs à ultrasons doivent être enfermés dans des enveloppes métalliques en raison des conditions difficiles dans lesquelles ils doivent fonctionner. Les caractéristiques d’autosurveillance du système de détecteurs sont fixées, la géométrie requise pour la zone de surveillance ne pouvant être obtenue qu’avec un système de trois détecteurs ou plus. La figure 58.52 montre un dispositif avertisseur de recul composé de trois détecteurs à ultrasons. Les caractéristiques du dispositif avertisseur de recul dans la cabine du conducteur et les modalités des signaux d’alarme sont fixées également. Les dispositions de la norme DIN 75031 sont reprises dans le rapport technique international ISO/TR 12155, Véhicules utilitaires. Dispositifs de détection dobstacles pendant la marche arrière. Exigences et essais (ISO, 1994a). Plusieurs fabricants de détecteurs ont mis au point des prototypes conformes à cette norme.

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Figure 58.52   Camion de tonnage moyen équipé dun système avertisseur de recul (Microsonic GmbH, Dortmund)

 

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Conclusion

Depuis le début des années soixante-dix, plusieurs institutions et fabricants ont travaillé au développement et à la réalisation de détecteurs de présence. Pour l’application particulière de l’avertisseur de recul, les dispositions existantes sont la norme DIN 75031 et le rapport ISO/TR 12155. La Deutsche Post poursuit des essais d’une importance majeure. Plusieurs fabricants ont équipé chacun cinq camions de taille moyenne avec ces dispositifs. Il est très important pour la sécurité au travail que ces essais donnent des résultats concluants. Comme nous l’avons précisé au début de cet article, la disponibilité de détecteurs de présence en nombre suffisant pose un défi majeur pour la technologie de la sécurité dans les nombreuses applications mentionnées. Il faut que ces équipements puissent être réalisés à un faible prix de revient si l’on veut que les dommages aux équipements, aux machines et aux produits et surtout les lésions corporelles, souvent graves, appartiennent désormais au passé.