Atelier de lancement du projet BIT-IPEC de lutte contre le trafic des enfants en Afrique de louest et du centre,
Libreville, 29-30 mai 2002
Allocution douverture
1 - Cest pour moi une grande satisfaction, et pour vous aussi certainement, Monsieur le Ministre, - quelques semaines à peine après la Consultation qui a réuni ici de nombreux pays dAfrique de louest et du centre, partageant la même volonté de lutter contre le trafic des enfants -, de voir aujourdhui se mettre en place, au Gabon, un projet qui va faciliter le passage de la volonté politique, des engagements pris alors, à laction.
Linitiative conjointe du gouvernement gabonais, de lUNICEF et du BIT qui rassemblait ici même, il y a peu et pour la seconde fois, tous les pays concernés, mobilisés vers le même objectif, a en effet créé les conditions favorables au lancement, par le Programme international pour lélimination du travail des enfants (IPEC) du BIT, dun projet sous-régional rassemblant neuf pays dAfrique de louest et du centre.
Ce projet, financé par le Département du travail des Etats-Unis, dont je veux ici saluer lengagement à nos côtés, sil est modeste dans son approche, est très ambitieux dans ses objectifs. Et sil fait la place à lexpertise et aux appuis extérieurs qui pourraient savérer nécessaires, il table surtout sur lorganisation des efforts des pays concernés eux-mêmes - tous les acteurs nationaux unissant leurs efforts de façon complémentaire et selon leurs compétences respectives, et lensemble des pays de la sous-région adoptant une stratégie, une démarche concertées et agissant en synergie.
Ce projet appuie la mise en route dun processus voulu collectivement par tous les pays, mais il napportera pas à lui seul toutes les solutions. Il devra simplement contribuer à traduire dans les faits une stratégie efficace, poser les bases dune action continue, concertée, de longue durée, fournir les instruments nécessaires à linformation, à lintervention, au suivi. Mais il restera à tous, bien au-delà du projet, la responsabilité dune vigilance permanente, dune volonté constamment renouvelée, dun engagement sans faille, et dune action cohérente et déterminée de tous les partenaires.
2 - En 1999, lensemble des pays membres de lOrganisation Internationale du Travail adoptaient à lunanimité la Convention 182 visant lélimination des pires formes de travail des enfants, qui était aussitôt rangée parmi les Droits fondamentaux au travail, et, par voie de conséquence, parmi les obligations qui simposent à tous les pays membres, de par leur seule appartenance à lOIT, signe de leur acceptation des valeurs qui en fondent lexistence et laction.
La lutte contre le travail des enfants et leur exploitation remonte à la création du BIT, cest-à-dire à plus de 80 ans, mais elle reste encore dune actualité brûlante partout dans le monde, et en particulier en Afrique, où nombre denfants sont astreints à de durs travaux qui compromettent leur santé, les soustraient à lécole et les privent ainsi de toute possibilité datteindre un jour le plein épanouissement de leurs capacités physiques, intellectuelles et morales, et de les mettre au service du développement de leur communauté, de leur pays.
La Convention visant les pires formes de travail des enfants, en attirant de façon particulière lattention sur les formes les plus inacceptables dexploitation - celles quaucune situation, y compris la pauvreté, ne saurait excuser -, avait pour objet dentraîner lengagement de tous les acteurs, de tous les pays, à les éliminer sans délai. En ratifiant la Convention 182 de lOIT, le Gabon a montré sa volonté de concrétiser, sur son territoire, les engagements pris collectivement à Genève et cest cette volonté que vient appuyer ce projet que nous lançons officiellement aujourdhui.
3 - LAfrique centrale connaît malheureusement des formes dexploitation des enfants particulièrement odieuses : ce sont, en particulier, dans les trop nombreux pays qui connaissent des conflits, lenrôlement denfants dans les groupes armés, cest aussi, entre les pays dAfrique de louest et du centre, le développement dun trafic denfants à des fins dexploitation de leur travail - trafic sous-régional alimenté également par des trafics internes aux pays eux-mêmes. Dans lun et lautre cas, le BIT apporte son appui et le Programme IPEC, son expertise, pour arracher les enfants à leur condition et favoriser leur réinsertion sociale et économique.
Le Gabon, tirant toutes les conséquences de sa ratification de la Convention 182 de lOIT, a décidé de sengager, aux côtés des autres pays concernés, dans la lutte contre le trafic denfants à des fins dexploitation de leur travail. Il nous revient donc tous ensemble de mettre fin à ces pratiques inacceptables qui enrichissent les trafiquants, pervertissent les relations entre les enfants et les adultes qui en ont la charge - les enfants payant lourdement le prix de leur malheur, qui aujourdhui les prive de leur enfance et, demain, de leur avenir.
Votre présence ici, Monsieur le Ministre, pour le lancement du projet, marque bien votre volonté et lengagement des plus hautes autorités de ce pays, à oeuvrer de façon concrète et active, en concertation avec les autres pays de la sous-région, à une solution rapide, efficace, humaine, tenant compte avant tout de lintérêt des enfants - mais aussi de la nécessité de mettre un terme aux activités des trafiquants et de les punir comme il se doit.
4 - Il me semble que nous sommes sur la bonne voie et ceci pour deux raisons principales :
- Parler du trafic des enfants nest plus un sujet tabou dans toute la sous-région, et la reconnaissance de son existence, constitue une étape incontournable pour lidentification et la mise en oeuvre des solutions. Le rendez-vous daujourdhui et la mobilisation que nous pouvons tous observer sur ce sujet, au Gabon, est sans conteste le premier résultat de cette prise de conscience et la première condition dune action efficace.
Les actions isolées ont en effet peu de chances de parvenir aux résultats attendus, cest la combinaison de toutes nos forces, lexploitation de nos avantages respectifs qui le permettra : le gouvernement dans ses différentes composantes, les partenaires sociaux, les partenaires au développement, les ONG, chacun a son rôle à jouer et peut contribuer à la solution.
- Le second motif qui nous permet de bien augurer du succès de notre entreprise, cest la volonté de concertation et de synergie dans laction des 9 pays engagés dans le projet et qui ont opté pour une stratégie commune.
Laction isolée dun pays ne suffit pas en effet à réduire un trafic transfrontalier, et le flot continuera à être alimenté et difficilement contenu si une action densemble, continue, à la dimension du problème, nest pas mise en oeuvre simultanément dans chaque pays.
Cest laction combinée préventive, répressive, mais aussi déducation et dinsertion, qui seule pourra nous conduire au résultat.et cest tout lintérêt de lapproche intégrée retenue et du caractère régional de cette initiative dont la composante gabonaise démarre aujourdhui.
5 - Le BIT nentend pas non plus être seul à appuyer les efforts des pays engagés dans ce programme, et en particulier ceux du Gabon. Et nous nous réjouissons de voir se mobiliser les partenaires au développement, parmi lesquels je voudrais saluer tout particulièrementi lUNICEF, qui partage les mêmes objectifs, les mêmes valeurs, les mêmes convictions que le BIT, et accompagne avec la même détermination les efforts des pays de la sous-région pour mettre fin au trafic de leurs enfants.
Cest en effet ensemble que nous pouvons espérer y parvenir, le défi est énorme pour ceux qui prennent aujourdhui en charge le projet, et ils devront pouvoir compter pleinement sur vous tous ici présents, et sur tous ceux qui, chemin faisant, trouveront leur place dans le réseau actif que devra créer, par sa dynamique, le projet.
Cest bien le coup denvoi dune mobilisation de tous, que constitue cette cérémonie de lancement du projet, latelier qui va suivre devant permettre à chacun des participants dapporter sa contribution, son expérience, sa vision, pour enrichir la démarche, ladapter à la réalité spécifique du Gabon, permettre lidentification des partenaires à impliquer, à mobiliser, et des activités à déployer.
A lissue de ces deux jours, le projet devrait ainsi disposer des éléments nécessaires à la planification de ses activités et pouvoir entrer directement dans sa phase active, comme le font parallèlement les autres pays de la sous-région.
Nous invitons tous les participants ici présents à sinvestir pleinement dans cette tâche commune de réflexion, pour pouvoir ensuite se retrouver dans laction, cest là en effet - dans laction - que nous mesurerons le succès de cet atelier.
Françoise Achio
Directrice du Bureau de lOIT pour lAfrique centrale
29.05.2002
Mise à jour par JJMM. Approuvée par FA. Dernière modification: 31 mai 2002.