La globalisation n'est pas un processus uniforme dans toutes les régions du monde et les variations dans son impact sont importantes :
3.1.1. Différences entre pays développés et PVD
Même si en principe la globalisation est censée amener une libéralisation généralisée des marchés, on peut constater qu'en réalité seuls quelques secteurs spécifiques (capitaux, investissements directs étrangers et les services) ont été jusqu'ici plus rapidement libéralisés. A l'inverse, dans les secteurs des produits agricoles et du textile, le protectionnisme reste puissant. Ainsi, la globalisation actuelle profite plus aux pays les plus avancés qu'à ceux en voie de développement. Les pays développés arrivent ainsi à exporter leurs investissements et services tout en protégeant leur propre production agricole des produits venant des pays les moins avancés.
3.1.2. Différences entre groupes de PVD
Même entre les pays en voie de développement, les retombées varient énormément. Globalement, les pays d'Amérique latine ont plus bénéficié de ce processus que le continent africain. Selon le CNUCED, l'Afrique (à l'exception de l'Afrique du Sud) a bénéficié moins de 4% des investissements directs étrangers en 1996, pourcentage le plus bas depuis le début des années 80.
3.1.3. Différences entre pays d'Afrique
Entre les différents pays d'Afrique eux-mêmes, existent des décalages importants: les plus gros bénéficiaires sont les pays producteurs de pétrole (Nigeria, Maroc, Tunisie, Égypte, etc.) qui recueillent plus de 70% des IDE vers l'Afrique. Des facteurs spécifiques (infrastructure routière et de communication, niveau de formation de la main-d'oeuvre, poids du secteur privé, degré de libéralisation, etc.) vont déterminer les pays récipiendaires.
3.1.4. Différences à l'intérieur même des pays d'Afrique
A l'intérieur d'un même pays, les retombées sur les différentes catégories de population vont varier. La libéralisation du commerce et l'impératif d'une productivité accrue pour faire face à la compétition internationale, ont une incidence sur les marchés nationaux du travail. Aussi, nous voyons le développement de nouvelles formes de travail (contrat à durée déterminée ou travail à mi-temps) ainsi qu'une baisse dans les niveaux réels des salaires. D'autre part, les transferts technologiques tendent aussi à modifier les opportunités d'emploi. Une plus grande demande pour une main-d'oeuvre qualifiée (formée/spécialisée) peut amener des situations où chômage et manque de main-d'oeuvre coexistent.
D'autre part, la réduction du rôle de l'Etat a pour conséquence la privatisation de secteurs, qui est souvent accompagnée de réduction d'effectifs ou tout au moins de dégradation de sécurité de l'emploi. Parallèlement, le désengagement de l'Etat entraîne aussi, du fait de diminution de sa marge de manoeuvre, le démantèlement des systèmes de protection sociale (indemnisation, couverture médicale, retraite, etc.) déjà embryonnaire dans beaucoup de pays africains.
3.1.5. Optimiser les retombées de la globalisation
Les conditions nécessaires pour que les PVD puissent optimiser les retombées de la globalisation sont :
Existence d'une économie diversifiée
Une infrastructure adéquate
Une démocratie qui fonctionne
Une gouvernance satisfaisante
La stabilité sociale
Une main-d'oeuvre formée
Une dette publique peu élevée
Des termes de l'échange équitables
Un secteur privé dynamique
Une politique fiscale et monétaire incitant l'investissement étranger.
Dans l'ensemble très peu de pays d'Afrique répondent à ces conditions, même si certains Etats se sont ces dernières années engagés dans des efforts visant à reformer leurs économies afin de faciliter leur intégration dans l'économie mondiale.
3.2. Les conséquences économiques dans les pays de l'Océan indien. Comme dans le cas du continent africain, l'impact de la globalisation sur les pays de l'Océan indien variera selon les conditions économiques et socio-politiques existant dans chacun des Etats. Les conditions mentionnées plus haut pour les pays africains, s'appliquent aussi pour les pays de la région océan indien.
Quelle est la réalité économique régionale ?
Déjà, nous devons constater qu'un certain nombre d'implications découle du caractère insulaire des entités de cette région.
Une incidence économique première est, sauf dans le cas de Madagascar, l'étroitesse des marchés nationaux. Une deuxième incidence, surtout dans la perspective de la globalisation, réside dans l'impératif de réseaux de transport maritime et aérien si nécessaire pour l'intégration dans l'économie mondiale.
Les différentes entités de cette partie de l'Océan indien, du fait de leurs histoires coloniales diverses et des statuts politiques différents, ont des appartenances à une pluralité de blocs régionaux et associations internationales. Le tableau ci-dessous donne une idée de cette diversité d'appartenance. Nous avons inclus La Réunion dans cette considération pour une double raison : d'une part, des échanges économiques et sociaux existent déjà entre cette île et les pays de la région et, d'autre part, la France, à travers son département, cherche de plus en plus à jouer un rôle dans la vie économique de cette région.
COI
SADC
COMESA
IOR-ARC
UE
OMC
ASEAN
Madagascar
·
·
·
Membre
Comores
·
·
Non-membre
Seychelles
·
·
·
Postulant
Maurice
·
·
·
·
Membre
(3)
Réunion
·
(1)
·
(2)
1 - À travers La Réunion, la France a fait une candidature auprès de l'IOC-ARC
2 - La Réunion fait partie de l'OMC du fait de son statut de département français
3 - Maurice a demandé un statut d'observateur auprès de l'ASEAN
COI - Commission de l'Océan Indien
SADC - South African Development Community
COMESA - Common Market for Eastern and Southern Africa
IOR-ARC - Indian Ocean Rim/Association for Regional Co-operation
UE - Union Européenne
OMC - Organisation Mondiale du Commerce
ASEAN - Association of South East Asia Nations
Selon les études effectuées, la globalisation amènera un accroissement du commerce mondial. Cela permettra aux pays en développement d'augmenter leur potentiel d'exportation. Mais ces mêmes pays seront en compétition entre eux. Il s'agit pour chacun d'eux de bien cerner leurs avantages comparatifs, et de mettre en place une politique visant à insuffler le dynamisme à leur économie. Autrement, les retombées néfastes qui seront ressenties à court terme, en raison du changement dans les régimes commerciaux, vont perdurer pour aboutir à leur appauvrissement, voire leur marginalisation.
Nous analyserons les conséquences de la globalisation sur les pays de l'Océan indien par rapport aux paramètres suivants:
la fin d'accès préférentiel à certains marchés pour les produits de ces pays
une exigence pour eux d'avoir une économie diversifiée et tournée, vers l'exportation
la nécessité d'avoir une productivité accrue de la main d'oeuvre
le développement d'infrastructures pouvant faciliter le transfert de technologie
la mise en place d'un environnement économique incitant l'investissement étranger direct.
La disparition d'un régime préférentiel pour l'accès de leurs produits à des marchés spécifiques signifie que ces pays auront à faire face à la concurrence pour préserver leurs parts de marché. D'où la nécessité pour eux de réduire leurs coûts de production en augmentant la productivité, d'améliorer la qualité de leurs produits et de s'assurer un marketing efficace pour écouler leurs productions.
Mais la globalisation offre aussi des opportunités. Ces pays pourront bénéficier du libre mouvement des capitaux et de l'ouverture d'autres marchés. Cependant, faudrait-il que les politiques économiques appropriées soient adoptées. Ce n'est qu'à ce prix qu'ils pourront être plus compétitifs.
Cependant, si l'on n'y prend pas garde, ce réajustement des politiques économiques se fait souvent au détriment de certaines catégories de travailleurs.
Les Comores constituent l'un des pays les plus pauvres avec peu de ressources naturelles et une population dense et croissante. L'économie est peu diversifiée et manque de compétitivité.
Le secteur agricole contribue à 40% du PIB et emploie 80% de la population active, mais reste peu productif. Ce secteur présente une structure dualiste:
Une production destinée à l'exportation et limitée à un petit nombre de cultures de spéculation (vanille, girofle et ilang-ilang), donc tributaire des cours sur le marché international et des avancées technologiques des produits de substitution (vanilline). Elle représente cependant 90% des recettes d'exportation.
Une agriculture de subsistance (production vivrière) peu productive et ne satisfaisant même pas la moitié des besoins d'une population jeune et en pleine expansion. Plus de 50% des besoins de la population est couvert par l'importation.
L'industrie est quasi embryonnaire. Toutefois, le tourisme a de grands potentiels mais n'est pas développé. A l'inverse, le secteur des services est hypertrophié (50% du PIB - commerces et services).
La dette extérieure s'élevait en 1992 à environ US$188 millions et à US$203 en 1995. Le poids des arriérés de paiement de la dette (intérieure et extérieure), les difficultés de transport et l'instabilité politique ont aussi pesé sur le faible taux de croissance (1,3% en 1993). La moyenne du taux de croissance du PIB per capita de 0,6% sur la période 1965-80 est passée à -0,4% pour 1980-93.
3.3.1.1. La compétitivité
Ces dernières années ont vu les exportations des Comores diminuer en valeur de US$ 21,5 millions en 1992 à US$ 9,2 millions en 1996. En même temps on peut aussi constater que la proportion que représente la vanille dans les exportations n'a cessé d'augmenter de 55% en 1992 pour atteindre pratiquement 80% en 1996. Ainsi on peut affirmer, qu'au lieu de croître et de se diversifier, l'économie est en train de se fragiliser et de se focaliser sur pratiquement uniquement la vanille.
Les principales destinations de ces exportations sont : la France (54,5%), l'Allemagne (18,2%) et les États-Unis (18,2%). Ces trois pays ont représenté plus de 90% des exportations.
Quant aux importations, les deux principaux produits importés sont le riz et les produits pétroliers. La faiblesse de rendement agricole combinée à une démographie galopante pousse à l'importation de produits alimentaires. Ceux-ci représentaient en 1994 plus du tiers (37%) des importations. Toutefois, la palette de produits est très large et variée étant donné le peu d'industrialisation du pays - cantonnée à la fabrication de meubles, boissons gazeuses, joaillerie et distillation d'huiles essentielles.
3.3.1.2. Le marché de l'emploi
L'agriculture est le secteur employant le plus de personnes aux Comores. Toutefois, de grandes disparités existent entre les trois îles qui étaient jusqu'ici sous l'administration du gouvernement fédéral comorien.
Une récente étude du Centre National de Documentation et de Recherche Scientifique des Comores, Enquête démographique et de santé aux Comores - 1996, indique des niveaux d'instruction relativement bas de la main-d'oeuvre, particulièrement chez les femmes où pratiquement les deux tiers des femmes qui travaillent n'ont reçu aucune instruction.
Niveau d'instruction
Homme
Femme
Aucun
38.0%
62.9%
Primaire
33.1%
20.6%
Secondaire ou plus
28.9%
16.5%
Total
100.0%
100.0%
Les niveaux d'instruction sont en lien étroit avec les secteurs d'activités.
Chez les femmes - qui représentent 43% de la population active - la moitié de celles qui n'ont aucune instruction sont dans l'agriculture. Celles qui ont le niveau primaire sont, pour les deux tiers, dans des emplois manuels et lorsqu'elles ont un niveau d'études secondaire ou plus, elles se distribuent entre des emplois manuels (39%), commerce et services (28%) et des professions techniques ou d'encadrement (22%).
Chez les hommes, ceux qui travaillent et n'ont aucune instruction sont à 58% dans l'agriculture. Lorsqu'ils ont le niveau primaire, ce sont surtout des emplois manuels (53%) et lorsqu'ils ont le niveau secondaire ou plus dans le tertiaire (59%).
3.3.2. Impacts socio-économiques sur Madagascar
Madagascar est le pays de la région qui est le mieux doté de ressources productives. Cependant des raisons historiques ont été à la base de son retard sur le plan économique. Ces dernières années, sous l'impulsion des institutions financières internationales, les autorités ont démontré une réelle volonté de reconstruire l'économie.
La contribution de l'agriculture au PIB malgache est de 39%, et ce secteur représente 75% des emplois. Le riz occupe 40% des terres cultivées, mais la culture sur brûlis occasionne une érosion considérable.
Quant aux exportations agricoles, elles reposent sur des bases fragiles: le café et la vanille, deux des principaux produits agricoles exportés ont vu leur prix baisser ces derniers temps. L'élevage, malgré les 14 millions de têtes (bovins, porcins et ovins) n'arrive même pas à remplir le quota de 8000 tonnes de viande vers l'Union Européenne. En revanche, la pêche, et plus particulièrement l'exportation de crustacées est en pleine augmentation. De même, le récent développement de la zone franche augure des perspectives plus optimistes.
3.3.2.1. La compétitivité
Parmi les pays de cette région, Madagascar est l'un des pays ayant le plus fort potentiel et il est le seul à posséder un marché d'une taille convenable.
Madagascar s'est embarqué dans un processus d'intégration dans l'économie mondiale et une diversification de son économie (industrialisation, développement de la pêche et du tourisme). Ainsi la part que représente le café dans les exportations n'a cessé de diminuer: de 45% en 1993 à 23% en 1995. Ceci est dû non seulement à une baisse du prix sur le marché mondial, mais à une diminution de la production (de 88000 tonnes en 1992 à 37000 tonnes en 1996). Parallèlement, les exportations de crustacés et de textiles ont augmenté.
Les principaux pays clients sont la France, les États-Unis, l'Allemagne, le Japon et l'Italie.
Quant aux importations, qui proviennent de France, Japon, Singapour, Hong Kong et Allemagne, elles sont constituées principalement de machines-outils, véhicules, produits pétroliers et miniers.
3.3.2.2. Le marché de l'emploi
En premier lieu, il nous faut noter que le secteur informel représente 70% de l'économie et emploierait 96% de la main-d'oeuvre total (dont 4,3 millions de personnes dans l'agriculture de subsistance).
Une récente étude du projet MADIO, menée conjointement par l'INSTAT et des chercheurs français, indique que le chômage a chuté à Tananarive de 6,8% en 1996 à 5,8% au premier trimestre de 1997. Ce serait dû au développement des zones franches. Toutefois, même à Tananarive, le secteur informel représente le principal employeur (58,8% et 59,6% des emplois en 1996 et premier trimestre de 1997 respectivement.
Cette même étude indique toutefois que le nombre d'heures travaillées par semaines serait aussi en hausse ainsi que le nombre de personnes ayant plus d'un emploi.
1995
1996
1997*
Nombre d'heures/semaine
41.6
42.0
43.3
Employés ayant plusieurs emplois (%)
9.2
9.6
12.7
* premier trimestre seulement
3.3.3. Impacts socio-économiques sur Maurice
3.3.3.1. Structure de production
L'évolution de la structure de production de l'économie mauricienne montre une nette tendance à la diversification. En 1996, l'agriculture aujourd'hui ne représente que 9% du PIB alors que l'industrie et le secteur tertiaire représentent 33% et 58% respectivement. Cette tendance est confirmé par les estimations officielles pour le taux de croissance par secteur.
Secteur
1995
1996
1997
Agriculture
9.3%
4.3%
3.3%
Industrie
5.0%
7.0%
7.0%
Tourisme
9.0%
16.0%
14.0%
Secteurs financier
9.0%
9.0%
9.0%
Cette évolution l'économie mauricienne vers une prépondérance des secteurs secondaires et tertiaires lui permettra de mieux saisir les opportunités offertes par la globalisation.
3.3.3.2. Structures des exportations et des importations
Selon les statistiques officielles, en 1996 les exportations mauriciennes ont connu une croissance de 17.1% , comparées à 10.6% en 1995. Cette augmentation est expliquée par une augmentation des exportations de sucre 26.8% (quota supplémentaire pour le marché portugais) et du textile 15%. Les importations ont aussi connu un accroissent de 19% dû à une augmentation dans le volume d'importation d'eacute;quipements, de produits pétrolier et des produits alimentaires.
La structure des exportations mauriciennes de marchandises a connu la même évolution vers une prédominance du secteur secondaire. En 1996, les exportations des produits textiles se chiffraient à $982m alors que celles de sucre, de produits horticoles et de la mélasse rapportaient respectivement $447m, $7m et $6.6m. On notera que les exportations mauriciennes sont destinées principalement au marché européen. En 1996 la répartition s'établissait comme suit: Royaume Uni 34%, France 19.5%, Allemagne 5.6%, Italie 4.0%, alors que la part des États-Unis se chiffraient à 13% du volume total d'exportation.
La structure des importations démontre une nette dépendance de l'étranger pour les produits de consommation. Les produits finis et l'alimentation représente plus de 50% du volume d'importation. En 1996, sur un total de $2278.1m, les produits manufacturés et l'alimentation représentaient $764.1m et $340.5m respectivement. Cela alors que les équipements coûtaient $496.8m. Les origines des importations mauriciennes sont plus diversifiées. Elles sont comme suit: Afrique du Sud 12%, France 11.1%, Inde 8.9%, Royaume Uni 6.5% et Hong Kong 3.6% du volume total d'importation.
3.3.3.3. Le flux des capitaux
Maurice est l'un des pays de la région qui a enregistré ces dernières années une mobilité de capitaux remarquée. L'investissement étranger direct qui se chiffrait à 2% du PIB en 1980 est passé à 6.4% en 1994. Suite aux mesures prises par le gouvernement mauricien et dans le cadre de la délocalisation de la production dans un contexte régional le mouvement externe des capitaux à partir de Maurice est passé de 1% en 1993 à 2.4% en 1994.
3.3.3.4. Impact sur le marché du travail
Après la périodeplein emploi de la fin des années 80, Maurice commence à enregistrer un aux de chômage croissant. Le taux de chômage est passé de 2.8 % en 1990 à 5.5 % en 1996. Cette tendance s'explique par les facteurs suivants:
(a) une croissance de la main d'oeuvre plus élevée que celle de la création d'emploi
(b) la modernisation des unités de production occasionnant des pertes d'emploi
Le secteur de l'emploi est aussi marqué par un chômage plus élevé chez les femmes - de 2.3% en 1990 à 7.9% en 1996. C'est le résultat de l'égalité de traitement hommes/femmes suite à la libéralisation des salaires dans certains secteurs de travail.
On note aussi un taux de chômage plus élevé au sein de la main d'oeuvre non qualifiée. Ceci est dû à la modernisation des modes de production dans le contexte de recherche de compétitivité par les entreprises.
Depuis son indépendance, Maurice s'est engagée dans la transformation de son économie. D'une dépendance de la monoculture de la canne à sucre, elle est aujourd'hui passée à une économie reposant sur trois secteurs principaux à savoir un secteur agricole diversifié, mais toujours à forte composante sucrière, une industrie de transformation dominée par le textile, et le tourisme. Depuis les cinq dernières années le secteur des services financiers s'y ajouter.
Dans le cadre de la globalisation, il est prévu qu'à moyen terme les revenus à l'exportation générés par le secteur sucrier connaîtront une légère baisse. Le protocole sucre de la Convention de Lomé assure à Maurice un volume d'exportation garanti. Cependant, le prix consenti par l'UE peut chuter. Par conséquent, les pertes ou gains dépendront du cours mondial.
En ce qui concerne le secteur industriel, les études réalisées démontrent que, Maurice bénéficiera du démantèlement de l'Accord Multi Fibres en 2005. Cela en dépit du fait que l'industrie textile mauricienne aura à compter avec la concurrence des pays où la main-d'oeuvre est moins chère. On parvient à cette conclusion après le constat des mesures prises par Maurice pour :
(a) moderniser son secteur industriel afin de lui assurer un gain de productivité ainsi
(b) mettre sur pied un marketing efficient.
Dans le secteur tertiaire la globalisation offre à Maurice des opportunités intéressantes. Le tourisme est promis à un développement assuré en raison des effets de la déreglementation aerienne et l'amélioration des moyens de communications.
Le nouveau secteur de services financiers malgré un début relativement lent, profitera des l'accélération des mouvements des capitaux découlant de la globalisation de l'économie.
Les mesures prises par le gouvernement
Durant la dernière décennie, l'état mauricien a entrepris un certain nombre de réformes afin de moderniser son économie. Ce qui lui permet à ce pays d'être dans une position de profiter des opportunités offertes par la globalisation.
Les réformes économiques
Les principales mesures prises sont les suivantes:
l'Etat se désengage des secteurs productifs et se concentre sur son rôle de facilitateur
une politique monétaire et fiscale favorisant l'investissement.
orientation de l'économie vers l'exportation
des incitations pour amener la diversification économique
modernisation de l'infrastructure
investissement dans la formation des ressources humaines
A la lumière de ces prises, il parait que Maurice s'est préparé pour relever les défis de la globalisation.
3.3.4. Impacts socio-économiques sur les Seychelles
L'économie seychelloise reposent sur deux piliers que sont la pêche et le tourisme. Ses exportations sont destinés principalement vers le marché européen. Les opportunités offertes à ce pays sont plutôt restreintes en raison de l'aspect concentré de son économie.
Cependant, la population peu nombreuse des Seychelles et la qualité de ses ressources humaines permet d'entrevoir des possibilités certaines de relever les défis de la globalisation.
3.3.4.1. La compétitivité
Depuis la Guerre du Golfe, qui a affecté l'industrie touristique, les Seychelles ont prôné une politique de diminution de la dépendance sur ce secteur par le développement de la pêche et d'une industrie légère; et plus récemment par ce qui est dénommé le "troisième pilier", (après le tourisme et la pêche), un secteur d'affaires off-shore.
Toutefois l'économie seychelloise reste fort dépendante du tourisme, pourvoyeur de plus de 70% des devises étrangères. Quant aux exportations, elles sont pour 80% constituées de poissons ou de conserves de poisson. On peut aussi noter que les Seychelles effectuent des réexportations de produits pétroliers qu'elles importent. Les principales destinations de ses exportations sont, pour 1995, les Royaumes-Unies, l'Allemagne et l'Italie.
Quant aux importations, outre des produits pétroliers réexportés, on trouve surtout des produits finis, machines et véhicules ainsi que des produits alimentaires. Les principaux pays fournisseurs sont les Royaumes-Unies, Singapour, l'Afrique du Sud et la France.
3.3.4.2. Le marché de l'emploi
La main-d'oeuvre seychelloise, 41% de la population totale de 74000 environ, est pour le tiers - 30% - dans le secteur touristique. La situation de l'emploi a été marquée, selon le ministère des finances, par la création de 4150 nouveaux emplois entre 1994 et 1996, soit une augmentation de 7,5% de la population active.
Les développements touristiques dans la région dans sa globalité, avec la création d'une ligne aérienne inter-îles (Réunion, Maurice, Seychelles, Madagascar et Comores) risque de donner une nouvelle synergie au tourisme au niveau régional.
3.3.5. Les politiques des salaires et sécurité de l'emploi
3.3.5.1. Impact sur les politiques et pratiques d'emploi
La concurrence occasionnée par l'ouverture des marchés affaiblira le pouvoir de marchandage des organisations syndicales lors des négociations collectives. Déjà, le mouvement syndical dans les pays de la région a connu un recul ces dernières années. Divers facteurs expliquent ce phénomène: à Maurice, le plein emploi dans les années 80 a amené un désintérêt pour le syndicalisme; aux Seychelles les conditions politiques et la forte présence de l'État comme employeur durant des années ont rendu difficile l'établissement d'une tradition syndicale; à Madagascar et aux Comores les circonstances historiques et l'existence d'un important secteur informel ont ralenti le processus de syndicalisation.
Maintenant avec la globalisation la situation deviendra encore plus difficile pour le mouvement syndical, car l'État devant créer une situation favorable aux investisseurs/entrepreneurs devient objectivement leur allié.
La grande mobilité des capitaux accompagnant la globalisation rendra encore plus précaire la sécurité d'emploi car les investisseurs/entrepreneurs n'hésiteront pas à déplacer leurs unités de production vers des territoires offrant des conditions qui leurs sont plus favorables. Par conséquent si la durée des contrats ne devient pas plus courte, les législations industrielles limiteront les indemnités de licenciement à un niveau relativement bas permettant ainsi la réduction du personnel à peu de frais pour les entreprises. Il faut aussi souligner que le désengagement de l'État de certains secteurs d'activités économiques accentuera l'insécurité de l'emploi.
Avec la recherche d'une productivité accrue dans le cadre de la globalisation, la formation de la main d'oeuvre devient une exigence. C'est dans ce domaine que des opportunités existent pour les travailleurs. A Maurice, l'État a choisi d'investir massivement dans la formation. Il en sera certainement de même dans les autres pays de la région sous la pression des investisseurs et des institutions financières internationales.
Les relations entre les pays du Nord et ceux du Sud sont surtout marquées par les caractéristiques les suivants:
des économies du Sud orientées vers les anciennes métropoles
une dette extérieure conséquente des pays du Sud
une dépendance des pays du Sud de l'aide extérieur
des termes de l'échange favorable au Nord
les pays du Sud procèdent à la restructuration de leurs économies selon les prescriptions des institutions de Bretton Woods
flux de capitaux essentiellement direction Nord-Sud
transfert technologique direction Nord - Sud
réproduction des modèles culturels du Nord dans les pays du Sud
les pays du Sud font partie des aires d'influence politique des anciennes puissances coloniales
4.1.1. Qu'est-ce qui va changer avec la globalisation?
En principe, dans la foulée de la globalisation, on peut espérer quelques changements, à savoir:
(a) l'apport des économies émergentes d'un point de vue investissement et transfert de technologie
(b) l'emergence des blocs économiques régionaux.
Cependant dans l'ensemble la nature des relations Nord-Sud restera essentiellement la même, c'est-à-dire une dépendance du Sud par rapport au Nord, parce que dans le court terme les flux commerciaux resteront inchangés.
Au contraire on pourrait même arguer que de nombreux pays en développement, malgré leur appartenance à des blocs régionaux , seront contraints d'appliquer ou de subir des décisions prises dans des instances internationales où pris isolément, ils n'ont aucun poids.
4.1.2. Quel rôle pour la société civile?
Les organisations citoyennes existent pour l'une des raisons suivantes:
(a) défendre les intérêts de leurs adhérents
(b) attirer l'attention des autorités sur une question particulière
(c) suppléer à l'État dans un secteur particulier
Avec la vague de libéralisme qui accompagne la globalisation et le repli de l'État dans un rôle de facilitateur, leur raison d'être est davantage justifié. Dans un contexte où la logique financière primera lors de la prise des décisions importantes et où les considérations d'ordre social deviennent secondaires, les groupes sociaux tels les travailleurs dépendront de ces organisations pour faire entendre leur point de vue. Cela est d'autant plus impérieux en ce qui concerne les relations industrielles car le patronat défend efficacement ses intérêts à travers des organisations performantes qui trouvent en l'État un allié objectif en raison du rôle de facilitateur dévolu à ce dernier.
Ainsi , il s'agit pour les organisations de la société civile, en particulier les syndicats de devenir des organisations qui pourront discuter sur un pied d'égalité avec les autres partenaires sociaux, notamment l'État et le patronat. Il faudra aussi que cette compétence puisse être exercée auprès des interlocuteurs internationaux dans les instances appropriées. D'où la nécessité d'un exercice de réflexion de la part de ces organisations sociales sur leur mode d'organisation, la nécessité d'une plus grande collaboration entre elles sur le plan international et sur les défis qui se posent à elles dans la nouvelle conjoncture.
Avant d'identifier les défis qui se posent au mouvement syndical voyons le contexte dans lequel il opère. Celui-ci est marqué par les éléments suivants:
des économies libéralisées marquées par une recherche de productivité
une concurrence entre les pays producteurs pour s'attirer les investisseurs
un besoin de formation de la main-d'oeuvre
un désintérêt pour le mouvement syndical.
Dans une situation pareille, les syndicats devraient opter pour une stratégie qui permet aux pays concernés de préserver leurs avantages comparatifs tout en surveillant que les travailleurs ne fassent pas les frais du processus de globalisation. Il est vrai que parvenir à maintenir un équilibre si délicat est un exercice difficile.
L'enjeu pour le mouvement syndical est de ne rien faire qui puisse compromettre l'emploi et en même temps de sauvegarder les intérêts des travailleurs. Les défis se posant aux syndicalistes peuvent être ainsi résumés:
établir auprès des travailleurs la nécessité d'un mouvement syndical fort
insister pour la création d'instances de dialogues tripartites
travailler à la réduction des disparités entre les niveaux de salaires
assurer que les conditions de travail soient selon les normes acceptées au niveau international
insister pour que l'État continue à assumer son rôle de pourvoyeur de services sociaux
insister pour que l'éducation et la formation deviennent un secteur prioritaire pour tous les partenaires socio-économiques.
unir ses efforts sur le plan régional, voire mondial afin de pouvoir influencer le cours des événements en ce qui concerne la globalisation.
Cette liste n'est pas exhaustive, elle est volontairement minimale, car, nous avons voulu trouver des dénominateurs communs pour les pays de la région. Il est à espérer que les discussions autour de ces pistes de réflexions permettront de dégager une stratégie commune sur le plan régional tout en gardant à l'esprit les réalités de chaque pays.
4.2.1. Établir auprès des travailleurs la nécessité d'un mouvement syndical fort
Les rôles des différents partenaires sociaux changeront dans la foulée de la globalisation. L'État se cantonnant dans son rôle de facilitateur - entendez facilitateur du développement des entreprises - laissera sa fonction régulatrice des relations entre partenaires sociaux aux lois du marché. Il est même possible que la vague de privatisation l'amène à délaisser son rôle de pourvoyeur de services essentiels telle la santé et l'éducation. En raison de la concurrence qui prévaudra, les entreprises seront, elles, plus que jamais à la recherche d'une productivité toujours plus élevée. On peut aussi prévoir une plus grande concentration des entreprises à travers des fusions créant une situation de compétition oligopolistique et dans les relations avec les travailleurs un patronat monolithique. Dans une telle situation, les travailleurs ne sauraient rester désunis. Autrement, ils ne pourront préserver leur pouvoir de marchandage vis-à-vis d'un patronat que l'État voudra favoriser afin d'attirer les investissements. Aussi, devons-nous rappeler que la liberté d'association et le droit d'engager des négociations collectives demeurent la pierre angulaire de toute activité syndicale.
4.2.2. Insister pour la création d'instances de dialogue
Avec la globalisation de nombreux facteurs déterminant les relations dans le monde du travail seront de plus en plus éloignés du site de travail, par exemple si l'unité de production est une la propriété d'une TNC ou la filiale d'une multinationale. D'autre part les mesures macro-économiques prises par les gouvernements afin de créer un climat favorable au développement des entreprises peuvent être au détriment des travailleurs. Ainsi, il s'agit pour les organisations syndicales de promouvoir la mise sur pied d'instances de dialogue, d'abord au niveau des entreprises et ensuite dans leur relation avec l'État et enfin au niveau tripartite.
4.2.3. Travailler à la réduction des disparités entre les salaires
On aura noté que la globalisation favorise le développement des entreprises à forte intensité de capitaux. Ainsi, on aura tendance à s'acheminer vers une préférence pour la main-d'oeuvre qualifiée. Cela résulte soit dans la marginalisation des ouvriers non-qualifiés ou vers une très grande disparité entre ces deux catégories de travailleurs. Maurice est arrivé à un stade son développement où elle fait l'expérience de ce phénomène.
4.2.4. Conditions de travail selon les normes internationalement acceptées
Comme l'un des éléments constituant des avantages des pays du Sud est l'abondance d'une main d'oeuvre pas chère, l'État et les entreprises auront intérêt à maintenir le statu quo au nom de la compétitivité. Or, il paraît que les normes de conditions de travail internationalement acceptées ne sont pas reconnues. Il s'agit donc pour les organisations syndicales de veiller à ce que les normes acceptables prévalent sans pour autant mettre en danger la compétitivité du pays. A ceux qui avanceront qu'une telle démarche anéantirait les avantages comparatifs des PVD, on pourrait répondre que ni le travail forcé ni l'emploi des enfants ne saurait constituer un avantage. On doit aussi insister que la sécurité au travail est un droit fondamental du travailleur.
4.2.5. Que l'État continue à pourvoir les services sociaux
Dans le cadre du processus de libéralisation accompagnant la globalisation, de nombreux pays du Sud sont contraints sous la pression des institutions financières internationales à démanteler ce qui est connu comme l'État providence. Ainsi des services sociaux tels l'éducation et la santé publique seront privatisés. Comme dans les pays du Sud les entreprises ne sont asservies à de lourdes charges sociales, les travailleurs seront les premiers pénalisés.
4.2.6. Priorité à la formation
Comme le transfert de technologie est l'un des moteurs de la globalisation, il est impérieux que les travailleurs bénéficient de la formation nécessaire afin qu'ils soient capables de mobilité dans le cadre de la modernisation de la production. Certains pays ont déjà fait de la formation une priorité. Maurice, par exemple a une politique de formation qui vise à satisfaire la demande pour une main-d'oeuvre qualifiée, néanmoins certaines faiblesses persistent au niveau de l'éducation formelle. Il s'agit donc pour les forces syndicales faire en sorte que la formation professionnelles soient parie prenante du contrat de travail.
Creada por TH. Aprobaba por GQ. Ultima actualización: 10 de mayo de de 1998