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Neuvième Réunion régionale africaine |
Abidjan |
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Bureau international du Travail Genève |
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ISBN 92-2-211841-3 |
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Le but fondamental |
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Table des matières
1. Le développement de l'Afrique: contexte général
Pauvreté et emploi
Gouvernance et démocratisation
Valorisation des ressources humaines et employabilité
Conditions de travail
Droits de l'homme et normes internationales du travail
3. La réponse de l'OIT aux défis africains
4. Activités spécifiques pour les employeurs et les travailleurs
Dialogue social et consultation entre partenaires sociaux
Activités pour les employeurs
Activités pour les travailleurs
Annexes
Tableau 1 |
Indicateurs de base par pays |
Acronymes et abréviations
ACODEP |
Appui aux collectivités décentralisées pour un développement participatif |
ACOPAM |
Appui associatif et coopératif aux initiatives de développement à la base |
ALIS |
Système africain d'information sur le travail |
ARLAC |
African Regional Labour Administration Centre |
BCEAO |
Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest |
BEAC |
Banque des Etats de l'Afrique centrale |
BIRD |
Banque internationale pour la reconstruction et le développement (Banque mondiale) |
CILSS |
Comité inter-Etats de lutte contre la sécheresse au Sahel |
CRADAT |
Centre régional africain d'administration du travail |
CTBO |
Coopération technique budget ordinaire |
CTP |
Conseiller technique principal |
CUROR |
Cellule centrale de réforme de l'organisation du monde rural (Cameroun) |
EAMAT |
Equipe consultative multidisciplinaire pour l'Afrique orientale |
EMAC |
Equipe consultative multidisciplinaire pour l'Afrique centrale |
EMAO: |
Equipe consultative multidisciplinaire pour l'Afrique occidentale |
EMAS |
Equipe consultative multidisciplinaire pour l'Afrique sahélienne |
EMD |
Equipe multidisciplinaire |
FMI |
Fonds monétaire international |
FNUAP |
Fonds des Nations Unies pour la population |
GERME |
Programme «Gérez mieux votre entreprise» |
HCR |
Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés |
HIMO |
Haute intensité de main-d'œuvre |
IDH |
Indicateur de développement humain |
IIES |
Institut international d'études sociales |
IPEC |
Programme international du BIT pour l'élimination du travail des enfants |
ISEP |
Programme du BIT en faveur du développement des petites et moyennes entreprises |
ISPEC |
Institut panafricain d'éducation et de formation coopérative (Cotonou) |
MERS |
Système du BIT pour le suivi de la mise en œuvre, l'évaluation et la présentation de rapports |
NAMAT |
Equipe consultative multidisciplinaire pour l'Afrique du Nord |
OCDE |
Organisation de coopération et de développement économiques |
ODSTA |
Organisation démocratique syndicale des travailleurs africains |
ONUSIDA |
Programme commun des Nations Unies sur le sida |
OUA |
Organisation de l'unité africaine |
OUSA |
Organisation de l'unité syndicale africaine |
PACDEL |
Processus participatif autonome concerté de développement de l'emploi local |
PA-SMEC |
Programme d'appui aux structures mutualistes ou coopératives d'épargne et de crédit |
PIB |
Produit intérieur brut |
PMA |
Pays les moins avancés |
PNUD |
Programme des Nations Unies pour le développement |
PPA |
Politique de partenariat actif |
PRODIAF |
Programme Belgique/OIT sur le dialogue social en Afrique francophone |
PRODIAL |
Programme Portugal/OIT sur le dialogue social dans les pays lusophones |
SADC |
Communauté pour le développement de l'Afrique australe |
SAMAT |
Equipe consultative multidisciplinaire pour l'Afrique australe |
SIDA |
Syndrome d'immunodéficience acquise |
STEP |
Stratégies et techniques contre l'exclusion sociale et la pauvreté |
UEMOA |
Union économique et monétaire ouest-africaine |
UNICEF |
Fonds des Nations Unies pour l'enfance |
VIH |
Virus de l'immunodéficience humaine |
La huitième Conférence régionale africaine s'est tenue à Maurice en janvier 1994 et a plus particulièrement porté sur le développement des PME et sur la protection sociale. Les nouvelles règles adoptées depuis lors (1997) pour les réunions régionales précisent que celles-ci doivent constituer «une plate-forme permettant à des délégations tripartites d'exprimer leurs points de vue sur les activités régionales de l'OIT».
La neuvième Réunion régionale africaine est la principale rencontre organisée par l'OIT en Afrique en cette fin de siècle et à la veille du prochain millénaire. Le présent rapport passe en revue les activités de l'OIT en Afrique depuis 1994 et propose, comme base de discussion, des orientations pour ses activités futures.
L'Afrique se trouve confrontée à de multiples défis: économies fragiles, croissance démographique rapide, urbanisation accélérée, valorisation insuffisante du capital humain à cause des carences observées dans le domaine de l'enseignement et de la formation ainsi que dans le secteur de la santé, problèmes de sécurité alimentaire, dégradation de l'environnement, hauts niveaux de pauvreté, productivité trop faible, exiguïté des marchés, drame du sida, etc. A cela s'ajoutent les conflits ethniques et guerres civiles qui ensanglantent beaucoup de pays. Malgré tout, au cours des cinq dernières années, la situation économique s'est nettement améliorée dans plusieurs pays et la démocratie a gagné du terrain.
Le présent rapport s'attache à identifier ce que l'OIT a fait pour atténuer les problèmes qui ont assailli l'Afrique durant cette période. Il comprend quatre chapitres. Le chapitre 1 traite de l'évolution économique, politique et sociale de la région. Il montre que les efforts réalisés par beaucoup de pays dans le cadre de programmes d'ajustement structurel ont souvent donné des résultats macroéconomiques encourageants. De fait, le nombre de pays dont la croissance a été positive a augmenté.
Malgré ces résultats, le niveau de vie d'une grande partie de la population a baissé. Chômage et pauvreté ont gagné du terrain. Le développement a continué à se heurter à des obstacles qui ont entravé la croissance et les réformes économiques. Dans la plupart des pays, le niveau de l'épargne, de l'investissement et de la consommation reste faible, et l'investissement privé est freiné par des blocages institutionnels ainsi que par les difficultés d'accès au crédit.
Sur le plan politique, le nombre de pays d'Afrique subsaharienne à avoir un gouvernement élu est passé depuis 1990 de cinq à vingt-quatre. Même si les progrès sont lents par rapport aux attentes, les régimes autoritaires à parti unique cèdent peu à peu la place au multipartisme démocratique, parallèlement aux réformes économiques. L'organisation d'élections libres est accueillie avec enthousiasme. Malheureusement, la violence reste présente dans bien des pays. En outre, les conflits armés, nombreux dans la région, aggravent la pauvreté et compromettent le développement socio-économique. Une plus grande stabilité politique permettrait aux responsables et à la population de se consacrer davantage aux grands problèmes de développement au lieu d'être obligés de consacrer leurs efforts au règlement des conflits.
Sur le plan social, beaucoup de pays africains ont souffert d'une montée de la pauvreté, d'une mauvaise gouvernance, de la corruption, de troubles civils, des effets du sida. En ce qui concerne le marché du travail, le rapport souligne que le pourcentage de la population active officiellement au chômage est souvent relativement faible car les statistiques se limitent au secteur formel – qui n'occupe guère plus de 20 pour cent des travailleurs dans certains pays –, ce qui masque l'étendue du problème de l'emploi. Vu l'extrême pauvreté et l'absence d'allocations de chômage dans certains pays, nul ne peut se permettre de rester au chômage: il faut trouver des moyens de survivre, aussi précaires soient-ils.
L'emploi est en diminution dans le secteur formel, tant public que privé, à cause des compressions d'effectifs occasionnées par les programmes d'ajustement structurel. C'est ce qui explique l'essor du secteur informel et la montée du chômage et du sous-emploi.
Le chapitre 2 traite des défis que doivent relever les pays africains pour améliorer le sort de leur population. Il leur faut notamment promouvoir l'emploi pour combattre la pauvreté, améliorer leur gouvernance et consolider la démocratie, valoriser leur capital humain pour accroître son employabilité, améliorer les conditions de travail, mieux respecter les droits de l'homme et les normes internationales du travail.
La pauvreté est un énorme défi pour l'Afrique vu que, en moyenne, plus de la moitié de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté. En ce qui concerne la gouvernance et la démocratisation, le rapport relève que, malgré certains changements positifs, il reste beaucoup à faire. L'instabilité politique, la discrimination et l'inégalité entre hommes et femmes continuent à alimenter la pauvreté.
Les conditions de travail, de protection sociale, de santé et de sécurité des travailleurs restent précaires en Afrique, notamment en milieu rural et dans le secteur informel. L'exploitation des enfants demeure monnaie courante. Dans le secteur formel, de longues années de crise n'ont guère été propices à une amélioration des conditions de travail: la priorité a été donnée à la reprise économique, parfois au mépris des normes minimales.
En ce qui concerne les droits de l'homme et les normes internationales du travail, le rapport cite un certain nombre d'obstacles: carences des institutions chargées de la ratification et de l'application des normes; coût de l'application; manque de communication entre partenaires gouvernementaux; capacité insuffisante des partenaires sociaux; et, parfois, incompatibilité entre les conventions et la législation nationale.
Le chapitre 3 décrit le programme de l'OIT en Afrique en passant en revue différents projets et réunions intéressant cette région. Les programmes à forte intensité de main-d'œuvre font depuis toujours partie de la stratégie adoptée par l'OIT pour promouvoir la création d'emplois, favoriser l'essor du secteur privé et combattre la pauvreté en Afrique. Certains des programmes phares mis en œuvre sur ce continent (Des emplois pour l'Afrique, GERME, ACOPAM) sont décrits dans ce chapitre. Celui-ci souligne que de gros efforts restent à faire pour améliorer le milieu de travail, notamment sous l'angle de la sécurité et de la santé des travailleurs, ainsi que la protection sociale. Les mesures préconisées par l'OIT sont inspirées par le souci d'améliorer les prestations sociales dans le cadre des structures en place et, surtout, par la volonté que soient mieux pris en compte les besoins des travailleurs actifs hors du secteur formel, travailleurs qui sont largement majoritaires.
Le chapitre 3 fait aussi ressortir l'urgente nécessité de réévaluer et de réformer les systèmes de protection sociale. Ceux-ci ne protègent qu'une petite partie de la population et sont financièrement déséquilibrés faute de politiques appropriées. Dans beaucoup de pays, c'est moins du dixième de la population active (certaines catégories de salariés du secteur formel) qui bénéficie d'une protection. Le passage à l'économie de marché et la nécessité d'attirer l'investissement étranger ont forcé beaucoup d'Etats à assouplir les normes régissant les conditions de travail, notamment en matière de sécurité et de santé. La dernière partie du chapitre traite des ressources humaines et financières.
Le chapitre 4 décrit les activités entreprises en faveur des organisations de travailleurs et d'employeurs. On note que, depuis quelques années, ces organisations accordent de plus en plus d'attention aux questions suivantes: participation; égalité entre hommes et femmes; lutte contre le travail des enfants; efforts de sensibilisation et d'éducation, notamment des adhérents; participation à des consultations nationales ou régionales.
1. Le développement de l'Afrique:
contexte général
Au cours des cinq dernières années, après près de deux décennies de stagnation, la situation économique s'est nettement améliorée dans plusieurs pays africains. Elle s'était tellement dégradée dans les années quatre-vingt que l'on a pu parler à ce sujet de «décennie perdue». L'embellie observée depuis le début des années quatre-vingt-dix a une base relativement large puisque les pays qui en ont bénéficié regroupent la moitié environ de la population de l'Afrique et assurent aussi la moitié environ de la production de ce continent.
La crise économique aiguë des années quatre-vingt s'explique à la fois par des facteurs internes – mauvaise gestion de l'économie ayant entraîné inflation, chômage, déficit budgétaire et fuite des capitaux – et par des facteurs externes – notamment baisse des prix des produits de base, dégradation des termes de l'échange, diminution des entrées de capitaux, d'où aggravation des déficits de la balance des paiements et du compte courant et alourdissement de la dette intérieure et extérieure.
Face à ces problèmes, la plupart des pays africains ont mis en œuvre des programmes d'ajustement structurel recommandés par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international en tant qu'antidote à la crise économique. Ces programmes étaient censés stabiliser la situation à court terme et garantir une croissance durable à moyen et long terme.
Entre 1994 et 1998, la croissance économique a été positive dans la plupart des pays africains. Cela a été le cas dans 37 des 48 pays subsahariens. La croissance du PIB réel de l'Afrique subsaharienne a été de 2,9 pour cent en 1995, 3,4 pour cent en 1997 et 3,2 pour cent en 1998, soit une moyenne d'environ 3,8 pour cent par an entre 1995 et 1998(1). Le nombre de pays où la situation s'est améliorée a augmenté ces dernières années, la croissance économique est supérieure à la croissance démographique, d'où une augmentation du revenu par habitant – ce qui ne s'était jamais vu dans certains de ces pays depuis des décennies.
Globalement, comme le montre le tableau 1.1, les indicateurs macroéconomiques s'améliorent dans la région: réduction des déficits publics, amélioration de la balance des paiements, ralentissement de l'inflation, discipline monétaire accrue, etc.
Tableau 1.1. Indicateurs macroéconomiques, 1990-1998
Indicateurs |
1990 |
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
1. Croissance du PIB réel (%) |
2,5 |
2,9 |
5,5 |
3,4 |
3,2 |
2. Croissance du PIB réel par habitant (%) |
-0,3 |
0,2 |
2,7 |
0,7 |
0,6 |
3. Inflation (%) |
17,0 |
33,0 |
25,1 |
13,7 |
12,0 |
4. Ratio d'investissement (% du PIB) |
22,0 |
20,0 |
18,9 |
18,7 |
20,0 |
5. Solde budgétaire (% du PIB) |
-4,3 |
-3,0 |
-2,5 |
-1,8 |
-2,7 |
6. Croissance de la masse monétaire (%) |
20,1 |
22,6 |
18,4 |
15,8 |
12,4 |
7. Croissance des exportations en volume (%) |
4,8 |
9,2 |
8,1 |
4,4 |
-0,7 |
8. Croissance des importations en volume (%) |
4,8 |
7,3 |
3,2 |
7,9 |
4,8 |
9. Termes de l'échange (%) |
5,0 |
-0,6 |
2,5 |
1,5 |
-5,7 |
10. Balance commerciale (milliards de dollars) |
7,1 |
-4,6 |
4,4 |
2,2 |
-11,4 |
11. Compte courant (milliards de dollars) |
-8,9 |
-13,5 |
-4,4 |
-4,2 |
-19,0 |
12. Compte courant (% du PIB) |
-1,9 |
-2,7 |
-0,8 |
-0,8 |
-3,4 |
13. Service de la dette (% des exportations) |
21,9 |
23,0 |
22,2 |
18,8 |
22,5 |
Source: Banque africaine de développement: Rapport sur le développement en Afrique 1999 (Washington, Oxford University
Press, 1998). |
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La figure 1.1 montre que le nombre de pays où la croissance du PIB réel a été positive a nettement augmenté de 1990 à 1998. Le PIB réel n'a diminué que dans quatre pays en 1998 alors qu'il avait baissé dans dix pays en 1995 et dans 21 en 1990.

En 1998, la croissance de la production a moins ralenti en Afrique (3,2 pour cent contre 3,4 pour cent en 1997) qu'à l'échelle mondiale (2,2 pour cent en 1998 contre 4,2 pour cent en 1997)(2). Cela tient en partie à l'augmentation du nombre de pays africains où la croissance du PIB réel a été positive ainsi qu'à l'intégration limitée de la région dans le système financier mondial. La figure 1.2 montre comment la production a évolué en Afrique et dans les autres régions.

La mondialisation est à la fois riche de promesses et lourde de menaces pour les travailleurs, les entreprises et les économies d'Afrique. La région n'étant pas en mesure d'arrêter ou de ralentir ce processus, elle doit s'efforcer de défendre ses acquis et adopter des politiques qui minimisent les risques sociaux, économiques et politiques associés à ce nouvel ordre mondial.
Malgré l'amélioration des résultats macroéconomiques, les programmes d'ajustement structurel ont entraîné une baisse du niveau de vie d'une grande partie de la population, une montée du chômage et une aggravation de la pauvreté, et le développement continue à se heurter plus ou moins aux mêmes obstacles que par le passé.
Dans la plupart des pays de la région, l'investissement privé est freiné par les blocages institutionnels et par les difficultés d'accès au crédit, ce qui entrave la croissance et les réformes économiques. Le niveau de l'épargne, de l'investissement et de la consommation demeure généralement faible. La dette est un autre obstacle au développement. Le service de la dette pèse très lourd et, dans certains pays, il représente une part importante des exportations. Malgré les réformes entreprises, les économies africaines restent très vulnérables aux facteurs externes. Enfin, des conflits font rage dans plusieurs pays.
La partie la plus pauvre de la population n'a pour l'instant guère tiré profit de l'amélioration de la situation économique signalée plus haut. Les mesures de compression des coûts associées aux programmes de réforme ont eu des conséquences directes sur le niveau de vie: aujourd'hui, plus de la moitié de la population vit dans le dénuement le plus complet.
Même si la situation varie beaucoup selon les pays, l'ouverture démocratique amorcée à la fin des années quatre-vingt s'est en général poursuivie tout au long des années quatre-vingt-dix avec, dans la majorité des pays, la révision des Constitutions et des lois électorales, la mise en place d'institutions (par exemple, commissions électorales indépendantes, cours des comptes, cours suprêmes, conseils économiques et sociaux, etc.), l'instauration du pluralisme politique et syndical, l'organisation d'élections, la diversification et la multiplication des médias privés.
La première moitié des années quatre-vingt-dix a donc été marquée par un renforcement du processus de démocratisation sur fond de crise économique, d'ajustement structurel et de réformes diverses. Au cours de la seconde moitié de la décennie, on a pris conscience que, quels que soient les progrès accomplis, la région a aussi besoin de paix et de stabilité pour consolider ses structures démocratiques, poursuivre son intégration, appuyer la reprise économique et éviter la marginalisation au moment où la mondialisation s'accélère.
La démocratisation devrait favoriser la participation et le retour de la confiance, ce qui aura un effet favorable sur l'investissement, intérieur et étranger. A l'inverse, dans les pays qui sont politiquement instables ou qui connaissent des guerres civiles, la fuite des capitaux ne pourra que faire empirer la situation de l'emploi.
Les problèmes de chômage et de pauvreté sont aggravés par le grand nombre de conflits armés qui font rage dans la région et qui entravent le développement socio-économique. Au premier semestre de 1998, on dénombrait 17 conflits internes, et ce dans la plupart des sous-régions: corne de l'Afrique, région des Grands Lacs, Afrique centrale, Afrique occidentale. Ces conflits entraînent une augmentation du nombre des réfugiés, des personnes handicapées, des personnes déplacées. L'Afrique est la région qui totalise le plus grand nombre de réfugiés.
Une plus grande stabilité politique permettrait aux responsables et à la population de se consacrer davantage aux grands problèmes de développement au lieu de consacrer comme aujourd'hui une grande partie de leurs efforts au règlement de conflits armés, lesquels sont à la fois parmi les causes et parmi les effets de la pauvreté. Les conflits armés sapent le développement socio-économique et sont préjudiciables à l'emploi, aux conditions de travail et à la formation.
La démocratisation a favorisé la participation de la société civile à la formulation et à la mise en œuvre des politiques économiques et autres. Cette évolution a été reconnue par les participants tripartites de la dernière Réunion biennale des responsables africains de la planification de l'emploi, en février 1999. Ils ont indiqué que, dans plusieurs pays, l'Etat accepte désormais davantage la concertation.
Enfin, la démocratisation a favorisé l'émergence de la société civile (associations de défense des droits de l'homme, ONG, etc.), ce qui concourt au développement et à la décentralisation. Ce phénomène, parfois encore fragile, se renforce progressivement.
Sur le plan social, l'Afrique souffre de bien des maux: montée de la pauvreté, mauvaise gouvernance, corruption, guerres civiles, drame du sida, etc. Plus de 30 pays africains sont classés parmi les pays les moins avancés (PMA), avec une croissance démographique moyenne de 3 pour cent. Toutefois, depuis 1995, la croissance économique de certains de ces pays est supérieure à leur croissance démographique. Il n'empêche que, dans ces pays, la majorité de la population vit dans un total dénuement.
En Afrique, les femmes sont encore plus touchées par la pauvreté que les hommes bien qu'elles assument plus que leur rôle dans l'entretien de la famille. Dans la plupart des pays, le droit coutumier ne leur permet pas de posséder des terres alors qu'elles sont pourtant majoritaires dans l'agriculture de subsistance. Par ailleurs, les programmes d'ajustement structurel ont généralement privilégié les secteurs d'exportation, ce qui a été particulièrement préjudiciable aux femmes, peu nombreuses dans ces secteurs. Enfin, on compte plus d'analphabètes parmi les femmes que parmi les hommes.
L'exode rural a conduit beaucoup de paysans à s'installer dans la périphérie des villes. L'infrastructure n'a pas suivi le rythme de l'urbanisation. Dans les zones urbaines, la montée du chômage et du sous-emploi – notamment parmi les jeunes –, une forte concurrence et la diminution du gisement d'emplois constitué par le secteur formel sont autant de sujets de préoccupation.
Globalement, les villes sont moins pauvres que les campagnes mais l'augmentation du nombre de pauvres dans les zones périurbaines est très rapide. Malgré la diminution de son potentiel de création d'emplois, la ville continue d'attirer beaucoup de ruraux qui espèrent y trouver de meilleures conditions de vie.
L'indice du développement humain (IDH) est un utile indicateur de la situation sociale (tableau 1.2). Cet indicateur, mis au point par le PNUD, se fonde sur le PIB réel par habitant, l'espérance de vie à la naissance et le niveau d'instruction. Durant les deux décennies qui ont suivi l'indépendance, l'Afrique a connu un certain progrès dans ces trois domaines. Après 1980, la situation a changé dans plusieurs pays où le revenu par habitant a diminué jusqu'au milieu des années quatre-vingt-dix. C'est ce qui a conduit à parler d'«afro-pessimisme» et de «génération perdue» bien que, globalement, l'IDH ait continué à augmenter très légèrement et qu'un petit nombre de pays se soient montrés très dynamiques.
Tableau 1.2. Principaux indicateurs du développement en Afrique et dans le reste du monde (1997)
|
Afrique |
PMA |
Pays en |
Pays |
Monde |
|
IDH |
0,463 |
0,430 |
0,637 |
0,919 |
0,706 |
|
Espérance de vie (années) |
48,9 |
51,7 |
64,4 |
77,7 |
66,7 |
|
PIB réel par habitant (PPA*) |
|
|
|
|
|
|
|
Femmes |
1063 |
731 |
2088 |
17 660 |
4523 |
|
Hommes |
2004 |
1258 |
4374 |
30 050 |
8103 |
Population sans accès à l'eau potable 1990-1997 (%) |
50 |
41 |
28 |
– |
– |
|
Cas de sida pour 100 000 habitants |
111,1 |
69,1 |
28,9 |
99,1 |
39,7 |
|
Population sans accès aux infrastructures sanitaires 1990-1997 (%) |
56 |
63 |
57 |
– |
– |
|
Mortalité infantile (pour mille) |
105 |
104 |
64 |
6 |
58 |
|
Niveau d'instruction |
0,54 |
0,46 |
0,67 |
0,96 |
0,73 |
|
Apport calorique par jour et par habitant |
2226 |
2090 |
2129 |
2986 |
2336 |
|
* PPA: parité de pouvoir d'achat. |
||||||
Dans le Rapport sur le développement humain 1998 (PNUD), seuls trois pays africains sont classés parmi les pays ayant un niveau de développement humain élevé (Seychelles, Maurice, Jamahiriya arabe libyenne); 13 ont un IDH moyen et le reste un IDH faible. Dans le rapport de 1999, aucun pays africain n'a un IDH élevé, 29 ont un IDH moyen et les autres un IDH faible. Selon les données du PNUD, c'est en Afrique et notamment en Afrique subsaharienne que le niveau de développement humain est le plus bas. Les vingt pays les moins bien classés sont tous africains.
On estime que, depuis le début de l'épidémie de sida, 34 millions de personnes ont été infectées par le virus VIH en Afrique subsaharienne. On dénombre environ 11,5 millions de morts, dont un quart d'enfants (ONUSIDA, 1998). Les deux tiers des infections par le VIH ont été recensées en Afrique subsaharienne, qui regroupe pourtant moins de 10 pour cent de la population mondiale (ONUSIDA/OMS, 1998). Malgré les efforts faits pour le combattre, le sida continue à faire peser une terrible menace. C'est une tragédie humaine qui a aussi un effet sur les entreprises, l'économie, le développement.
A la fin de 1998, les maladies causées par le VIH étaient la cause la plus courante de décès dans la classe d'âge de 15 à 49 ans. L'épidémie touche donc particulièrement les gens qui sont dans la force de l'âge, c'est-à-dire ceux qui, en Afrique comme ailleurs, jouent un rôle déterminant dans l'entretien de la famille, dans la production, dans le développement économique, dans le niveau de vie.
La reprise économique récemment observée en Afrique n'a guère eu pour effet de stimuler l'emploi dans le secteur formel, même si, pour la plupart des pays, on manque en général de données pour le confirmer. Les résultats macroéconomiques de l'ajustement structurel sont généralement jugés positifs mais, pour une bonne part, les obstacles au développement demeurent et les conséquences sociales sont négatives. Les réformes entreprises dans le cadre des programmes d'ajustement structurel ont entraîné des compressions d'effectifs tant dans le service public que dans le secteur formel privé ainsi qu'une progression de l'emploi dans le secteur informel où les conditions de travail et de rémunération sont souvent précaires et où il n'existe aucune protection sociale.
Le pourcentage de la population active officiellement au chômage est souvent relativement peu élevé car les statistiques se limitent au secteur formel, lequel n'emploie guère plus de 20 pour cent de la population active. Ces taux de chômage relativement faibles masquent l'ampleur du problème de l'emploi en Afrique. Vu l'extrême pauvreté et l'absence d'allocations de chômage dans certains pays, nul ne peut se permettre de rester au chômage: il faut trouver des moyens de survivre, aussi précaires soient-ils.
La croissance démographique de l'Afrique est la plus rapide du monde (plus de 3 pour cent par an). La croissance de la population active a elle aussi été très rapide et cette tendance devrait se poursuivre au début du XXIe siècle. Selon le BIT (L'emploi dans le monde 1998-99), la population active devrait croître de 2,9 pour cent par an en Afrique entre 1999 et 2010. Les taux prévus pour d'autres parties du monde sont nettement plus faibles: 1,9 pour cent pour l'Asie du Sud-Est et 1,8 pour cent pour l'Amérique latine. Une croissance de 2,9 pour cent de la population active signifie qu'il y aura chaque année 8,7 millions de nouveaux demandeurs d'emploi.
Dans certains pays, moins du dixième de la main-d'œuvre occupe un emploi salarié dans le secteur formel, le reste travaillant dans le secteur urbain informel ou dans le secteur rural. Le chômage croît rapidement dans les grandes métropoles d'Afrique où il se situe entre 15 et 35 pour cent. Les jeunes (15 à 24 ans), souvent sans qualification, représentent de 60 à 75 pour cent des chômeurs. Le sous-emploi est aussi un grand problème, notamment en milieu rural et dans le secteur informel.
Le tableau 1.3 indique le taux de croissance de l'emploi dans un certain nombre de pays africains. On constate que, dans la plupart des pays, l'emploi a augmenté moins vite que la population active. Une bonne part des emplois nouveaux ont été créés dans le secteur informel, où la productivité et les conditions de travail sont médiocres. Le Rapport sur l'emploi en Afrique 1997/98 estime que cela est sans doute imputable à l'adoption par la plupart des pays africains de programmes d'ajustement structurel qui ont entraîné de fortes compressions d'effectifs.
Tableau 1.3. Indicateurs du marché du travail dans certains pays africains (taux annuels)
|
Taux de chômage1 |
Croissance de l'emploi1 |
Croissance de la main- |
Croissance du PIB2 |
||||
|
19893 |
19954 |
1987-955 |
1992-956 |
1987-967 |
1993-968 |
1993-969 |
1997 |
Afrique du Sud |
... |
5,1 |
... |
... |
2,2 |
2,0 |
2,7 |
1,7 |
Algérie |
17,0 |
23,8 |
1,0 |
0,7 |
4,1 |
4,2 |
2,5 |
3,2 |
Bénin |
... |
... |
-6,4 |
7,3 |
2,7 |
2,6 |
4,9 |
... |
Botswana |
... |
... |
5,6 |
1,1 |
2,8 |
2,5 |
4,5 |
... |
Burkina Faso |
... |
... |
4,1 |
3,1 |
2,1 |
2,1 |
3,8 |
... |
Burundi |
... |
... |
-2,6 |
... |
2,6 |
2,6 |
-6,7 |
... |
Egypte |
6,9 |
11,3 |
0,5 |
2,1 |
2,7 |
2,8 |
4,6 |
5,0 |
Kenya |
... |
... |
3,3 |
... |
3,0 |
2,7 |
3,2 |
1,3 |
Maroc |
... |
... |
3,6 |
2,8 |
2,6 |
2,6 |
5,1 |
... |
Maurice |
5,0 |
6,0 |
2,3 |
... |
2,1 |
3,3 |
4,9 |
... |
Swaziland |
... |
... |
2,1 |
1,5 |
3,4 |
3,8 |
2,8 |
... |
Tunisie |
16,2 |
... |
3,2 |
... |
2,9 |
3,0 |
4,5 |
5,6 |
Zimbabwe |
... |
... |
2,3 |
1,4 |
2,8 |
2,3 |
3,8 |
... |
... = non disponible. |
||||||||
L'exode rural, dû à la difficulté des conditions de vie dans les campagnes, grossit la main-d'œuvre urbaine qui, dans beaucoup de pays subsahariens, devrait augmenter en moyenne de 6 pour cent par an.
En Afrique, une grande partie de la population vit de l'agriculture. Malgré l'exode rural, le marché du travail ne s'est pas amélioré dans les campagnes. En fait, dans certains pays, la production agricole a diminué, d'où une baisse de la production vivrière par habitant. En Afrique subsaharienne, la majorité de la main-d'œuvre travaille dans l'agriculture même si les chiffres varient beaucoup d'un pays à l'autre (de 17 pour cent à Maurice jusqu'à 92 pour cent au Burkina Faso, au Burundi et au Rwanda). Sur l'ensemble du continent, le secteur agricole absorbe 68 pour cent de la population active(3).
Ces dernières années, l'emploi a diminué dans le secteur formel. Les programmes d'ajustement structurel ont entraîné des compressions d'effectifs dans le secteur public et dans le secteur privé. C'est ce qui explique l'essor du secteur informel et l'augmentation du chômage et du sous-emploi.
Entre 1980 et 1995, la productivité du travail (production par travailleur ou PIB par rapport à la population active) n'a cessé de diminuer sous l'effet de différents facteurs: croissance économique trop lente, augmentation rapide de la population active, contraction de l'investissement. La baisse de la productivité moyenne du travail, conjuguée à une inflation rapide, a entraîné une chute du revenu réel.
La trop faible croissance de l'investissement et l'augmentation rapide du nombre de demandeurs d'emploi ont provoqué une réduction du rapport capital/emploi dans certains secteurs. On notera que l'érosion des revenus est plus prononcée dans le secteur public que dans le secteur privé, la réduction de la masse salariale dans le secteur public étant l'un des principaux objectifs des programmes d'ajustement structurel. Malgré le redressement économique qui se consolide dans la région, les effets positifs sur l'emploi, les salaires et les revenus ne sont pas suffisamment perceptibles.
Le taux d'activité des femmes a diminué à cause des effets négatifs des programmes d'ajustement structurel, de la longue crise économique et des compressions d'effectifs dans le secteur public. Les femmes se heurtent en outre à différents obstacles: ségrégation professionnelle, discrimination dans le domaine de l'éducation, effets de divers facteurs culturels. Elles sont particulièrement nombreuses dans l'agriculture et dans le secteur informel où les conditions de travail sont mauvaises, le coefficient de main-d'œuvre élevé, le niveau de technicité et de qualification faible et les rémunérations médiocres.
En Afrique, les femmes sont majoritaires dans le secteur informel urbain et dans la petite agriculture, deux secteurs qui ont les niveaux de productivité les plus faibles. Dans le Rapport sur l'emploi en Afrique 1998-99, le BIT passe en revue un certain nombre d'études sur les taux d'activité des femmes. Dans le Rapport sur le développement dans le monde 1996, la Banque mondiale relève que les femmes, en 1994, formaient 44 pour cent de la main-d'œuvre en Afrique subsaharienne et 28 pour cent en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.
Les taux de chômage sont particulièrement élevés parmi les jeunes sans qualification. Depuis quelque temps, dans certains pays, le chômage augmente aussi parmi les jeunes diplômés.
Le chômage des jeunes tient à la contraction de l'emploi dans le secteur formel. Il tient aussi au fait que, dans beaucoup de pays africains, le taux de croissance démographique est élevé et la population relativement jeune. Dans certains pays, plus de la moitié de la population se compose d'enfants d'âge scolaire. Dans la plupart des pays, le passage de l'école à un emploi indépendant dans le secteur informel urbain, pourtant en expansion, n'est pas chose facile.
L'instruction des jeunes et la lutte contre l'analphabétisme des adultes reste un défi dans beaucoup de pays. En Afrique subsaharienne, le taux d'alphabétisation des adultes était de 57 pour cent en 1995 et le taux de scolarisation des enfants de 75 cent dans le primaire et de 25 pour cent dans le secondaire. Les travailleurs et les jeunes qui se préparent à occuper un emploi ne possèdent donc pas toujours les bases indispensables pour acquérir les qualifications nécessaires à l'efficacité des entreprises, quel que soit le secteur considéré. Dans un certain nombre de pays, l'Etat n'a plus suffisamment d'argent pour financer un enseignement primaire de qualité.
L'évolution de l'emploi en Afrique au cours des années à venir dépendra d'un certain nombre de paramètres: croissance économique; politiques macroéconomiques et sectorielles; ratio capital/travail dans l'économie dans son ensemble et dans les différents secteurs; flexibilité et mobilité de la main-d'œuvre; capacité de l'économie d'innover et d'adapter la technologie importée; élasticité de l'emploi par rapport à la production. Les pays africains devront ajuster le rythme des réformes économiques à leurs spécificités.
1. Banque africaine de développement: Rapport sur le développement en Afrique 1999 (Washington, Oxford University Press, 1998)
2. Banque africaine de développement: Rapport sur le développement en Afrique 1999, op. cit.
3. BIT: Rapport sur l'emploi en Afrique 1998-99 (Addis-Abeba, 1999).
Les défis auxquels l'Afrique est confrontée sont multiples: redressement des économies, mise en valeur du capital humain par l'éducation, la formation et la santé; sécurité alimentaire; forte croissance démographique et urbanisation accélérée; dégradation de l'environnement; niveau élevé de pauvreté; poids de la dette; faible productivité; taille réduite des marchés; pandémie du VIH/SIDA, etc. La région continue à souffrir des conflits ethniques et des guerres civiles, exacerbés par les crises économiques. Deux décennies d'ajustement structurel n'ont pas permis de rompre un cercle vicieux devenu familier: la pauvreté et les inégalités engendrent des conflits sociaux et de la violence, lesquels conduisent à l'instabilité et à l'incertitude politiques, lesquelles entraînent à leur tour une baisse des investissements et de la croissance, aggravant ainsi la pauvreté. La situation économique générale de la région reste fragile et la part de l'investissement privé dans le PIB est toujours inférieure à son niveau des années soixante-dix. La situation sociale demeure critique, plus de la moitié de la population vivant dans la pauvreté absolue. Cependant, comme on l'a indiqué plus haut, plusieurs pays ont accompli au cours des dernières années des progrès indéniables vers la participation sociale, la responsabilité de l'Etat et la viabilité de la politique économique.
La plupart des défis précités ont fait l'objet de sommets mondiaux qui vont au-delà des seules préoccupations de l'Afrique, encore que celle-ci y ait joué un rôle tout aussi important que l'OIT dans le cadre de son mandat: Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement (Rio de Janeiro), Conférence internationale sur la population et le développement (Le Caire), quatrième Conférence mondiale sur les femmes (Beijing), Sommet mondial pour le développement social (Copenhague), Conférence sur les établissements humains (Istanbul), Conférence sur le travail des enfants (Oslo). Les principaux défis qui se posent dans les domaines de compétence de l'OIT sont les suivants: la gouvernance, la démocratisation et le cas des pays qui souffrent ou émergent d'un conflit; la pauvreté et l'emploi; les conditions de travail; les droits de l'homme et les normes internationales du travail.
La pauvreté constitue un véritable défi pour l'Afrique. En moyenne, plus de 50 pour cent des habitants de l'Afrique subsaharienne vivent au-dessous du seuil de pauvreté, soit le plus fort pourcentage mondial. La moitié de la population du continent vit avec moins d'un dollar des Etats-Unis par jour. Si la tendance actuelle se poursuit, près de 400 millions d'Africains vivront au-dessous du seuil de pauvreté à l'orée du troisième millénaire. Les indicateurs macroéconomiques, favorables ces dernières années, n'entraînent pas de réduction significative de la pauvreté, et le sort de la majorité de la population reste déplorable. Trente-trois des quarante-sept pays du monde appartenant à la catégorie des pays les moins avancés (PMA) sont africains. L'analyse de la pauvreté dans ces pays fait apparaître les points suivants:
Dans les pays côtiers de la périphérie du Sahel, la pauvreté frappe surtout les régions septentrionales. Toutefois, elle est loin d'être absente des autres régions rurales, même si elle s'y manifeste avec un peu moins d'acuité. Des poches de pauvreté existent jusque dans les régions richement dotées sur le plan agricole, comme dans certaines zones littorales et forestières des pays côtiers. L'existence de ces poches s'explique souvent moins par l'absence de ressources naturelles exploitables que par certains facteurs limitatifs: zones enclavées, absence de crédits pour le financement d'activités nouvelles, manque d'organisation des marchés locaux, etc.
Les zones périurbaines constituent des sujets croissants de préoccupation: montée du sous-emploi – notamment des jeunes –, forte concurrence, diminution du gisement d'emplois constitué par le secteur informel, forte immigration. Même si, globalement, les villes apparaissent moins pauvres que les campagnes, la croissance de la population des couches sociales pauvres et très pauvres des zones périurbaines est considérable. Il est à peine besoin de dire que la pauvreté des campagnes nourrit l'exode rural: malgré la diminution de la création d'emplois, la ville continue à attirer de très nombreux ruraux.
Même si les résultats macroéconomiques de l'ajustement structurel sont généralement jugés positifs, les obstacles au développement restent considérables, ce qui n'est pas sans conséquences sociales. Les réformes entreprises dans le cadre des programmes d'ajustement structurel ont entraîné une réduction de la population active, à la fois dans la fonction publique et dans le secteur privé moderne, à laquelle a correspondu une augmentation de l'emploi du secteur informel, emploi souvent précaire du point de vue des conditions de travail, des rémunérations et de la protection sociale.
Il faudrait donc accorder une attention particulière aux problèmes soulevés par l'économie informelle, qui emploie quelque 60 pour cent de la main-d'œuvre urbaine de la région. Tout en fournissant un emploi vital, cette économie suscite de graves préoccupations chez les mandants de l'OIT. Les syndicats craignent que les pratiques qui y règnent menacent la législation du travail et entraînent une diminution de l'emploi du secteur moderne; les employeurs redoutent la concurrence «déloyale» qu'elle présente; les gouvernements souhaitent conserver les avantages qu'offre sa progression tout en assurant une protection convenable – conditions de travail décentes, sécurité et santé professionnelles, sécurité sociale – aux personnes qu'ils emploient.
Les mandants africains de l'OIT soulignent la nécessité d'accroître l'emploi et les rémunérations, ce qui exige une approche multiple: promotion de la formation professionnelle, développement des petites entreprises, accroissement de la productivité, renforcement de la sécurité économique et sociale, lutte contre le travail des enfants et solution des crises sociales et politiques.
Par ailleurs, les mandants considèrent que l'insuffisance des résultats économiques tient à l'absence d'orientations générales. Nombreux sont ceux qui suivent les recommandations des institutions de Bretton Woods, parfois à contrecœur, et qui mettent en place de larges réformes portant sur la libéralisation, la déréglementation, la privatisation et la réduction du rôle de l'Etat. Cependant, tout en acceptant la nécessité des réformes, de nombreux mandants souhaitent maintenant obtenir des conseils sur l'adoption de programmes qui, d'une part, soient à la fois tournés vers le marché et vers les préoccupations sociales et, de l'autre, permettent de satisfaire les besoins propres des économies africaines. Il faut améliorer les systèmes d'information sur le travail et les moyens de gestion dont disposent les mandants de la région dans tous les domaines prioritaires de l'OIT en Afrique. Cette nécessité s'impose à la fois aux administrations et aux partenaires sociaux, puisque la planification et la mise en œuvre des programmes et des politiques reposent sur une analyse rigoureuse de l'information.
Les crises économiques, les bouleversements sociaux et les conflits armés qui perdurent en Afrique tiennent largement aux carences des institutions. Diverses études soulignent que les compétences institutionnelles sont le chaînon manquant du développement africain, et cette faiblesse a des conséquences pour la paix et la stabilité, la gestion macroéconomique et le développement social et culturel. L'amélioration de l'environnement institutionnel doit mettre l'accent sur les éléments fondamentaux que sont l'état de droit, l'intérêt collectif, la gestion saine des affaires publiques, la transparence et la lutte contre la corruption. Malgré le pluralisme (multipartisme, médias), la démocratisation fait apparaître la faiblesse des institutions qui pourraient contrebalancer le pouvoir exécutif et renforcer le sens de la responsabilité (pouvoir législatif, pouvoir judiciaire, partenaires sociaux, médias); nombre de lois n'ont pas pris racine dans la conscience populaire.
La faiblesse ou l'absence de contrepoids perpétue l'Etat patrimonial, qui récompense davantage la loyauté politique et personnelle que le mérite. Un des aspects importants des réformes consiste donc à lever les contraintes qui pèsent sur un environnement institutionnel très défavorable. Aussi, dans le cadre des programmes relatifs au dialogue social mis en place dans la région, la démarche consiste-t-elle avant tout à faire un «état des lieux» validé par un séminaire tripartite de haut niveau ainsi qu'à échanger des expériences entre sous-régions afin d'esquisser des plans d'action. On note ainsi dans la Déclaration de Bata (Afrique centrale, 1998) que les gouvernements, représentés par les ministres du Travail, et les partenaires sociaux réaffirment «l'importance de la promotion du dialogue social, gage de paix sociale, de gestion démocratique et responsable de l'économie, de l'harmonie et de la sérénité du climat social ... [et se préoccupent] de réaliser une mise en phase totale des droits positifs nationaux avec les dispositions pertinentes des principales conventions de l'OIT auxquelles chacun des Etats est partie prenante ...».
L'absence de consensus entre les différentes couches de la société sur les réponses à donner aux défis majeurs des pays et du continent doit être surmontée, et il faut consolider les organisations de la société civile et renforcer les syndicats et les organisations de travailleurs et d'employeurs afin de promouvoir un dialogue social constructif, en reconnaissant que la participation tripartite et le développement des institutions démocratiques constituent la condition sine qua non de l'efficacité, de la transparence et de la responsabilité, qui sous-tendent la bonne gouvernance. Seul le renforcement de ces structures institutionnelles permettra à l'Afrique de réaliser un développement effectif et de juguler les nombreux conflits et défis auxquels elle est confrontée à l'heure actuelle.
Une reprise et une croissance de l'emploi durables en Afrique exigent également une amélioration de la stabilité politique, de la gouvernance et de la démocratie. Les mandants africains de l'OIT ont demandé à l'Organisation de contribuer à cette amélioration en les aidant à résoudre les problèmes du travail et autres conflits sociaux. Cette assistance devrait porter sur des domaines comme l'administration du travail, les relations professionnelles, les consultations tripartites, le règlement des différends, la législation du travail et les normes du travail.
L'inégalité entre les sexes est un trait commun de nombreuses institutions du travail de la région. Dans certains pays, cette inégalité est déjà sensible au niveau de l'école primaire, où la déperdition d'effectifs est plus forte chez les filles que chez les garçons. De leur côté, les systèmes de sécurité sociale considèrent fréquemment que c'est l'homme qui fait vivre la famille. La segmentation du marché du travail selon des critères liés au sexe entraîne des différences structurelles entre hommes et femmes qui sont difficiles à régler dans le cadre des institutions classiques.
Les discriminations fondées sur des critères multiples – âge, sexe, origine ethnique, appartenance nationale ou religieuse, convictions politiques, handicaps physiques ou infection par le VIH – interdisent toujours à certaines catégories de la population d'obtenir un accès égal à la formation, à l'emploi, aux facteurs de production et au crédit. Par ailleurs, certaines formes de travail forcé perdurent. Ces problèmes sont portés à leur paroxysme dans les pays touchés par un conflit armé. L'intégration dans la législation nationale des normes internationales du travail relatives aux droits fondamentaux des travailleurs, et plus encore leur application, soulève toujours des problèmes. Aujourd'hui encore, on constate des violations de la liberté syndicale dans certains pays de la région.
Par ailleurs, les mandants africains estiment que l'intégration régionale et sous-régionale contribuerait de manière considérable à l'amélioration de la gouvernance et de la croissance. C'est pourquoi l'OIT va envisager de regrouper diverses activités relatives à ce domaine afin de renforcer leur efficacité et leur visibilité.
Valorisation des ressources humaines et employabilité
Dans le processus actuel de mondialisation, les qualifications conditionnent de plus en plus l'employabilité des individus et, au niveau macroéconomique, la compétitivité des économies nationales. La scolarisation de base des jeunes et l'alphabétisation des adultes restent pour de nombreux pays un défi à relever. A mesure que la mondialisation progresse et que les besoins économiques et sociaux évoluent, les pays sont confrontés à différentes tâches: améliorer l'efficacité de la main-d'œuvre en adaptant mieux les politiques et programmes de formation aux besoins de la population; rendre la formation plus efficace afin d'améliorer l'employabilité et la productivité du travail; améliorer le rapport coût-qualité de cette formation; garantir l'égalité de l'accès à la formation et au perfectionnement.
En Afrique subsaharienne, le taux d'alphabétisation des adultes se situait à 57 pour cent en 1995, tandis que le taux de scolarisation des enfants atteignait 75 pour cent pour le primaire et 25 pour cent pour le secondaire. Ainsi, dans tous les secteurs, la population active et préactive ne dispose pas toujours des bases indispensables à l'acquisition des qualifications nécessaires aux entreprises.
Par ailleurs, l'évolution des systèmes de formation professionnelle observée en Afrique ces dernières années témoigne à l'évidence de dysfonctionnements ou de désajustements majeurs:
En Afrique, les conditions de travail, la protection sociale et la santé et la sécurité des travailleurs laissent beaucoup à désirer, particulièrement dans les campagnes et dans le secteur informel. Le sous-emploi, la précarité des revenus et l'exploitation de la main-d'œuvre enfantine sont monnaie courante. L'usage des pesticides et produits chimiques, l'introduction de nouvelles technologies ainsi que la pollution et la dégradation de l'environnement exposent les travailleurs à des risques d'autant plus graves qu'ils sont souvent ignorés. Dans le secteur moderne des entreprises, les longues années de crise ont freiné l'amélioration des conditions de travail, la course au redressement économique à tout prix incitant à la violation des normes minimales. L'intensification de la mondialisation et de la concurrence, combinée au développement des zones franches industrielles, fait craindre la dégradation des conditions de travail. Il faut mentionner en outre l'alcoolisme et la toxicomanie sur les lieux de travail.
Dans certains pays, le système de protection sociale couvre moins de 10 pour cent de la population active pour un nombre limité de risques. L'immense majorité des travailleurs du secteur rural et du secteur informel urbain ne bénéficie d'aucune protection. Malgré les progrès enregistrés ces dernières années, la plupart des pays africains ne disposent toujours pas de programmes novateurs et bien ciblés dans les domaines de la santé et de la sécurité au travail et n'ont toujours pas procédé à la réforme et à l'extension nécessaires de leurs systèmes de protection sociale. Soutenues par les programmes de l'OIT comme ACOPAM et STEP, les expériences locales de mutuelles de santé et de solidarité offertes à certaines catégories de personnes non couvertes par le système public restent de portée limitée.
Droits de l'homme et normes internationales
du travail
Les Etats Membres africains ont depuis très longtemps reconnu l'importance des conventions, ratifiées ou non, qui ont toujours inspiré le développement des législations et pratiques nationales. L'OIT n'a cessé d'affirmer qu'il ne suffit pas de ratifier les conventions, lesquelles doivent servir à l'amélioration de la vie des populations des différents pays. Cependant, de nombreuses faiblesses structurelles réduisent l'efficacité des organes chargés de ratifier et d'appliquer les normes internationales du travail. Selon la Commission d'experts pour l'application des conventions et recommandations de l'OIT, un tiers des pays de la région n'envoient pas de rapports sur l'application des conventions ratifiées ou ne communiquent pas les informations demandées en réponse aux observations de la commission. En 1999, par ailleurs, cinq seulement des 53 pays du continent avaient ratifié les sept conventions fondamentales, tandis que 18 en avaient ratifié six, 13 en avaient ratifié cinq, cinq en avaient ratifié quatre, sept en avaient ratifié trois, trois en avaient ratifié deux et deux n'en avaient ratifié aucune.
La transition vers le pluralisme n'est pas aisée pour les organisations de travailleurs, qui se heurtent souvent à des violations de la liberté syndicale. La promotion des normes fondamentales de l'OIT doit être assurée à la fois au niveau des partenaires sociaux et à celui des institutions régionales et sous-régionales et des partenaires pour le développement.
Par ailleurs, il faut aider les femmes à tirer parti des améliorations législatives introduites par suite de la transition vers le pluralisme et de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes, de façon à leur permettre de mieux accéder à l'emploi et de bénéficier de meilleures conditions de travail. Les femmes des campagnes, par exemple, devraient pouvoir participer davantage aux activités des institutions tripartites de tous niveaux.
La région africaine se heurte à divers problèmes d'ordre technique ou structurel. Parmi les premiers, il faut citer la faiblesse des moyens institutionnels et matériels dont disposent les ministères chargés de surveiller le processus de ratification et d'établissement des rapports, le coût financier de la mise en œuvre des instruments, l'insuffisance des communications internes entre les structures gouvernementales et l'insuffisance des moyens dont disposent les partenaires sociaux et les organes tripartites qui s'occupent des questions relatives au travail. Les problèmes structurels touchent aux contradictions existant entre les prescriptions des conventions et celles de la législation nationale, le problème étant parfois aggravé par la complexité des premières et l'inexistence de la seconde.
Les ministères du Travail des pays d'Afrique sont généralement peu ou mal dotés en personnel et ne disposent pas des ressources suffisantes pour accomplir leur mission. Leur influence sur les grandes orientations des réformes économiques et sociales est limitée et la confiance des organisations d'employeurs et de travailleurs est souvent mise à l'épreuve. Cette situation explique les blocages, les lenteurs, les réserves et les plaintes relatives aux révisions des législations (codes du travail, codes de la sécurité sociale) ainsi qu'à la ratification et à l'application des normes. Les difficultés portent également sur le fonctionnement de l'inspection du travail et des services publics de l'emploi.
S'agissant du travail des enfants, 40 pour cent des enfants de 5 à 14 ans sont contraints de travailler. Trente-deux pour cent des enfants du monde qui travaillent sont africains. Leur exploitation, particulièrement dans l'agriculture, le secteur informel, les services domestiques et même les forces armées, constitue un grave problème dans nombre d'Etats africains. La protection même dont ils jouissent dans le cadre de certaines formes d'apprentissage est habituellement insuffisante. En tout, quelque 16 millions d'enfants africains travaillent, souvent dans des conditions dangereuses et selon des formes d'exploitation extrêmes comme l'esclavage, la vente et la traite (notamment des jeunes filles employées comme domestiques), la servitude pour dettes, le servage et la prostitution.
En 1998, 57 pays seulement, dont 11 en Afrique, avaient ratifié la convention no 138 sur l'âge minimum. La dégradation du tissu social et des valeurs traditionnelles, les difficultés économiques, la paupérisation de larges franges de la société – tant urbaine que rurale – et les insuffisances des systèmes d'éducation et de formation sont autant de causes qui expliquent ce phénomène.
3. La réponse de l'OIT aux défis
africains
Pour répondre aux défis décrits dans le chapitre précédent et aux priorités de la région, telles que définies par ses mandants,
l'OIT s'appuie sur sa base de connaissances et sur ses services consultatifs et autres, principalement dans le cadre de la
coopération technique. Les priorités (encadré 3.1) sont fixées en consultation avec les partenaires tripartites de l'OIT,
compte tenu des recommandations formulées par les sommets mondiaux sur le développement.
Encadré 3.1. Priorités du programme de l'OIT en Afrique |
|
Compte tenu des défis exposés au chapitre 2, les priorités du programme de l'OIT en Afrique sont déterminées selon un cadre général décrit dans le présent rapport. Les priorités pendant la période considérée ont été les suivantes: 1. Lutte contre la pauvreté par la promotion de l'emploi
2. Protection des travailleurs
|
3. Promotion des droits de l'homme, du dialogue social et des normes internationales du travail
4. Renforcement des systèmes d'information, de planification et de programmation
|
Par ses activités de coopération technique, l'OIT aide concrètement ses mandants à promouvoir la justice sociale. La politique de partenariat actif vise à renforcer la synergie entre tous les moyens d'action de l'OIT et à garantir que les programmes de coopération technique s'appuient sur un véritable partenariat avec les mandants et qu'ils répondent avec rapidité et efficacité à leurs besoins, tout en étant centrés sur le mandat et sur les valeurs de l'Organisation.
La stratégie de coopération technique de l'OIT, y compris sa stratégie de mobilisation des ressources, a été adoptée par le Conseil d'administration à sa session de novembre 1997. Cette stratégie, qui est mise à jour selon l'évolution de la situation, énonce les différentes mesures par lesquelles le Bureau s'efforce de promouvoir la pertinence, la cohérence, la qualité et l'exécution de son programme de coopération technique. Les principales activités exécutées dans le cadre du programme de l'OIT pour l'Afrique sont décrites ci-après.
Mise en œuvre du programme de l'OIT en Afrique
Lutte contre la pauvreté par la promotion de l'emploi
La lutte contre la pauvreté par la promotion de l'emploi demeure la priorité essentielle de la région, ainsi qu'il ressort du programme et budget actuel et des précédents. La création d'emplois et l'atténuation de la pauvreté restent la préoccupation majeure de tous les pays de la région car, malgré la croissance économique encourageante qui s'est récemment amorcée dans un nombre croissant de pays, le chômage et la pauvreté n'ont guère régressé. C'est dire que l'action entreprise au cours des dernières périodes biennales ne peut constituer qu'une contribution à la solution des problèmes identifiés. Cette action a surtout visé le renforcement des compétences nationales par la mise en œuvre de moyens divers: appui institutionnel, services consultatifs (études, recommandations), formation, projets de coopération technique.
Intégration des questions relatives à l'emploi
dans les politiques et programmes économiques
Des mesures ont été prises pour que les réformes économiques engagées visent une croissance soutenue et favorable à l'emploi, quantitativement et qualitativement. Les réformes concernent aussi bien le secteur moderne que le secteur informel et le secteur rural. Lorsque des emplois sont créés, il faut garantir une rémunération convenable, de même qu'une protection sociale appropriée.
Pendant la période considérée, les activités suivantes ont été entreprises:
Encadré 3.2. Message principal de la sixième Réunion biennale |
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Les réformes économiques et sociales (notamment les programmes d'ajustement structurel) devraient reposer sur un consensus social; les engagements internationaux devraient être administrés par des structures tripartites; l'emploi devrait être un élément clé de la politique économique et sociale, y compris aux niveaux sous-régional, régional et international. Le poids de l'ajustement devrait être plus également réparti entre les différents segments de la société, pour permettre l'édification d'un consensus national. L'allégement de la dette n'est pas uniquement une question morale: c'est un problème économique, vu que la dette fait obstacle à la croissance. Les Etats devraient protéger jusqu'à un certain point leurs industries d'exportation dynamiques en gestation; il faudrait faire preuve de circonspection en matière de libéralisation des échanges et de restructurations internes, et des systèmes appropriés de protection sociale sont un préalable à toute ouverture aux marchés extérieurs. |
L'intégration économique sous-régionale et régionale peut promouvoir l'investissement et la création d'emplois et pourrait être facilitée par l'application effective d'un cadre légal et réglementaire pour la libre circulation des personnes et des marchandises, par l'harmonisation des législations commerciales, le renforcement des capacités de négociation et la participation à des débats économiques internationaux tels que le Cycle d'Uruguay et les réunions de la CNUCED. Les normes fondamentales du travail devraient être ratifiées et mises en application. La promotion de l'emploi des femmes renforce la démocratie, l'équité et le respect des droits humains et garantit une croissance soutenue et le bien-être de la population dans son ensemble. Il faudrait renforcer les politiques tripartites de mise en valeur des ressources humaines. |
Encadré 3.3. Des emplois pour l'Afrique |
|
Le programme Des emplois pour l'Afrique a été lancé par l'OIT en tant qu'élément du suivi du Sommet mondial pour le développement social (Copenhague, 1995). Il a pour principal objectif d'offrir un nouveau cadre pour une croissance à forte intensité d'emplois, avec notamment un programme d'action pour la création d'emplois mettant l'accent sur l'atténuation de la pauvreté en Afrique subsaharienne. Pour donner une suite concrète au programme, un projet régional triennal, financé conjointement par l'OIT et le PNUD et intitulé Des emplois pour l'Afrique: Stratégies d'emploi axées sur l'atténuation de la pauvreté en Afrique subsaharienne, est actuellement mis en œuvre par le BIT. Ce projet vise à réorienter fondamentalement les politiques macroéconomiques au profit d'une croissance davantage tirée par les investissements et centrée sur l'atténuation de la pauvreté par la création et la promotion d'emplois de qualité pour les couches vulnérables de la population. Dans l'immédiat, l'objectif du projet régional est de développer et de renforcer la capacité des institutions et réseaux nationaux et régionaux dans les dix pays participants d'Afrique subsaharienne ainsi que d'évaluer, de concevoir et de recommander des mesures alternatives propres à promouvoir l‘emploi et à atténuer la pauvreté. A longue échéance, le but est de mettre en application des politiques macroéconomiques entraînées par les investissements et explicitement centrées sur les segments les plus démunis de la population. Les dix pays suivants sont engagés dans la phase initiale du projet: Burkina Faso, Cameroun, Côte d'Ivoire, Ethiopie, Mali, Nigéria, Ouganda, Sénégal, Zambie et Zimbabwe. |
La mise en œuvre du projet est en cours. Pour faciliter l'exécution, la coordination et le contrôle des activités dans les pays participants, on met actuellement en place pour les réseaux nationaux des secrétariats gérés par des coordonnateurs ainsi que des groupes de soutien ayant pour mission de susciter un dialogue destiné à promouvoir dans chacun des pays participants des stratégies et des politiques de croissance favorables à l'emploi et à la lutte contre la pauvreté. Dans les pays où les activités du projet ont déjà été mises en route, on commence à désigner les experts/consultants nationaux qui seront chargés d'entreprendre une étude de l'impact des investissements sur la création d'emplois pour lutter contre la pauvreté. Cette étude s'attachera à apprécier les effets sur l'emploi des investissements publics et privés effectués actuellement et par le passé et à proposer des nouvelles directions en vue d'augmenter l'investissement et d'en améliorer l'affectation. L'utilité et l'originalité de l'approche adoptée dans ce projet pour relever le double défi du chômage et de la pauvreté ont incité à l'étendre à d'autres pays non seulement d'Afrique subsaharienne mais aussi d'Afrique du Nord. Le programme Des emplois pour l'Afrique a ainsi été élargi aux pays suivants: Afrique du Sud, Algérie, Egypte, Kenya, Namibie, République-Unie de Tanzanie. |
Les activités de l'OIT ont rendu les pays, les donateurs et les autres partenaires du développement plus conscients de la nécessité d'intégrer les questions relatives à l'emploi et à la main-d'œuvre dans la gestion de l'économie et de promouvoir et soutenir les investissements orientés vers l'emploi. Un nombre grandissant d'Etats Membres ont demandé au BIT de les aider à élaborer des politiques nationales de l'emploi et à renforcer leur capacité de mettre en application des plans et programmes de création d'emplois.
Les partenaires du développement font preuve de plus de cohérence dans leur démarche: ils reconnaissent la nécessité de tenir compte des effets sur l'emploi des choix d'investissement en accordant la priorité à des méthodes à forte intensité d'emploi. La démarche mieux harmonisée adoptée en la matière ainsi que pour d'autres questions est en partie le résultat des études et de l'expérience du BIT ainsi que des conclusions de deux réunions tripartites sur les conséquences socio-économiques de la dévaluation du franc CFA, organisées à Dakar en 1994 et à Yaoundé en 1997. Ces réunions tripartites ont aussi étudié la situation de l'emploi dans la sous-région et ont recommandé un certain nombre de stratégies propres à favoriser la création d'emplois, le développement des entreprises, la protection sociale et le dialogue social.
En ce qui concerne le respect des droits fondamentaux et les programmes de réforme, plusieurs initiatives ont abouti à une meilleure compréhension entre l'OIT et les institutions financières internationales. A la suite des consultations entre l'OIT et la Banque mondiale sur la réforme des codes du travail en Afrique (Washington, octobre 1995), un séminaire OIT/Banque mondiale sur le rôle des partenaires sociaux dans la révision des codes du travail a été organisé à Abidjan en juin 1997. Après cette réunion, on peut s'attendre à ce que les droits liés au travail soient davantage pris en considération dans le processus de réforme de la législation du travail en tant que prolongement des programmes de restructuration cautionnés par les institutions de Bretton Woods.
Les programmes à forte intensité de main-d'œuvre ont toujours fait partie de la stratégie préconisée par l'OIT pour
promouvoir la création d'emplois, le développement du secteur privé et la lutte contre la pauvreté en Afrique. Ces
programmes favorisent la protection des travailleurs et la démocratisation en utilisant des systèmes transparents de passation
des contrats, en encourageant la participation de la population et en assurant la promotion des normes de l'OIT et
l'amélioration des conditions de travail. Bien que l'OIT ait prouvé qu'elle possède un avantage comparatif dans le domaine
des programmes à forte intensité de main-d'œuvre, les techniques à fort coefficient de travail demeurent assez mal connues
dans la région. Le programme ASIST (Appui consultatif, services d'information et formation), basé à Harare et Nairobi,
appuie d'importants programmes d'infrastructure à forte intensité de main-d'œuvre en Afrique orientale et australe. Des
travaux à forte intensité de main-d'œuvre et d'un bon rapport coût/efficacité ont été réalisés au Bostwana, en Ethiopie, à
Madagascar, au Mozambique, en Ouganda, en République-Unie de Tanzanie et en Zambie (encadré 3.4).
Encadré 3.4. ASIST |
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ASIST est un sous-programme du Programme à forte intensité d'emploi dont l'objectif est de promouvoir l'utilisation des techniques à forte intensité de main-d'œuvre et d'un bon rapport coût/efficacité, tout en assurant de bonnes conditions de travail, et cela dans les activités de développement des infrastructures de l'ensemble des pays d'Afrique subsaharienne. Il favorise ainsi la création d'emplois et la formation de revenus dans les zones rurale et urbaine. |
ASIST a été établi en 1990 et compte désormais trois composantes: travaux d'infrastructure rurale; travaux d'infrastructure urbaine; accès à l'emploi rural. Il est actif dans plus de 15 pays d'Afrique orientale et australe où il fournit un appui consultatif ainsi que des services d'information et de formation. |
Dans le domaine des coopératives, le programme ACOPAM (Appui associatif et coopératif aux initiatives de développement à la base) reste un instrument décisif car il permet d'aider les gouvernements et les organisations associées d'Afrique occidentale à créer des formes coopératives et associatives d'organisations à l'appui du développement à la base. Le programme devrait arriver à son terme en 1999, et l'OIT a pris des mesures concrètes pour tirer profit de l'expérience acquise en l'intégrant dans un programme régional plus large (PACDEL). L'ACOPAM a mobilisé d'importants fonds de la Banque mondiale, de l'Union européenne, du PNUD et de l'USAID. Le programme interrégional d'un réseau de développement des ressources humaines dans le domaine coopératif et associatif (COOPNET) a continué d'apporter son appui à des coopératives et des associations, en particulier au moyen d'activités de formation. Un bulletin d'information sur des questions d'actualité concernant les coopératives a été publié à l'intention des coordonnateurs régionaux du programme en Afrique et à l'étranger.
Promotion de l'emploi et de l'entreprise
En Afrique, la promotion de l'emploi passe pour l'essentiel par la promotion des petites entreprises (y compris les micro-entreprises) et des coopératives et par la consolidation de leur organisation. En conséquence, il convient d'aider les chefs de ces entreprises et leur personnel à relever les défis de la mondialisation et de la concurrence par l'amélioration de la productivité, de la gestion et de l'accès au financement, à la technologie, aux compétences requises et à l'infrastructure. Il faut aussi resserrer les liens entre secteur formel et secteur informel et s'attacher à renforcer les capacités de production et d'emploi indépendant des groupes défavorisés dans les secteurs agricole et informel.
Une aide a été fournie dans le domaine du microcrédit. Le microcrédit joue un rôle fondamental, car il permet de protéger les groupes démunis contre les fluctuations de revenus et de les aider à investir dans des activités génératrices de revenus et dans des micro-entreprises. Il constitue donc une composante indispensable des stratégies de démarginalisation, de lutte contre la pauvreté et de création d'emplois, comme en témoigne la conception du programme Des emplois pour l'Afrique.
Il convient également de suivre de près l'évolution du marché du travail afin de connaître les nouvelles qualifications requises et d'évaluer les besoins en matière de formation professionnelle et de recyclage, l'accent devant être mis sur les compétences des travailleurs au regard des nouveaux besoins des entreprises et sur leur employabilité permanente.
Des efforts importants ont été faits dans les domaines suivants:
Dans le cadre du programme ISEP, ENT/MAN met à la disposition des petites entreprises toute la richesse et la diversité de
l'expérience de l'OIT dans ce domaine: cadres conceptuels et documents de politique générale sur le développement de la
petite entreprise; documentation et diffusion de l'expérience acquise et des méthodes utilisées; mesures assurant que les
emplois créés ont la qualité voulue; conception, supervision et évaluation de projets tendant à renforcer les capacités locales
de prestations de services. ENT/MAN fournit un appui technique à diverses activités: programmes régionaux et projets de
recherche portant notamment sur la productivité et l'assurance maladie mutuelle dans le secteur informel (Ouganda,
République-Unie de Tanzanie); programmes visant à renforcer le secteur privé (Bénin, Comores, Madagascar, Mauritanie,
Niger); appui au secteur informel (Burkina Faso, Mali); promotion des entreprises agro-alimentaires dirigées par des femmes
(Bénin); programmes Créez votre affaire et Gérez mieux votre affaire (Afrique australe, orientale et occidentale);
amélioration de la productivité au moyen du programme des entreprises en Afrique (Afrique occidentale et australe);
promotion des petites et micro-entreprises dans le cadre du programme pour le Maghreb (Maroc et Tunisie).
Encadré 3.5. Créez votre affaire et Gérez mieux votre affaire |
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Ces programmes font partie du Programme international pour les petites entreprises (ISEP). L'ISEP a été conçu par l'OIT pour aider les Etats Membres à mettre en application la recommandation (no 189) sur la création d'emplois dans les petites et moyennes entreprises, 1998. Cette recommandation fournit un ensemble détaillé et cohérent de directives spécifiquement axées sur la promotion de l'emploi dans les PME. L'objectif de l'ISEP est de libérer le potentiel de création d'emplois des petites entreprises en éliminant les nombreuses contraintes qui empêchent ces entreprises de réaliser leur potentiel de façon systématique et intégrée. Les objectifs des programmes Créez votre affaire et Gérez mieux votre affaire sont doubles: améliorer l'efficacité de la formation à la gestion et développer l'esprit d'entreprise, la capacité de créer une affaire et les connaissances administratives des propriétaires et des gérants de petites entreprises. Ces programmes aident les chefs d'entreprise ayant une idée concrète à transformer cette idée en un plan d'exploitation viable et à acquérir les connaissances et les compétences nécessaires pour tirer parti de perspectives commerciales. |
Ils les aident aussi à faire face à l'une des difficultés majeures auxquelles ils se heurtent lors du démarrage de l'entreprise – à savoir l'accès au crédit. Ils facilitent en effet le rapprochement entre les prestataires de formation et les institutions financières afin de permettre aux chefs d'entreprise ayant reçu une formation d'accéder plus facilement au crédit. Ces programmes confèrent aux propriétaires et gérants des petites entreprises les connaissances et les compétences voulues pour renforcer leur compétitivité et leur productivité. Aujourd'hui, ils cherchent avant tout à identifier et aider les propriétaires et gérants de petites entreprises viables, compétitives et productives, car ce sont elles qui, à long terme, offrent des emplois durables et de qualité. Les emplois ainsi créés fourniront des conditions de travail acceptables, tout au moins un minimum vital et une protection sociale appropriée. Ces programmes sont aujourd'hui centrés sur les aspects à la fois qualitatifs et quantitatifs de la création d'emplois. Ils cherchent à resserrer leurs liens avec d'autres programmes de formation qui ont déjà progressé dans cette voie tels que le Programme sur les améliorations du travail dans les petites entreprises (ATPE). |
Il importe d'insister davantage sur les acquis de certains programmes régionaux de lutte contre la pauvreté et de développement de l'emploi local. Ainsi, après plusieurs années d'activités de coopération technique en Afrique occidentale et centrale, visant à promouvoir le développement à la base à travers, notamment, des programmes sous-régionaux (PA-SMEC et ACOPAM) et nationaux (ACODEP au Mali, CUROR au Cameroun, projet COOP/Zinder au Niger, programme de renforcement des capacités des acteurs et opérateurs de développement local et régional en matière de techniques à haute intensité de main-d'œuvre à Madagascar, SOGVERS au Togo, programme de réduction de la pauvreté au Kenya, etc.), le BIT a développé un partenariat de qualité visant la promotion des organisations de producteurs.
L'approche mise en œuvre a été essentiellement participative: elle s'est déployée autour de plusieurs thèmes entrant dans le cadre de la lutte contre la pauvreté par la création d'emplois et le développement communautaire et local, à savoir la gestion des périmètres irrigués communautaires, les banques céréalières, la gestion des terroirs, le financement à la base, l'égalité entre hommes et femmes, le développement local, les mutuelles de santé, les réformes coopératives, la décentralisation et l'émergence des collectivités locales.
Tant par la variété et la pertinence des domaines qu'ils couvrent que par l'originalité et l'efficacité de leur approche, ces programmes suscitent de plus en plus d'intérêt de la part d'un nombre croissant d'interlocuteurs:
Les approches et stratégies utilisées par ces programmes ont souvent privilégié l'identification participative des problèmes; la définition participative des moyens devant permettre de les résoudre; la conception de méthodologies et d'outils; l'essai en situation réelle des outils et leur validation; la capitalisation et la diffusion auprès d'autres partenaires.
Des méthodes participatives novatrices ont, dans cette perspective, été élaborées et validées sur le terrain. Elles se sont enrichies avec le temps et ont intégré une vision globale avec le démarrage des activités à caractère stratégique.
Ces formes d'intervention ont permis la mise en place de véritables réseaux de partenaires. Elles ont aussi démultiplié les capacités d'intervention des programmes de coopération technique, grâce à la disponibilité de partenaires dont les compétences ont été progressivement renforcées, ce qui a ouvert de nouvelles possibilités d'emploi et de valorisation des compétences locales.
L'idée de ces réseaux est par ailleurs fortement encouragée par les autorités compétentes dans les pays d'intervention, à savoir notamment les ministres qui s'occupent de l'emploi, des secteurs rural et informel, de la promotion de la femme et de l'environnement.
La plupart de ces programmes se trouvent actuellement dans une phase décisive de transfert, de capitalisation et de diffusion et tentent de démontrer leur efficacité par la capacité de leurs partenaires d'assurer la pérennité des activités et des réseaux.
Promotion de la démocratie et des normes
internationales du travail
Le processus de démocratisation s'est poursuivi en Afrique malgré les problèmes économiques qui ont affaibli les parties à la négociation collective. L'OIT a contribué à consolider ce processus en offrant des services consultatifs et en organisant des séminaires aux niveaux national, sous-régional et régional sur diverses questions telles que l'application des normes, les conditions de travail, la sécurité et la santé des travailleurs, les relations professionnelles et la liberté syndicale.
Depuis 1994, les programmes et activités de l'OIT concernant la législation du travail et les relations professionnelles se sont développés dans la région. La réforme de la législation du travail, la promotion du dialogue social et diverses activités visant à promouvoir les institutions démocratiques et représentatives, conformément aux normes internationales, figurent parmi les priorités principales de la majorité des Etats africains. Pendant la période considérée, presque tous les Etats Membres d'Afrique ont demandé l'aide du BIT pour réformer leur législation du travail et mettre en place des systèmes et pratiques propres à assurer des relations professionnelles harmonieuses.
Le BIT a fourni une assistance technique pour l'élaboration de la législation du travail; il a formulé des commentaires sur les projets de lois et, fort de son avantage comparatif, il a fourni des renseignements sur les expériences et pratiques d'autres pays et régions. Il s'est attaché à promouvoir des politiques salariales efficaces et équitables par différentes formes d'assistance technique portant aussi bien sur la politique salariale au niveau national que sur l'administration des salaires dans les entreprises.
Dans le cadre de programmes multibilatéraux, plus de 30 pays de la région ont reçu une assistance technique pour promouvoir le dialogue social et le tripartisme lors de l'élaboration et de la mise en œuvre de leurs politiques sociales et économiques. Ces activités ont pris différentes formes: études définissant les principaux problèmes qui entravent le dialogue social et le tripartisme; communication d'informations utiles aux partenaires sociaux; organisation de séminaires; cours de formation et colloques; services consultatifs directs aux niveaux national, sous-régional et régional. Ces activités ont toujours mis en relief l'existence dans la société de groupes d'intérêts avec lesquels les Etats doivent négocier. L'OIT est opposée au monopole de l'Etat sur les décisions de politique sociale et économique et aide les organisations d'employeurs et de travailleurs et un nombre croissant d'associations à contribuer au renforcement du tripartisme et au progrès de la démocratie.
Des programmes et activités d'assistance technique ont été exécutés dans les domaines de la législation et de l'administration du travail, conformément aux principes essentiels énoncés dans les conventions et recommandations fondamentales de l'OIT.
En ce qui concerne le dialogue social, les participants à la sixième Réunion biennale des planificateurs africains de l'emploi ont signalé que des progrès ont certes été accomplis au fil des années, mais que les mesures prises pour promouvoir l'égalité de chances et de traitement demeurent insuffisantes.
Ratification et application des normes internationales
du travail
Outre des activités de formation sur le terrain, le BIT a organisé des séminaires dans plusieurs pays pour les aider à s'acquitter de leurs obligations en matière de rapports et pour faire mieux connaître les normes internationales du travail aux mandants. Des ateliers ont été organisés dans la région à propos des normes internationales du travail dans le contexte de la mondialisation et à propos du label social. Un appui technique a été fourni en vue de la ratification et de l'application effective des normes, l'accent étant mis sur les droits de l'homme et les droits syndicaux. Des informations sur les normes internationales du travail ont été régulièrement diffusées dans la région au moyen des bases de données NATLEX et ILOLEX.
En 1995, le Directeur général a lancé une campagne pour la ratification des sept conventions fondamentales(2). En juillet 1999, huit des 53 pays avaient ratifié ces sept conventions, 16 en avaient ratifié six, 13 en avaient ratifié cinq, cinq en avaient ratifié quatre, cinq en avaient ratifié trois, trois en avaient ratifié deux, et deux pays n'en avaient ratifié aucune. La figure 3.1 montre l'état des ratifications des conventions fondamentales en 1995 et en 1999. Des résultats encourageants ont été obtenus pendant la période considérée: 91 nouvelles ratifications ont été enregistrées en Afrique, contre 64 au cours des années qui ont précédé la huitième Conférence régionale.

D'une manière générale, les résultats des campagnes systématiques d'information et de promotion, des services consultatifs, des formations et des séminaires organisés dans de nombreux pays ont été les suivants:
Le programme IPEC
L'IPEC a pour composante fondamentale l'appui au développement et à l'application de programmes d'action nationaux tendant à prévenir et à éliminer le travail des enfants. Il s'appuie sur des partenariats associant les mandants de l'OIT, des institutions des secteurs public et privé, la société civile et des ONG (encadré 3.6).
Dans les pays qui ont déjà un programme national, l'action de l'IPEC vise surtout à empêcher que des enfants ne soient
exploités dans des activités dangereuses dans le secteur formel comme dans le secteur informel ou à les y soustraire. En
Afrique, les principaux
domaines couverts par le programme sont l'agriculture commerciale et les plantations, le travail domestique, le travail dans la
rue, les ateliers dangereux du secteur informel, la traite des enfants et le travail dans les mines et carrières.
Dans les pays qui ne disposent pas encore de programme de lutte contre le travail des enfants mais qui ont manifesté leur intérêt à cet égard, l'IPEC se concentre sur des activités préparatoires orientées vers la mise sur pied de programmes nationaux (enquêtes nationales, élaboration de politiques et de programmes, renforcement des capacités, activités pilotes). La préoccupation essentielle est d'optimiser l'impact en améliorant les procédures de programmation, de contrôle et d'évaluation.
Les initiatives conjointes prises par l'OUA et l'OIT en Afrique, avec l'appui de l'IPEC, la collaboration de l'UNICEF et la participation des organisations d'employeurs et de travailleurs, ont grandement contribué à porter la question du travail des enfants en Afrique sur le devant de la scène et ont favorisé la formulation de propositions de stratégies aux niveaux national, régional et international. Par exemple, des réunions ont eu lieu à Arusha et à Pretoria pour préparer la Conférence d'Oslo, de même qu'à Kampala en 1998. Outre les discussions régionales qui ont été engagées sur le travail des enfants dans les plantations, une réunion a été organisée à Cotonou en 1998 sur le travail des fillettes employées comme domestiques, et un séminaire sous-régional des pays francophones d'Afrique a été consacré à l'élaboration de plans nationaux et sectoriels de lutte contre le travail des enfants (Abidjan, 1999).
Une étude interrégionale (Afrique, Asie, Amérique latine) soutenue par l'IPEC a permis d'identifier des initiatives
pédagogiques efficaces pour lutter contre le travail des enfants au niveau national. Ces initiatives présentent un intérêt évident
pour l'Afrique où les projets couronnés de succès peuvent être reproduits et développés (sous forme de programmes
reprenant leurs points forts). Les études ont analysé les raisons pour lesquelles l'éducation éloigne les enfants du monde du
travail et les moyens par lesquels elle y parvient. On a observé que les programmes les plus efficaces avaient adopté une
approche intégrée fondée sur la participation et avaient permis de prévenir efficacement le travail des enfants ou d'affranchir
les enfants des formes d'exploitation les plus dures et les plus dangereuses, en proposant des solutions de rechange viables
dans le domaine de l'éducation ainsi que d'autres services de soutien tels que les activités rémunératrices. Ils ne répondaient
pas seulement aux besoins éducatifs des travailleurs enfants ou des enfants à risque, mais ils garantissaient également la survie
et couvraient les besoins socio-économiques essentiels de leurs familles. Les programmes les plus performants sont
également ceux qui travaillent en synergie et associent activement les enfants, leurs parents, les formateurs et les
communautés. Le programme d'éducation qui a été mis en œuvre au Kenya, en République-Unie de Tanzanie et en Egypte
est en cours d'exécution dans cinq pays francophones participant à l'IPEC.
Encadré 3.6. Le programme IPEC |
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L'OIT a lancé en 1990 et pour une durée de cinq ans un Programme d'information statistique et de suivi sur le travail des enfants (SIMPOC), programme interdépartemental géré par l'IPEC avec l'assistance technique du Bureau de statistique. Ce programme vise à aider les Etats Membres à rassembler, utiliser et diffuser des données quantitatives et qualitatives détaillées sur le travail des enfants à des fins de planification. Au début de 1999, la situation du programme IPEC en Afrique était la suivante: Pays participants (protocole d'accord): Kenya (depuis 1992); République-Unie de Tanzanie (depuis 1994); Egypte (depuis 1996); Bénin (depuis 1997); Ouganda, Sénégal, Madagascar, Mali, Afrique du Sud (depuis 1998); Burkina Faso (depuis 1999). Pays s'apprêtant à participer: Burundi, Cameroun, Ethiopie, Gabon, Ghana, Malawi, Maroc, Niger, Nigéria, Rwanda, Tchad, Togo, Zambie, Zimbabwe. |
A la suite des réunions, conférences et campagnes de sensibilisation, trois projets sous-régionaux financés par différents donateurs ont été lancés en Afrique. Ces trois projets, qui ont démarré en 1999, sont les suivants: a) Programme visant à prévenir et à éliminer le travail des enfants dans des activités dangereuses de l'agriculture commerciale en Afrique orientale et australe et à assurer leur réadaptation. Un atelier préparatoire a eu lieu en juillet 1999. b) Traite des enfants à des fins d'exploitation par le travail en Afrique occidentale et centrale. Neuf pays ont mis en chantier en octobre 1999 la première phase du projet (analyse de la situation de la traite des enfants dans chaque pays). c) Elaboration d'une stratégie contre l'exploitation des enfants dans l'industrie du sexe dans quatre pays d'Afrique orientale. La première phase du projet (analyse de la situation) a démarré. |
Le siège et le bureau régional apportent directement leur appui aux activités nationales afin de pouvoir exploiter au plus vite les leçons utiles à tous les pays africains concernés et mobiliser des ressources plus importantes. Le bureau régional a aussi renforcé sa capacité en se dotant d'un point focal (personnes-ressources) pour coordonner les activités de l'IPEC dans la région.
Egalité de chances et de traitement pour les femmes
et les groupes défavorisés
Dans le cadre du suivi de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes (Beijing, 1995), des progrès ont été accomplis dans la région. A la faveur d'activités de promotion, d'information et d'assistance technique, un certain nombre de pays, dont le Burkina Faso, le Mali et la République-Unie de Tanzanie, ont élaboré et appliqué des politiques nationales et sectorielles visant à promouvoir l'égalité de chances et de traitement pour les femmes. Plusieurs pays de la région ont établi des structures ministérielles chargées de mettre en œuvre ces politiques (encadré 3.7).
Des résultats positifs ont été obtenus, mais ils restent encore en deçà des objectifs énoncés d'équité et de justice sociale. Les principaux résultats de l'action entreprise peuvent se résumer comme suit:
Soucieux d'éveiller l'attention sur les problèmes de parité et de créer un meilleur équilibre dans les systèmes d'éducation et de formation, le BIT a publié en 1995 une étude sur la situation des enseignantes dans l'enseignement technique et la formation professionnelle dans quatre pays francophones d'Afrique occidentale. Un rapport de synthèse décrivant les résultats de quatre ateliers nationaux organisés dans ces pays a été publié en 1996.
Promotion des systèmes et programmes de formation
La formation apparaît de plus en plus à tous les pays de la région comme l'instrument majeur de mise en œuvre des politiques de l'emploi et de promotion de l'entreprise. Il s'agit d'adapter les systèmes actuels de formation à une demande élargie et diversifiée, qui ne se limite plus au seul secteur formel: il faut prendre en compte les besoins des PME, du secteur informel, du secteur rural, etc. et aussi favoriser l'implication des entreprises elles-mêmes et de tous les acteurs de la formation.
Des politiques de formation professionnelle pour les secteurs formel et informel ont été formulées avec l'aide du BIT au Cameroun, en Egypte, en Erythrée, au Gabon, au Kenya, au Lesotho, aux Seychelles, en République-Unie de Tanzanie, au Tchad, en Zambie et au Zimbabwe). Des services consultatifs techniques ont été fournis pour la mise en place de législations, de réglementations et de systèmes de financement au Bénin, en Ouganda, au Sénégal et au Tchad. Des plans d'action stratégiques pour le développement de la formation professionnelle ont été établis ou sont en voie de l'être au Cameroun, en Guinée, en Guinée-Bissau, au Sénégal et au Tchad. En février 1999, un rapport de synthèse sur la politique de formation en Afrique a été soumis à la sixième Réunion biennale des planificateurs de l'emploi en Afrique.
Une mallette de formation des planificateurs de la formation professionnelle et des formateurs a été produite. Une
composante «développement de l'esprit d'entreprise» a été introduite dans les programmes d'enseignement technique et de
formation professionnelle; elle a été utilisée pour la formation en Afrique du Nord et de l'Ouest. Un programme régional
d'appui à la promotion de la culture et de l'entreprenariat coopératifs en milieu scolaire et universitaire est en préparation, en
collaboration avec l'ISPEC (Institut panafricain d'éducation et de formation coopérative).
Encadré 3.7. Des emplois en plus grand nombre |
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Le programme international intitulé Des emplois en plus grand nombre et de meilleure qualité pour les femmes est la contribution de l'OIT au suivi de la Déclaration et du Programme d'action adoptés à la quatrième Conférence mondiale sur les femmes, qui s'est tenue à Beijing en 1995. Ce programme a été approuvé par le Conseil d'administration à sa 265e session et lancé en 1996. Il est conforme aux priorités à long terme de l'OIT – promouvoir le plein emploi productif et rémunérateur dans des conditions d'égalité – et contribue au succès de la suite donnée à la Conférence de Beijing. Le programme a pour stratégie et objectifs généraux de promouvoir les partenariats pour le développement en garantissant de plus larges avantages pour les femmes, les familles, les sociétés et les économies. Il s'efforce d'établir un équilibre acceptable et réaliste entre l'accroissement du nombre d'emplois et l'amélioration de leur qualité, et part du principe qu'un plus grand nombre d'emplois pour les femmes ne signifie pas moins d'emplois pour les hommes, que des emplois de meilleure qualité peuvent bénéficier aux femmes comme aux hommes et qu'offrir des emplois productifs et rémunérateurs aux femmes est une bonne chose pour les familles, les sociétés et les économies. Pour augmenter le nombre des emplois, il faut faire appel à diverses stratégies: création d'emplois; mise en valeur des ressources humaines et développement de l'esprit d'entreprise; amélioration de l'accès aux marchés du travail et aux ressources productives; législation axée sur l'égalité des chances; programmes de lutte contre la pauvreté. |
La création d'emplois de meilleure qualité pour les femmes se fera par les moyens suivants: égalité de rémunération; déségrégation professionnelle; sécurité et santé au travail; amélioration des conditions de l'emploi atypique; sécurité sociale; formules permettant de concilier travail et responsabilités familiales; protection des catégories vulnérables. Le programme comporte aussi un volet de coopération technique et des recherches appliquées orientées vers l'élaboration des politiques. Les pays participants élaboreront leurs propres plans d'action conformément à leurs priorités nationales, mais l'élément marquant réside dans le fait que tous les programmes nationaux doivent obéir à une approche intégrée et globale. Au niveau international, le programme a favorisé le partage des informations et des données d'expérience entre pays et régions. Il a mobilisé la volonté politique et un large soutien en faveur d'emplois en plus grand nombre et de meilleure qualité pour les femmes, et a encouragé la collaboration et la coordination avec d'autres organisations internationales. Le programme coopère étroitement avec les départements techniques et les bureaux extérieurs ainsi qu'avec les mandants tripartites de l'OIT et d'autres segments de la société civile. Il a été renforcé par les diverses activités de coopération technique pour les femmes qui ont été financées par le budget ordinaire de l'OIT. Deux pays, la République-Unie de Tanzanie et le Burkina Faso, ont été choisis en Afrique pour l'application pilote du programme |
L'importance de la valorisation des ressources humaines et de la formation est mieux perçue par les entrepreneurs, eux-mêmes formés à l'analyse des besoins de formation, et la formation en cours d'emploi ainsi que l'apprentissage sont valorisés, par exemple en Guinée.
Pour la préparation du rapport sur les ressources humaines qui sera soumis en l'an 2000 à la Conférence internationale du Travail, une Réunion régionale tripartite sur la formation et la valorisation des ressources humaines a été organisée à Harare en mai 1999. Les participants ont examiné les principaux aspects des politiques et programmes de formation dans le contexte de la mondialisation et de l'évolution structurelle et technologique des économies africaines; ils se sont penchés sur les nouveaux rôles et responsabilités des différentes parties intéressées par la valorisation des ressources humaines ainsi que sur les politiques et les cadres institutionnels propres à aider les pays africains à rendre leurs politiques et programmes de formation plus pertinents, plus efficaces, plus efficients, plus équitables.
La formation a aussi un rôle important à jouer dans les programmes lancés en faveur des pays qui sortent d'un conflit armé. La réinsertion des combattants démobilisés est essentielle pour la stabilité de ces pays. Le BIT a été actif dans ce domaine au Mozambique et en Angola. Dans ce dernier pays, un projet lancé en 1996 grâce à des financements du PNUD, de la Norvège, des Pays-Bas et de la Suède a permis de tester une stratégie décentralisée, fondée sur des approches novatrices et des mécanismes institutionnels qui ont réduit le coût de la formation. Il était prévu de former 14 000 soldats démobilisés. Sur ce total, 5 900 contrats – soit plus de 42 pour cent du nombre de stagiaires potentiels – ont été signés avec des centres locaux de formation. Selon les résultats provisoires d'une étude récente ayant porté sur quelque 2 000 micro-entreprises implantées dans toutes les provinces du pays, les préférences en matière de formation reflètent très étroitement le contenu et la distribution géographique des programmes de formation offerts par l'IRSEM (Institut pour la réinsertion socioprofessionnelle des soldats démobilisés). Sur la base de l'expérience acquise, un manuel sur les possibilités de formation et d'emploi des soldats démobilisés a été publié.
Des séminaires nationaux tripartites sur les normes du travail maritime ont été organisés en Egypte en décembre 1996 et en Afrique du Sud en décembre 1997. Le BIT a également participé activement à diverses réunions régionales (Casablanca, Tunis, Lagos) organisées par des administrations maritimes pour l'harmonisation de l'inspection des conditions sociales et de travail à bord des navires immatriculés à l'étranger en vue de promouvoir l'application de la convention (no 147) sur la marine marchande (normes minima), 1976, et de son Protocole de 1996. Pour ce qui est de l'amélioration des systèmes de formation, le projet pilote concernant les ports de la République-Unie de Tanzanie et du Kenya est arrivé à son terme à la fin de 1998. Ce projet, qui a produit 30 modules de formation, devrait permettre d'établir des systèmes efficaces de formation systématique propres à améliorer les manutentions portuaires, les conditions de travail ainsi que la sécurité, la protection de la santé et le bien-être des travailleurs. Des services consultatifs techniques, y compris des ateliers pour les instructeurs, sont fournis dans des ports d'Afrique du Sud et de Maurice. Des efforts visant à étendre ces services dans la région sont en cours. A Maurice, une enquête CNUCED/BIT sur les besoins de formation dans les ports et dans le secteur maritime a été lancée (proposition de projet CNUCED/BIT: établissement d'un programme de formation et d'une politique de valorisation des ressources humaines pour le secteur portuaire de Maurice). Le BIT a également aidé les Etats membres de l'AGPAEA (Association de gestion des ports de l'Afrique de l'Est et australe) à préparer une étude des besoins et des services de formation dans le secteur portuaire.
Ces dernières années, des conseils techniques ont été donnés aux gouvernements et aux organisations d'enseignants des Etats membres de la principale organisation régionale s'occupant de la réforme de l'éducation, à savoir l'Association pour le développement de l'éducation en Afrique (ADEA). Des avis sur la législation et les politiques appropriées ont été donnés à l'occasion des réunions régionales du Groupe de travail sur la profession enseignante qui se sont tenues à Accra en juillet 1995 et à Zanzibar en juillet 1998.
Le dialogue social a aussi porté sur les activités visant à donner suite à la Réunion paritaire sur les conséquences de l'ajustement structurel pour le personnel de l'enseignement (avril 1996). Les conclusions et résolutions adoptées par cette réunion ainsi que des avis techniques du BIT ont été communiqués aux gouvernements, aux directeurs d'écoles privées, aux organisations d'employeurs et aux syndicats d'enseignants de sept pays francophones et lusophones d'Afrique de l'Ouest à l'occasion du Colloque UNESCO/OIT sur les programmes d'ajustement structurel et la condition du personnel enseignant (Dakar, juin 1997). Ces conclusions ont aussi été portées à la connaissance des quatre pays d'Afrique du Nord participant au Séminaire régional UNESCO/OIT sur la condition des enseignants dans les Etats arabes (Amman, Jordanie, octobre 1997).
Les employeurs doivent, en concertation avec les travailleurs et leurs organisations, prendre des mesures pour améliorer les conditions de travail, de sécurité et de santé, et les gouvernements doivent faciliter l'adoption de telles mesures. Il convient aussi de mettre sur pied des systèmes de protection sociale à l'intention des catégories de travailleurs qui en sont actuellement dépourvues.
Il reste beaucoup à faire pour améliorer le milieu de travail ainsi que la sécurité et la santé au travail, et pour assurer une meilleure protection sociale aux travailleurs. Les actions menées par le BIT ont été marquées par le souci d'améliorer les prestations sociales dans le cadre du dispositif existant, mais aussi et surtout de mieux prendre en compte les besoins de la majorité des travailleurs, qui exercent leurs activités en dehors du secteur moderne.
Les principaux résultats de ces actions sont résumés ci-après.
Application des normes relatives à la sécurité et à la santé
des travailleurs et amélioration des conditions de travail
Un grand nombre de missions d'appui, de séminaires et de formations ont visé à sensibiliser les mandants aux problèmes de la sécurité et de la santé au travail et à améliorer les législations nationales et les compétences en la matière des personnels de santé. Les besoins spécifiques du secteur informel et des travailleurs ruraux sont cependant encore largement ignorés.
Il y a lieu de mentionner un certain nombre d'études sectorielles sur les maladies professionnelles dans une dizaine de pays (risques professionnels de la riziculture et du traitement du riz à Madagascar, de la culture du coton au Tchad, de l'hévéaculture au Cameroun, etc.), une rencontre sous-régionale à Bamako et des missions de consultation dans un certain nombre de pays.
Les actions qui ont bénéficié de l'appui du BIT témoignent d'une évolution positive, à savoir:
Le Service des conditions de travail (CONDI/T) a été très actif dans la région et a notamment fourni des avis techniques sur l'aménagement du temps de travail. Le BIT a fourni son assistance à la Namibie (1999), à l'Ouganda (1999), à la Guinée-Bissau (1998), à Maurice (1998), à la Guinée (1997), au Malawi (1997), au Togo (1997), au Niger (1996), au Mozambique (1996), au Rwanda (1995), à l'Erythrée (1994) et à la Mauritanie (1994).
Sur la base de la méthodologie ATPE mise au point par le BIT, des cours de formation visant à améliorer les conditions de travail et la productivité des petites et moyennes entreprises ont été organisés pour les chefs d'entreprise et les formateurs au Swaziland (1995), aux Seychelles (1996 et 1997), à Maurice (1997), au Ghana (1997 et 1998) et au Nigéria (1998). Avec l'appui financier du PNUD, des cours de formation ont eu lieu en Ouganda en 1997 et 1998; dans plusieurs districts de ce pays, l'approche ATPE a été introduite en tant que composante du Programme de promotion de l'entreprenariat, et quelque 450 formateurs ont reçu une formation.
Une assistance a aussi été fournie pour la mise à jour de la législation nationale en matière de sécurité et de santé au travail, notamment par l'intégration des normes internationales du travail (Bénin, Botswana, Burkina Faso, Ethiopie, Lesotho, Malawi, Namibie, Niger, Swaziland, Zambie), ainsi que pour l'élaboration d'un code régional (SADC) sur la sécurité dans les industries chimiques.
Des activités ont été entreprises afin de renforcer, par la formation, les compétences en matière de sécurité et de santé au travail des personnels de santé (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, République centrafricaine, Congo, Mali, Niger, Tchad, Togo), des représentants syndicaux (Sénégal) et des personnels de l'administration (Egypte, Soudan).
Le BIT a apporté son aide pour l'établissement ou le renforcement d'associations de professionnels et de structures de prestations en santé et sécurité au travail dans le nord, l'ouest et le centre de l'Afrique, ainsi que pour l'élaboration ou la révision de la législation du travail dans plusieurs pays. Par exemple, une aide importante a été apportée au gouvernement de l'Afrique du Sud en 1996 et 1997 pour l'élaboration de la loi sur les normes d'emploi.
En ce qui concerne le sida, le BIT a produit des rapports sur l'impact du VIH sur la force de travail (Ouganda, République-Unie de Tanzanie, Zambie), a aidé à l'élaboration de codes nationaux et a appuyé les pays de la SADC pour l'élaboration et l'adoption d'un code sous-régional. Les conditions d'une meilleure efficacité ont été réunies pour la mise en place progressive de la coopération sous-régionale et interinstitutions dans le cadre d'ONUSIDA. Une réunion concernant l'impact du sida dans le secteur informel a été organisée en mai 1999 en collaboration avec le programme régional du PNUD sur le sida. Des études ont été entreprises pour donner suite à cette réunion. Le Bureau des activités pour les travailleurs (ACTRAV) a aussi produit des guides sur le sida.
Systèmes de protection sociale
En Afrique, il est urgent de réévaluer et de réformer les systèmes de protection sociale, lesquels ne couvrent qu'une petite partie de la population et se heurtent à des problèmes financiers faute de politiques appropriées. Dans beaucoup de pays, ils protègent moins du dixième de la population active (à savoir certaines catégories de salariés du secteur formel). Le passage à l'économie de marché et la nécessité d'attirer l'investissement étranger ont obligé beaucoup d'Etats à assouplir les normes régissant les conditions de travail, notamment en matière de sécurité et de santé.
Des services consultatifs techniques ont été fournis aux Etats Membres pour les aider à entreprendre des réformes de leurs systèmes de sécurité sociale et à restructurer les institutions en place. Vu que 90 pour cent environ de la population active n'est pas protégée, l'OIT, fidèle aux principes de la justice sociale et de l'équité, appuie les réformes qui visent, sur des bases économiquement et financièrement viables, à étendre la protection sociale au secteur rural – y compris les coopératives – et au secteur informel. Le BIT a donné des avis aux mandants au sujet des principaux problèmes concernant les régimes de retraite.
D'autres initiatives ont été prises dans la région par l'ACOPAM et le Centre de Turin, par exemple la publication de manuels et de guides sur les mutuelles de santé qui visent à promouvoir la protection de la santé en milieu rural et dans le secteur informel. En outre, des projets sont en cours dans beaucoup de pays en vue de renforcer les services d'inspection. En juillet 1996, un atelier régional sur la protection des droits des travailleurs et de leurs conditions de travail dans les zones franches d'exportation et sur la promotion de la Déclaration tripartite de principes concernant les entreprises multinationales et la politique sociale a été organisé en Afrique du Sud.
De nombreuses activités – études, missions d'audit ou d'appui consultatif, formations, séminaires organisés aux niveaux national ou sous-régional – ont contribué à faire évoluer de façon positive les systèmes existants et à situer les problèmes et la recherche de solutions dans un cadre plus large, prenant en compte l'ensemble de la population et non plus les seuls travailleurs du secteur moderne. Les principaux résultats obtenus sont décrits ci-après.
Cadre de programmation et modalités d'exécution
Les résultats évoqués ci-dessus doivent être examinés à la lumière de la Politique de partenariat actif (PPA), qui a
sous-tendu l'ensemble de l'action de l'OIT au cours de la période considérée, qu'il s'agisse des relations de l'Organisation
avec ses mandants ou de son fonctionnement interne. La PPA a été adoptée par le Conseil d'administration en 1993. L'un
de ses principaux objectifs est d'accroître la cohérence et la qualité des services techniques fournis aux mandants en
répondant mieux à leurs besoins et à leurs priorités, en les associant plus étroitement à la réalisation des actions menées
conjointement avec l'OIT (encadré 3.8).
Encadré 3.8. La politique de partenariat actif |
|
Pour mettre en œuvre la PPA, l'OIT a dû créer de nouvelles structures afin de renforcer et développer les relations au sein de l'OIT et entre celle-ci et ses mandants – gouvernements, organisations d'employeurs et organisations de travailleurs. La PPA permet, en rapprochant l'OIT de ses mandants, de mieux comprendre leurs priorités et leurs besoins et d'accroître ainsi l'utilité des activités de l'Organisation. Les trois structures mises en place agissent en parfaite coordination pendant les cycles de programmes. |
En Afrique, ces trois structures sont les suivantes:
|
En mars 1997, la Commission de la coopération technique a recommandé au Conseil d'administration de faire procéder à une évaluation de la PPA. Un groupe de travail comprenant trois membres gouvernementaux, trois membres employeurs et trois membres travailleurs a réalisé cette évaluation en organisant des discussions à Genève, en étudiant la documentation disponible et en effectuant des missions dans des Etats Membres de l'OIT, notamment dans deux pays africains (Ethiopie et Côte d'Ivoire). Il a relevé les progrès suivants:
Cependant, le groupe de travail a aussi remarqué que, dans les pays, pourtant peu nombreux, où il s'était rendu, les mandants n'avaient pas toujours conscience des changements apportés par la PPA.
Objectifs par pays
Les objectifs par pays jouent un rôle important dans la mise en œuvre de la PPA. Ils aident l'OIT à se concentrer sur ses priorités, encouragent le tripartisme de manière concrète et garantissent que les programmes répondent aux besoins et aux priorités des mandants. Le dialogue social et le tripartisme sont toujours privilégiés dans le cadre de la mise en œuvre de la PPA, et les mandants ont été encouragés à se mobiliser dès le lancement du projet des objectifs par pays. Ces objectifs doivent être souples, afin de pouvoir s'adapter à l'évolution d'un pays, ne doivent pas être trop ambitieux et doivent être proportionnés aux ressources humaines et financières disponibles.
On trouvera à l'annexe 2 des informations sur l'état d'avancement de la formulation des objectifs par pays. En juin 1999, la formulation des objectifs était terminée dans 29 pays et en cours dans 11 autres. Elle était en suspens pour une raison ou pour une autre dans 8 pays et n'avait pas encore commencé dans 5 autres. On s'efforce actuellement d'actualiser cet exercice.
Structures de l'OIT en Afrique
De 1995 à 1997, le réseau des bureaux de zone s'est étoffé avec la mise en place du bureau de Pretoria en octobre 1995, et
la réhabilitation du bureau pour les pays du Conseil de l'Entente en mars 1996. La région dispose à présent d'un vaste réseau
de 12 bureaux de zone (encadré 3.9).
Encadré 3.9. Réseau des bureaux et équipes multidisciplinaires – |
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EMD |
Bureaux |
Etats Membres de l'OIT |
EMAO |
Abidjan |
Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Niger, Togo |
|
Lagos |
Ghana, Nigéria |
EMAC |
Kinshasa |
Burundi, Congo, République démocratique du Congo, Rwanda |
|
Yaoundé |
Angola, Cameroun, Gabon, Guinée, République centrafricaine, Sao Tomé-et-Principe, Tchad |
EMAS |
Dakar |
Cap-Vert, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Libéria, Mali, Mauritanie, Sénégal, Sierra Leone |
EAMAT |
Addis-Abeba |
Djibouti, Erythrée, Ethiopie |
|
Antananarivo |
Comores, Madagascar, Maurice, Seychelles |
|
Dar es-Salaam |
Kenya, Ouganda, Somalie, République-Unie de Tanzanie |
SAMAT |
Lusaka |
Malawi, Mozambique, Zambie, Zimbabwe |
|
Pretoria |
Afrique du Sud, Bostwana, Lesotho, Namibie, Swaziland |
NAMAT |
Le Caire |
Egypte, Soudan |
|
Alger |
Algérie, Libye, Maroc, Tunisie |
La région dispose de six EMD: l'équipe consultative multidisciplinaire pour l'Afrique orientale (EAMAT); l'équipe consultative multidisciplinaire pour l'Afrique centrale (EMAC); l'équipe consultative multidisciplinaire pour l'Afrique occidentale (EMAO); l'équipe consultative multidisciplinaire pour l'Afrique sahélienne (EMAS); l'équipe consultative multidisciplinaire pour l'Afrique du Nord (NAMAT); l'équipe consultative multidisciplinaire pour l'Afrique australe (SAMAT).
L'approche multidisciplinaire revêt une importance vitale pour la PPA. Elle vise en effet à rapprocher l'OIT de ses mandants et à fournir des services techniques de grande qualité, dans le cadre d'une approche cohérente et bien intégrée du développement socio-économique. Le groupe de travail a porté un jugement nuancé sur l'aspect multidisciplinaire. La collaboration constructive entre des experts spécialisés dans des domaines différents permet d'avoir une vision plus large des problèmes. L'organisation de missions pour la définition des objectifs par pays et la participation à des réunions et ateliers multidisciplinaires ont aussi été utiles à cet égard. Les effets positifs de cette politique sont perceptibles dans les pays où, jusqu'alors, les différents experts et conseillers s'acquittaient de leurs tâches respectives sans vraiment coopérer les uns avec les autres.
Evolution de la coopération technique
Les dépenses de coopération technique de l'OIT ont augmenté pendant cinq années consécutives, de 1987 à 1991, année où elles ont culminé à 169 millions de dollars. En 1992, la tendance s'est inversée, et les dépenses ont diminué jusqu'en 1996, tombant à 98,2 millions de dollars.
Il ressort du tableau 3.1 qu'entre 1994 et 1998 les dépenses de coopération technique ont baissé dans les régions Afrique, Amérique latine et Caraïbes, et Asie et Pacifique. Comme l'indique la figure 3.2, c'est l'Afrique qui, pendant cette période, a le plus bénéficié de cette coopération, puisqu'en moyenne 39 pour cent des dépenses lui ont été consacrées.
Tableau 3.1. Dépenses des programmes de coopération technique de l'OIT par région (en milliers
de dollars)
Région |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
Afrique |
46 594 |
42 498 |
36 749 |
42 077 |
35 357 |
Asie et Pacifique |
28 723 |
28 288 |
24 733 |
23 500 |
19 339 |
Amérique latine et Caraïbes |
14 287 |
12 584 |
10 162 |
13 282 |
12 727 |
Etats arabes et Moyen-Orient |
1 409 |
2 696 |
2 625 |
4 083 |
2 341 |
Europe |
6 232 |
8 814 |
6 072 |
6 804 |
5 238 |
Dépenses interrégionales |
16 385 |
18 051 |
17 827 |
18 619 |
18 739 |
Total |
113 631 |
112 930 |
98 167 |
108 363 |
93 742 |
Source: BIT. |
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Le taux d'exécution pour l'Afrique s'est amélioré, passant de 53,2 pour cent en 1997 à 57,7 pour cent en 1998 (figure 3.3). D'après le tableau 3.2, qui montre la répartition des dépenses de coopération technique de l'OIT par secteur en Afrique, c'est le développement des entreprises et des coopératives qui arrive en deuxième position, après les politiques de développement, avec 28,8 pour cent des dépenses totales (y compris CTBO).

Tableau 3.2. Dépenses par secteur au titre de la coopération technique
de l'OIT en Afrique (en pourcentage
des dépenses totales)
|
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
Normes internationales du travail |
0,9 |
1,1 |
0,9 |
1,6 |
0,7 |
Emploi et formation |
15,4 |
14,1 |
15,7 |
19,4 |
17 |
Développement des entreprises et des coopératives |
30,8 |
29,1 |
30,9 |
30,9 |
28,8 |
Relations professionnelles |
2,7 |
2,2 |
2,9 |
3,6 |
4,9 |
Milieu de travail |
2,2 |
5,3 |
5,6 |
4,2 |
5,2 |
Activités sectorielles |
4 |
3,2 |
2,7 |
1,3 |
1,4 |
Sécurité sociale |
1,4 |
1,3 |
1,3 |
2,4 |
2,2 |
Statistiques |
0,3 |
0,1 |
0,1 |
0,1 |
0 |
Politiques de développement |
34,4 |
35 |
31,7 |
26,7 |
29,7 |
Institut international d'études sociales |
0 |
0 |
0 |
0,2 |
|
Activités pour les employeurs |
1,2 |
0,8 |
1,5 |
2,1 |
0,8 |
Activités pour les travailleurs |
3,5 |
4,3 |
4,7 |
5,5 |
6,1 |
Divers |
3,2 |
3,5 |
2,1 |
1,9 |
3,2 |
Source: BIT/PROPAR/TEC. |
|||||
Modalités d'exécution du programme
Les modalités d'exécution du programme comprennent: les projets de coopération technique; les missions de service consultatif; la formation des mandants; les séminaires; les ateliers d'échange de données d'expérience; les conférences; les recherches, études et publications. Ces différents services ne sont pas tous quantifiables, et les prestations fournies aux mandants par les structures de l'OIT, qu'il s'agisse des départements du siège ou des structures implantées en Afrique, sont souvent difficilement dissociables des tâches de fonctionnement courant, tant les structures sont elles-mêmes conçues, avant tout, pour apporter aux mandants l'appui dont ils ont besoin.
Nombre de programmes de coopération de l'OIT s'inscrivent dans un cadre plus large. C'est le cas, par exemple, de
l'Initiative spéciale des Nations Unies pour l'Afrique, qui a débouché sur le programme Des emplois pour l'Afrique, et du
programme interinstitutions
ONUSIDA. S'agissant de l'organisation de conférences et de réunions sur le travail des enfants, on citera également les
initiatives qu'ont prises conjointement, au niveau régional, l'OUA et l'OIT (IPEC), en collaboration avec l'UNICEF et avec la
participation d'organisations d'employeurs et de travailleurs. Au niveau sous-régional, la SAMAT a signé un mémorandum
d'accord avec la SADC.
Les ressources CTBO sont généralement utilisées comme fonds d'amorçage dans un certain nombre de projets en cours de réalisation ou en préparation. Ces fonds sont alloués en fonction des requêtes reçues des gouvernements, des organisations d'employeurs et des organisations de travailleurs, dans le cadre de la mise en œuvre des objectifs par pays et des plans d'action élaborés par les pays. Pour les trois dernières années (1996, 1997 et 1998), les engagements se sont élevés à 7.381.611 dollars des Etats-Unis. La figure 3.4 montre comment ces engagements se répartissent.

Nature et évolution des projets de coopération technique
Entre 1988 et 1999, la banque de données AFRIS a enregistré plus de 300 projets de coopération technique, dont une cinquantaine de projets régionaux et interrégionaux. Le nombre de nouveaux projets de coopération proposés a augmenté en 1991, 1992 et 1993; après un fléchissement, il a recommencé à s'accroître ces derniers temps. Ces projets portent sur les domaines suivants: formation-emploi (55 pour cent), promotion des entreprises/coopératives (25 pour cent), relations professionnelles (8,5 pour cent), protection des travailleurs (7 pour cent), normes du travail/travail des enfants (4,5 pour cent).
Les principaux bailleurs de fonds sont les institutions du système des Nations Unies (62,8 pour cent), principalement le
PNUD et le FNUAP, encore que la contribution de ce dernier soit en diminution; les partenaires bilatéraux (34,2 pour cent),
en particulier l'Allemagne, l'Autriche, la Belgique, le Danemark, les Etats-Unis, la Finlande, l'Italie, la Norvège, les Pays-Bas,
le Portugal, la Suède et la Suisse; la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD)
(3 pour cent).
La base de données AFRIS révèle que, entre 1994 et 1998, 49 projets régionaux et interrégionaux et 100 projets nationaux étaient en cours. La répartition de ces projets est indiquée dans les figures 3.5 et 3.6.


Services consultatifs
Parmi les moyens d'action mis en œuvre par le BIT, les services consultatifs ont, sans conteste, connu un accroissement important avec la mise en œuvre de la politique de partenariat actif et la mise en place, en Afrique, de six équipes multidisciplinaires (figure 3.7).

Pendant l'exercice 1992-93, 12,8 millions de dollars ont été consacrés, dans le budget ordinaire, au financement de 27 conseillers régionaux en poste en Afrique. Ce chiffre est passé à 14,9 millions de dollars pendant l'exercice 1994-95 et à 18,4 millions de dollars pendant l'exercice 1996-97 (pour un total de 46 spécialistes). A eux seuls, ces chiffres traduisent bien le renforcement de la présence du BIT sur le terrain en Afrique, ce qui a permis le développement des services consultatifs qui peuvent être fournis en permanence aux mandants de la région qui en font la demande.
Les missions conduites par les fonctionnaires des structures de l'OIT dans la région afin de répondre aux besoins des mandants illustrent bien le type de soutien qui leur est apporté. Ces missions ont porté sur l'ensemble des domaines de compétence de l'OIT, mais un accent particulier a été mis sur les thèmes prioritaires pour la région.
La base de données «rapports de mission» contient, pour la période 1994-1998, 998 rapports de mission répartis comme suit: 1994 (73), 1995 (254), 1996 (234), 1997 (141), 1998 (296).
Tableau 3.3. Missions de services consultatifs par domaine d'intervention de l'OIT (1994-1998)
Domaine d'intervention |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
Relations professionnelles et dialogue social |
30,1 |
25,6 |
39,3 |
27,7 |
35,5 |
Protection des travailleurs |
13,7 |
19,7 |
10,3 |
9,2 |
17,9 |
Emploi |
17,8 |
22,1 |
11,5 |
14,9 |
10,8 |
Formation |
10,9 |
21,2 |
19,7 |
22,7 |
14,5 |
Entreprise |
19,2 |
14,2 |
12,4 |
5,7 |
11,5 |
Normes du travail |
9,6 |
11,4 |
14,1 |
13,5 |
9,5 |
Source: ALIS |
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Les missions ont été classées en fonction des grands domaines d'intervention de l'OIT. Le tableau 3.3 donne un aperçu de l'importance respective de ces domaines dans les missions répertoriées dans la base de données ALIS pour la période 1994-1998.
Formation des mandants
Une part importante des activités de l'OIT vise à renforcer les compétences nationales par la formation. Participent à la réalisation de cette tâche les programmes de coopération technique, les équipes multidisciplinaires, le Centre international de formation de l'OIT (Turin) et l'Institut international d'études sociales (Genève). Les centres régionaux des Etats Membres, notamment l'ARLAC et le CRADAT, concourent également à la formation. On ne mentionnera ici que les formations dispensées dans le cadre de cours de caractère formel, par exemple les cours organisés par le Centre de Turin et l'IIES, mais une formation est également dispensée dans le cadre des nombreux séminaires et ateliers nationaux, régionaux ou sous-régionaux qui sont organisés grâce à l'appui technique et financier du bureau régional, des bureaux de zone, des EMD et des départements techniques du siège.
La période 1995-1997 a vu s'opérer la transition, aujourd'hui consolidée, de l'ARLAC et du CRADAT vers une gestion directe des centres régionaux par les Etats Membres, le BIT se bornant désormais à apporter un appui technique et financier. La période de transition a entraîné une baisse des activités, qui n'a été que passagère puisque l'on a enregistré une nette reprise en 1997 et 1998.
L'IIES a, dans le cadre de son programme d'activités éducatives et intersectorielles, organisé des cours dont ont notamment bénéficié des stagiaires africains. Le Centre de Turin a lui aussi reçu de nombreux stagiaires originaires des pays d'Afrique et mène des activités de formation sur ce continent. La programmation de ces cours tient plus largement compte des besoins exprimés directement par la région, et un programme conjoint bureau régional/Centre de Turin est mis en œuvre pendant chaque exercice biennal pour couvrir les besoins prioritaires de formation liés à l'exécution du programme de l'OIT dans la région.
Ce programme conjoint consiste dans l'organisation de cycles de formation, d'ateliers et de séminaires sur des thèmes prioritaires, par exemple: artisanat compétitif; programmes en faveur des pays qui sortent d'un conflit; approches à forte intensité d'emplois dans les programmes d'investissement dans l'infrastructure; jeunes et marché du travail; réforme de la sécurité sociale; restructuration de l'appareil de formation professionnelle; rôle des partenaires sociaux dans la révision des codes du travail.
Etudes et publications
Pour promouvoir la justice sociale, adapter son action aux besoins spécifiques des mandants et fournir des instruments méthodologiques à ses partenaires en vue d'atteindre des objectifs communs, le BIT recourt abondamment à des études et à des recherches menées sur le terrain, généralement en collaboration avec des chercheurs ou des praticiens originaires de pays de la région.
Presque toutes les sous-régions ont fait l'objet d'études nationales ou sous-régionales (annexe 4). Ces études portent sur les principaux domaines qui intéressent l'OIT. La création des équipes multidisciplinaires a entraîné une augmentation du nombre de publications réalisées sur la base d'études, d'ateliers ou de séminaires, publications qui sont mises à la disposition de tous les partenaires intéressés en Afrique. C'est ainsi que plus de 130 documents (rapports, documents méthodologiques ou pédagogiques) ont été produits par les structures de l'OIT dans la région pendant la période considérée, principalement à l'intention des mandants.
Le bureau régional a entrepris de développer et de renforcer ses activités visant à tirer parti des expériences et des méthodologies et à favoriser leur diffusion par la publication de documents et l'organisation d'échanges (consultations techniques, réseau de communication, ateliers, formation).
Renforcement de l'information afin de mieux faire connaître l'action de l'OIT
L'une des fonctions importantes du bureau régional consiste à diffuser auprès des mandants de toute la région des informations sur l'action et les principes de l'OIT. Il assume cette fonction de diverses manières, notamment en publiant régulièrement un bulletin régional et en facilitant l'accès aux bases de données de l'ALIS (Système africain d'information sur le travail), qui contient des informations socio-économiques sur les pays africains ainsi que des informations sur les activités de coopération technique, de conseil et de formation menées par le BIT dans la région. L'ALIS repose sur la coopération entre tous les bureaux, EMD et projets de coopération technique, qui collectent les informations alimentant la base de données. Accessible dans toutes les structures de la région, l'ALIS est principalement utilisé pour faire rapport sur les activités menées dans la région et pour préparer le programme et le budget.
Le bulletin OIT Afrique, l'un des principaux outils d'information de la région, est publié deux fois par an en anglais et en français depuis 1995. Une enquête réalisée auprès des mandants pour recueillir leurs opinions et suggestions sur ce bulletin est à l'origine d'une nouvelle formule dont le premier numéro a été publié au début de 1999. Ce bulletin nouvelle formule accorde une large place au monde du travail dans la région, et les mandants et partenaires de l'OIT peuvent y exprimer leurs points de vue sur les questions relatives au travail. Certains bureaux, EMD et programmes régionaux publient aussi régulièrement des bulletins d'information. Par exemple, le bureau d'Antananarivo publie un bulletin d'information qui rend compte des activités de l'OIT dans les pays riverains de l'océan Indien, et la SAMAT publie également un bulletin sur ses activités.
Les EMD se sont employées à produire des publications qui reflètent les résultats de leurs recherches et expériences dans les pays où elles opèrent. Ces publications sont systématiquement distribuées aux mandants et partenaires de l'OIT dans la région et à l'occasion des séminaires et des conférences (annexes 4 et 5).
La région possède aussi un réseau constitué des centres de documentation qui ont été créés dans toutes les structures extérieures et auxquels les mandants ont accès. On s'est efforcé de dispenser une formation aux personnes responsables de ces centres. C'est ainsi, par exemple, que deux séminaires de formation ont été organisés au cours des quatre années écoulées.
1. Par exemple, la Banque mondiale a demandé l'appui technique du programme ACOPAM afin de réaliser sur plusieurs années une série de consultations concernant la promotion des organisations socioprofessionnelles dans le cadre du programme de développement intégré de l'agriculture irriguée en Mauritanie. Des demandes ont aussi été reçues de partenaires canadiens intéressés par les activités visant la diffusion de l'acte uniforme sur les sociétés coopératives et mutualistes dans le cadre de l'Organisation pour l'harmonisation du droit des affaires en Afrique (OHADA). En matière de mutuelles de santé, des possibilités de financement ont été annoncées par diverses organisations, dans le but d'améliorer la couverture sociale des membres, sous réserve de la disponibilité d'une expertise en la matière.
2. Convention (no 87) sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical, 1948; convention (no 98) sur le droit d'organisation et de négociation collective, 1949; convention (no 100) sur l'égalité de rémunération, 1951; convention (no 111) concernant la discrimination (emploi et profession), 1958; convention (no 29) sur le travail forcé, 1930; convention (no 105) sur l'abolition du travail forcé, 1957; convention (no 138) sur l'âge minimum, 1973.
4. Activités spécifiques pour
les employeurs et les travailleurs
Dialogue social et consultation entre partenaires sociaux
L'OIT cible ses activités dans la région sur ses mandants tripartites – gouvernements, organisations d'employeurs, organisations de travailleurs –, lesquels ont généralement les mêmes objectifs mais des besoins différents. L'OIT propose donc des activités adaptées à chaque groupe. En outre, les travailleurs et les employeurs participent à tous les ateliers, séminaires et réunions tripartites de l'Organisation.
Les activités visant à renforcer les capacités institutionnelles des partenaires sociaux se sont poursuivies au cours de la période examinée, avec les résultats indiqués ci-après. L'accent était mis sur une nouvelle approche de la promotion du dialogue social par le biais de programmes spécifiques pour chacun des trois groupes, sur la mise en place ou le renforcement de mécanismes permanents en vue du dialogue social et sur la stimulation des échanges au niveau sous-régional. Les demandes d'assistance de ce type proviennent maintenant de la plupart des principaux groupes de pays de la région.
Cependant, les ressources extrabudgétaires de coopération technique affectées aux activités en faveur des partenaires sociaux sont modestes. C'est pourquoi les crédits de la coopération technique du budget ordinaire (CTBO) de l'OIT constituent une source de fonds importante pour les activités menées dans ces domaines, qui sont essentiels au regard des principes de l'OIT mais n'attirent pas suffisamment de ressources d'origine extrabudgétaire.
Les actions en faveur des employeurs sont orientées vers l'analyse des structures et activités de leurs organisations et visent à
renforcer leur rôle stratégique dans le développement économique et social (encadré 4.1). Les organisations d'employeurs
sont ainsi à même de maîtriser leur planification stratégique, de participer pleinement au dialogue social et d'améliorer les
services rendus à leurs membres (on trouvera en annexe une liste des organisations d'employeurs africaines).
Encadré 4.1. Activités pour les employeurs |
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L'assistance fournie par les services consultatifs aux organisations d'employeurs a représenté 25,5 pour cent de l'ensemble de l'assistance apportée aux mandants dans ce domaine durant la période examinée. Cette assistance a été fournie aux organisations d'employeurs des pays suivants: Bénin, Burkina Faso, Cameroun, République centrafricaine, Comores, Congo, Côte d'Ivoire, Madagascar, Maroc, Maurice, Niger et Togo. Des missions d'audit stratégiques ont été conduites auprès des organisations d'employeurs du Bénin, du Cameroun, de la Côte d'Ivoire, de Madagascar et du Togo. Outre les séminaires, des ateliers nationaux et des activités de suivi de proximité ont été organisés en faveur des organisations d'employeurs de l'océan Indien (Maurice), de l'Afrique de l'Ouest (Abidjan) et de l'Afrique centrale (Libreville et Douala). Ces conférences sous-régionales ont pour objectif d'améliorer les relations professionnelles entre partenaires sociaux, de renforcer la coopération entre organisations nationales d'employeurs et d'élaborer des stratégies d'action communes dans la perspective de la mondialisation de l'économie et de l'amélioration de la productivité. Les employeurs élargissent ainsi leur vision du renouveau de l'entreprise au service de la productivité et de la compétitivité pour une meilleure concertation tripartite. |
Des activités de formation et des voyages d'étude ont été organisés pour les cadres d'organisations d'employeurs. La formation assurée dans le cadre du programme «Créez votre entreprise» et «Gérez mieux votre entreprise» (SIYB) s'est poursuivie dans les pays d'Afrique australe et orientale, et ces modules ont été introduits en Afrique francophone. Un programme sous-régional couvrant sept pays d'Afrique de l'Ouest est désormais opérationnel à Dakar. Par ailleurs, le Centre de Turin a mis au point des modules et cycles de formation sur la gestion des organisations d'employeurs. Des voyages d'étude ont été organisés à l'intention des dirigeants d'organisations d'employeurs du Bénin, du Cameroun, de la Côte d'Ivoire, de la Guinée, de Madagascar, du Mali, de la Mauritanie (à l'île Maurice), du Burkina Faso et du Burundi (en Tunisie). Les organisations d'employeurs connaissent de mieux en mieux les programmes d'ajustement structurel et prennent de plus en plus conscience des liens existant entre productivité et relations professionnelles ainsi que de leur responsabilité en matière de création d'emplois. Elles développent leur aptitude à tirer parti de l'environnement économique et à jouer leur rôle dans la conduite des affaires sociales. Elles procèdent parfois à des regroupements sous-régionaux, en prélude à l'intégration des pays, et confrontent leur expérience aux niveaux sous-régional et régional. Enfin, il faut signaler la publication d'un guide pratique à leur intention sur la direction stratégique des organisations d'employeurs. |
Au cours de la période examinée, le Bureau des activités pour les travailleurs a mis sur pied quarante projets de coopération
technique en faveur des organisations syndicales des cinq sous-régions d'Afrique dans les domaines suivants: formation à
l'éducation ouvrière; formation à la direction; formation spécialisée aux questions de sécurité et de santé au travail et
environnement, négociation collective. Dix projets sont encore en cours, dont certains dans leur deuxième ou troisième phase
(encadré 4.2).
Encadré 4.2. Activités pour les travailleurs |
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Au cours de la période examinée, divers types d'appui (notamment en matière d'éducation ouvrière) ont été fournis aux organisations syndicales des travailleurs pour les doter de capacités d'analyse, de recherche, de conception et de gestion et en faire des interlocuteurs crédibles dans le cadre du dialogue social permanent. Les services consultatifs octroyés aux centrales syndicales aux niveaux national, sous-régional et régional ont représenté 32,7 pour cent de l'ensemble des services consultatifs de l'OIT dans la région Afrique. Ces services ont porté sur des questions diverses: séminaires sur des thèmes d'intérêt commun; audit des structures des organisations de travailleurs en vue d'élargir le champ d'action syndical par l'amélioration des services rendus aux membres (Guinée-Bissau, Maroc, Mauritanie, Sénégal); renforcement de la participation des travailleuses au mouvement syndical (Guinée, Mali, Sénégal); consolidation des moyens d'information et de documentation des organisations syndicales (Angola, Cameroun, Gabon, Tchad); amélioration de la capacité des syndicats de lutter contre le chômage (Ghana, Nigéria); appui aux organisations de travailleurs pour l'application des conventions nos 87 et 98 (Nigéria). Les activités d'éducation ouvrière se sont poursuivies sur les thèmes habituels: normes internationales du travail (Bénin, Cameroun, Rwanda, Togo, Zimbabwe); négociation collective (Gabon); égalité de chances et de traitement en matière d'emploi et de rémunération (ensemble des pays francophones). |
Elles ont porté également sur des sujets d'actualité: stratégies mises en œuvre par les organisations syndicales dans la perspective de la mondialisation (Cap-Vert, Guinée, Guinée-Bissau, Madagascar, Maroc, Sénégal); dimension sociale de l'ajustement structurel (Bénin, Burkina Faso, Gabon, Togo). Il est à noter que différents responsables syndicaux ont bénéficié d'une bourse de formation au Centre de Turin. Tout en privilégiant sa collaboration avec les centrales syndicales nationales, l'OIT a renforcé sa coopération avec les organisations régionales (OUSA, ORAF/CISL), auxquelles elle apporte un appui technique et financier. Des représentants de l'OIT participent activement aux réunions et conférences de ces organisations. En outre, des représentants de celles-ci participent souvent aux conférences et séminaires sous-régionaux et régionaux organisés à l'intention des responsables syndicaux sur différents thèmes (dévaluation du franc CFA, productivité, etc.) ou, de façon plus générale, aux réunions tripartites régionales (élimination du travail des enfants, protection sociale, réunions des planificateurs africains de l'emploi, etc.). Ainsi, les organisations de travailleurs de la plupart des pays de la région concourent de plus en plus efficacement à l'amélioration de la participation des travailleurs au développement en s'adaptant progressivement à la libéralisation et à la mondialisation de l'économie, ce qui les rend aptes à mener des activités sociales et économiques (Afrique du Nord-Ouest, Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Egypte, Gabon, Niger, etc.). Elles reçoivent une aide pour informer et éduquer leurs membres et les former au nouvel enjeu syndical dans le contexte de la mondialisation. |
Le schéma stratégique de développement de l'Afrique s'inspire du Plan d'action de Lagos adopté par l'OUA en 1980 (Plan d'action de Lagos en vue de la mise en œuvre de la Stratégie de Monrovia pour le développement économique de l'Afrique). Ce plan d'action, fondé sur l'intégration progressive des économies et des sociétés ainsi que sur la mise en valeur rationnelle des ressources humaines et naturelles, est axé sur le long terme et a été revitalisé par de nombreuses initiatives à mi-parcours des pays, de l'OUA, du système des Nations Unies et des partenaires du développement.
Les objectifs de l'OIT, tels que définis dans son mandat et réaffirmés par les sessions successives de la Conférence internationale du Travail et des différentes commissions du travail de l'OUA, sont aussi des objectifs à long terme qui ne sauraient à l'évidence être réalisés en totalité en l'espace de quelques périodes biennales. Cependant, le présent rapport met en évidence le caractère concret des activités de l'Organisation et les nombreux signes tangibles de progrès vers la réalisation de ses objectifs: dialogue social, plans d'action pour l'élimination du travail des enfants, promotion des PME et réforme des coopératives, modernisation et extension de la sécurité sociale, etc. Les progrès dépendront de la volonté politique des Etats et de la participation active des mandants tripartites dans le cadre d'un dialogue social qui s'institutionnalise progressivement.
Malgré les conflits qui persistent, l'«afropessimisme» s'estompe. Au moment où des espoirs sont fondés pour un développement durable de l'Afrique, il importe que la reprise de la croissance se consolide et repose largement sur l'emploi; il faut aussi qu'elle soit soutenue par plus d'équité, de démocratie, de respect des droits de l'homme et de justice pour toutes les catégories de personnes, en particulier les groupes vulnérables comme les femmes, les personnes handicapées, les victimes d'un conflit, les travailleurs migrants et les enfants astreints au travail avant l'âge autorisé. La réunion régionale examinera ces questions essentielles tant dans ses travaux d'évaluation des activités menées que dans ses débats sur les orientations et les perspectives.
L'Afrique demeure une région prioritaire en raison de ses problèmes et de ses besoins; le BIT s'attachera à intensifier ses efforts en matière de coopération technique pour qu'ils reflètent encore mieux cette priorité, dans la recherche constante d'un meilleur impact.
L'OIT a présenté à ses mandants africains un programme de travail fondé sur les quatre objectifs stratégiques exposés dans les propositions de programme et de budget pour 2000-01 et dans le rapport du Directeur général à la 87e session de la Conférence internationale du Travail intitulé Un travail décent. Ces propositions ont été approuvées par le Conseil d'administration en mars 1999. Les quatre objectifs stratégiques sont les suivants: promouvoir et mettre en œuvre les principes et droits fondamentaux au travail; accroître les possibilités pour les femmes et pour les hommes d'obtenir un emploi et un revenu convenables; accroître l'étendue et l'efficacité de la protection sociale pour tous; renforcer le tripartisme et le dialogue social.
A chaque objectif stratégique correspond un certain nombre de programmes focaux d'une grande priorité, pertinence et visibilité. Le BIT a préparé un cadre stratégique de l'OIT pour l'Afrique qui examine, dans une perspective régionale, la mise en œuvre des objectifs stratégiques et des programmes focaux, et qui servira de base aux activités et au programme de travail de l'OIT pour l'Afrique au cours de la prochaine décennie.
Bureau international du Travail
Activités de l'OIT 1994-95, rapport du Directeur général à la Conférence internationale du Travail, 83e session,
Genève, 1996.
Activités de l'OIT 1996-97, rapport du Directeur général à la Conférence internationale du Travail, 86e session,
Genève, 1998.
Rapport sur l'emploi en Afrique 1996-97 (Addis-Abeba, 1997).
Rapport sur l'emploi en Afrique 1997-98 (Addis-Abeba, 1998).
Population active 1950-2010 (Genève, 1997).
Lim Lean Lin: More and better jobs for women: An action guide (Genève, 1996).
Propositions de programme et de budget pour 1994-95 (Genève, 1992).
Propositions de programme et de budget pour 1996-97 (Genève, 1995).
Propositions de programme et de budget pour 1998-99 (Genève, 1997).
Propositions de programme et de budget pour 2000-01 (Genève, 1999).
Rapport de la quatrième Réunion biennale des planificateurs de l'emploi en Afrique, Accra, 1994 (Abidjan,
1995).
Rapport de la cinquième Réunion biennale des planificateurs de l'emploi en Afrique, Pretoria, 1997 (Abidjan,
1997).
Rapport de la sixième Réunion biennale des planificateurs de l'emploi en Afrique, Abidjan, 1999 (Abidjan,
1999).
Un travail décent, rapport du Directeur général à la Conférence internationale du Travail, 87e session, Genève,
1999.
Rapport du Directeur général, huitième Conférence régionale africaine, Maurice, 1994 (Genève, 1993).
Lee Swepston: The Universal Declaration of Human Rights and ILO standards: A comparative analysis on the
occasion of the 50th Anniversary of the Declaration's adoption (Genève, 1998).
Rapport du Directeur sur les activités du Centre en 1997 (Centre international de formation, Turin, 1998).
Rapport du Directeur général, douzième Réunion régionale asienne, Bangkok, 1997 (Genève, 1997).
Rapport sur l'emploi dans le monde 1998-99 (Genève, 1998).
Le travail dans le monde 1997-98 (Genève, 1997).
Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD)
Rapport du PNUD sur la pauvreté: vaincre la pauvreté humaine (New York, Oxford University Press, 1998).
Rapport mondial sur le développement humain 1994 (Paris, Economica, 1994).
Rapport mondial sur le développement humain 1995 (Paris, Economica, 1995).
Rapport mondial sur le développement humain 1996 (Paris, Economica, 1996).
Rapport mondial sur le développement humain 1997 (Paris, Economica, 1997).
Rapport mondial sur le développement humain 1998 (Paris, Economica, 1998).
Rapport mondial sur le développement humain 1999 (Paris, Economica, 1999).
Banque africaine de développement
Rapport sur le développement en Afrique – 1995 (Abidjan, 1994).
Rapport sur le développement en Afrique – 1996 (Abidjan, 1995).
Rapport sur le développement en Afrique – 1997 (Oxford University Press, 1996).
Rapport sur le développement en Afrique – 1998 (Oxford University Press, 1997).
Rapport sur le développement en Afrique – 1999 (Oxford University Press, 1998).
Banque mondiale
Rapport annuel 1996 (Washington, 1996).
Rapport sur le développement dans le monde 1997 (Washington, 1998).
CRADAT
Rapport d'activités 1995-96 (Yaoundé, 1997).