Consultation sous-régionale sur le trafic transfrontalier des enfants
(Libreville, 13-15 mars 2002)
Allocution douverture prononcée par M.Lambert Gbossa, Directeur régional adjoint du BIT pour lAfrique
1 - Cest un immense encouragement de constater aujourdhui la mobilisation de tous les pays ici représentés, pour mettre fin, ensemble et au plus tôt, au trafic transfrontalier des enfants en Afrique de lOuest et du Centre. Le Bureau International du Travail, que jai lhonneur de représenter ici, sen réjouit et veut continuer avec vous, à contribuer à la poursuite et la concrétisation de ces efforts qui nécessitent les actions conjuguées de tous.
Le trafic dêtres humains est intolérable quelles quen soient les circonstances, et le trafic des enfants une violation criminelle de leurs droits - leur vulnérabilité constituant une circonstance aggravante de lexploitation dont ils sont victimes.
Si lOrganisation Internationale du Travail lutte de façon vigoureuse à la fois contre le travail forcé et contre le travail des enfants - et ceci depuis sa création en 1919 -, elle a voulu en 1999 se doter dinstruments spécifiques pour lutter contre les pires formes de travail des enfants - au rang desquelles se trouve le trafic des enfants - afin den assurer de façon claire et rapide linterdiction et lélimination à léchelle mondiale. Tous les pays membres de lOIT ont adhéré à cette démarche, adoptant à lunanimité la nouvelle convention, ratifiée depuis lors par 115 pays dans le monde, dont une trentaine en Afrique, qui seront bientôt rejoints par dautres où le processus de ratification est déjà engagé.
LAfrique - où lexploitation du travail des enfants, et notamment dans ses pires formes, constitue une réalité massive, perceptible par chacun dans sa vie quotidienne - nest en effet pas en reste dans cet effort pour en éliminer durgence les formes les plus inacceptables, et les premiers pays qui ont ratifié la convention 182 de lOIT appartiennent dailleurs à notre continent.
2 - En Afrique de lOuest et du Centre, nous connaissons malheureusement ces fléaux qui prennent la forme du trafic des enfants, de lengagement des enfants dans les conflits armés, de lexploitation des enfants dans des formes et conditions de travail inacceptables, mettant en péril leur vie, leur santé physique et psychologique, et qui les privent de toute chance dêtre demain des adultes capables de participer au développement de leur communauté, de leur pays.
Car lenjeu nest pas seulement aujourdhui et maintenant de faire cesser une exploitation injuste et criminelle, il est aussi de donner une chance à lavenir, de permettre à tous les enfants dêtre demain des citoyens à part entière, productifs, pleinement intégrés et moteurs du développement de leur communauté. Cest seulement ainsi que nous mettrons fin à la pauvreté et engagerons, pour tous et avec tous, un développement durable.
Si la pauvreté constitue lune des causes du trafic des enfants qui nous mobilise aujourdhui, celle-ci ne saurait en aucune façon le justifier. Bien plus, la lutte contre la pauvreté commence par lélimination de ces formes honteuses dexploitation.
3 - Une récente étude du BIT sur "Le trafic des enfants dans le monde" rappelait que "le trafic nest pas un acte isolé...cest une combinaison ou une série dévènements intervenant sur le lieu de vie de lenfant ainsi quaux points de passage et de destination. Cest un phénomène national, transfrontalier et transrégional auquel participent plusieurs acteurs".
Cest bien là la difficulté et la complexité du problème auquel nous sommes confrontés, et cest une mobilisation intersectorielle et internationale que requiert cette lutte.
Aucun des pays que vous représentez pris isolément, aucune des institutions nationales ou internationales présentes ici, ne peuvent seuls identifier le problème dans toutes ses dimensions, lanalyser, rechercher des solutions et les mettre en oeuvre de façon efficace. Ce nest quensemble que nous pouvons espérer le faire et cest là la force de la démarche quont entreprise les pays dAfrique de lOuest et du Centre.
4 - La collaboration entre les pays de la sous-région sinscrit maintenant dans le cadre dinstitutions communautaires de plus en plus vivantes, mais se fonde sur une histoire partagée, des liens de quasi parenté, résultat déchanges multiformes existant bien avant la fixation de frontières entre Etats.
La concertation entre les pays dAfrique de lOuest et du Centre sur le trafic transfrontalier des enfants sinscrit dans ce cadre, et cest la principale force des actions déjà engagées ou qui vont lêtre, le gage le plus sûr de leur réussite.
Cette concertation est devenue une tradition : elle a commencé à Cotonou en 1998, axée alors sur la question du trafic des enfants domestiques, élargie depuis février 2000, ici à Libreville, à toutes les formes de trafic transfrontalier denfants, reprise aujourdhui pour à la fois faire le point sur ce qui a été réalisé, mais surtout pour aller plus loin dans la concrétisation daccords entre les pays de la sous-région, objectif principal de cette seconde consultation.
5 - Je voulais ici saluer le courage et le fort engagement du Gouvernement Gabonais et de lensemble des composantes de la société gabonaise, qui non seulement accueillent une fois encore une Consultation sur le trafic des enfants, mais concourent concrètement à son organisation et se veulent les champions de cette cause pour entraîner avec eux toute la sous-région. Quils en soient vivement remerciés.
6 - Le BIT shonore dappuyer, daccompagner ce processus, en collaboration étroite avec lUNICEF qui partage les mêmes objectifs, les mêmes valeurs et la même volonté de vous aider dans cette voie. Cette coopération exemplaire au niveau régional comme au niveau de chacun des pays, entre lUNICEF et le BIT, constitue pour les pays dAfrique de lOuest et du Centre un atout supplémentaire que nous souhaitons voir mis à profit par tous les acteurs - Gouvernements, partenaires sociaux, organisations de la société civile -, engagés dans le même effort.
Pour ce qui nous concerne, le Programme International pour lElimination du Travail des Enfants du BIT, bien connu sous le sigle IPEC, entame maintenant la deuxième phase de son projet sous-régional intitulé "Combattre le trafic des enfants à des fins dexploitation de leur travail en Afrique de lOuest et du Centre", financé par le Département du travail des Etats-Unis (USDOL), et qui couvre pour le moment 9 pays (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte dIvoire, Gabon, Ghana, Mali, Nigeria, Togo).
La première phase du projet essentiellement consacrée aux études et à la mise au point de stratégies daction est achevée et nous entrons maintenant dans la phase opérationnelle dont les principaux axes seront :
- le renforcement institutionnel, celui du système juridique et des structures nationales concernées,
- la prévention, par la sensibilisation, le suivi, la signature daccords bi ou multilatéraux,
- laction directe, en matière de protection, dappui à la réhabilitation, au rapatriement,
- la recherche et les études pour orienter les politiques et les programmes et en permettre le suivi et lévaluation.
7 - Cest dire le lien étroit qui existe entre les réflexions que nous reprenons aujourdhui dans le cadre de cette Consultation et les actions que nous nous préparons à entamer concrètement sur le terrain, dans chacun des pays qui participent au programme.
Dans ce cadre, comme dans le dialogue des quelques jours que nous allons passer ensemble, notre efficacité dépendra de notre ouverture, de notre capacité à collaborer, à apporter des réponses multisectorielles, à mobiliser la coopération entre les pays, les concours de la coopération internationale et des ONG engagées dans le même combat.
Nous apporterons dans cette lutte commune lexpertise du BIT dans ses différentes composantes, et l expérience du programme IPEC en matière de lutte contre le trafic des enfants accumulée dans une trentaine de pays.
8 - Votre fidélité au rendez-vous de Libreville, votre forte mobilisation sont un atout majeur pour la réussite de cette consultation. Les attentes des familles, des enfants, de tous ceux qui nous ont mandatés ici sont maintenant mieux perceptibles quen lan 2000. Lopinion publique est informée, sensibilisée, et ne comprendrait pas que sur une question qui fait lunanimité, qui concerne ce que nous avons de plus cher et conditionne lavenir de ce continent - nos enfants - nous ne puissions conclure sur des décisions, des actions concrètes.
Je suis persuadé que nous répondrons tous ensemble à leurs espoirs.
Libreville
13 mars 2002
Mise à jour par JJMM. Approuvée par FA. Dernière modification: 18 mars 2002.