| Introduction
L’agriculture concentre 50% de la force de travail dans le
monde soit 1.3 Milliard de travailleurs. 60% des travailleurs de
ce secteur sont localisés dans les pays en développement
contre 10% seulement dans les pays industrialisés.
Les pays de l’Afrique Sub-Saharienne, en particuliers le
Sénégal, le Mali, le Bénin et le Burkina Faso
connaissent la même situation avec au moins 60% voire plus
de leur population active qui travaille dans le secteur agricole.
En tant qu’activité économique dominante de
ces pays, l’agriculture est généralement pratiquée
dans des conditions très difficiles, caractérisées
par l’utilisation d’outils rudimentaires, le contact
avec les animaux et les plantes, l’utilisation de produits
chimiques et biologiques.
Les femmes rurales ainsi que les enfants sont les principales victimes
de cette situation.
La conjonction de conditions de travail difficile, de la faible
productivité du travail agricole et de l’analphabétisme
massif des populations, favorise dans une large mesure, les faibles
revenus agricoles des populations rurales qui s’adonnent à
une agriculture de subsistance.
Aussi, le Plan d’Action pour la promotion de l’emploi
et la réduction de la pauvreté, adopté par
l’Union Africaine à Ouagadougou en 2004 sous l’égide
du Bureau international du Travail (BIT), a-t-il identifié
comme axes prioritaires d’intervention la promotion du secteur
de l’agriculture et le développement rural, ainsi que
l’amélioration de la protection sociale, de la sécurité
et de la santé des travailleurs.
Dans un contexte mondial, caractérisé par une crise
économique dont les retombées sont plus ressenties
en Afrique, le BIT a réaffirmé sa ferme volonté
de faire du secteur rural, un secteur clef pourvoyeur d’emplois
décents pour la majorité des populations vivant en
milieu rural lors de la dernière Conférence Internationale
du Travail tenue en 2008 pendant laquelle la promotion de l’emploi
rural a été retenu comme axe prioritaire de l’agenda
du travail décent de l’OIT.
S’inscrivant dans ce sillage, ainsi que dans les OMD et les
DSRP, les PPTD des pays comme le Sénégal, le Mali
et le Bénin mettent un accent particulier sur la protection
sociale des travailleurs évoluant dans l’économie
informelle ainsi que sur la promotion de l’emploi des jeunes.
Dans cette perspective, le BIT a expérimenté et mis
au point la méthode WIND (Work Improvement in Neighbourhood
Development), une méthode qui matérialise la volonté
d’incruster la C184 de l’OIT au sein des Etats membres
(Convention sur la Sécurité et la Santé dans
l’agriculture du 21 Juin 2001). Cette Convention prend ainsi
en charge la problématique de la protection sociale des agriculteurs,
lesquels sont les travailleurs les plus nombreux mais les moins
protégés.
La méthode vise à créer les conditions d’un
environnement de travail favorable en milieu rural, à travers
l’amélioration des conditions de travail [durée
de travail, organisation du travail, égalité de genre,
milieu du travail et contrôle des substances dangereuses],
qui contribue au relèvement de la productivité du
travail agricole et des revenus des familles rurales. Cette méthode
participe également au processus de renforcement des capacités
de réflexion et de négociation collectives des Organisations
des Travailleurs ruraux.
Le WIND, après les expériences réussies en
Asie, est entrain d’être adopté et adapté
aux différents systèmes agraires et contextes socio
économiques des pays de l’Afrique tels que l’Ethiopie,
le Mozambique, la Tanzanie mais aussi et surtout en Afrique de l’Ouest
où s’exécute présentement le projet pilote
WIND couvrant le Sénégal, le Mali et le Bénin.
Philosophie de la méthode WIND
La Méthode WIND est le pendant de la méthode WISE
dans l’Agriculture de laquelle elle tire ses fondements pour
promouvoir de meilleures conditions de travail au niveau des exploitations
agricoles familiales qui font face à des contraintes de production
et de productivité.
Elle promeut le changement en accompagnant les petits exploitants
agricoles à résoudre leurs problèmes individuels
et collectifs par la valorisation de leur propre savoir-faire vulgarisé
au sein des communautés rurales sous forme de bonnes pratiques.
Pour ce faire, la méthode WIND met l’emphase sur la
participation sur une base égale entre hommes et femmes.
Projet WIND en Afrique de l’Ouest
Objectif de développement :
Contribuer à l’amélioration des conditions
de travail et de vie des enfants et de leurs familles dans le milieu
agricole.
Objectifs intermédiaires :
1. Créer un partenariat au niveau national avec les organismes
gouvernementaux, patronaux, syndicaux et les mouvements associatifs
concernés.
2. Établir au niveau local les mécanismes de participation
et de collaboration avec les unités administratives, les
Organisations de producteurs des communautés rurales et les
coopératives pour la mise en œuvre et la pérennisation
du programme WIND.
3. Renforcer les capacités d’intervention des ressources
humaines, notamment par la formation de formateurs et d’animateurs
au sein des villages, afin de favoriser la pérennité
du programme et des améliorations mises en oeuvre.
4. Informer et sensibiliser la population et les autres acteurs
et spécialistes pouvant jouer un rôle dans l’amélioration
des conditions de travail et des conditions de vie des hommes et
des femmes, et contribuer à la réduction du travail
des enfants au niveau des exploitations agricoles.
Stratégies
Pour le projet WIND, il s’agit d’établir un
partenariat mutuellement avantageux avec les programmes IPEC dans
les pays concernés en vue d’améliorer les conditions
de travail et les conditions de vie des familles en milieu agricole
et celles de leurs enfants. Dans cette perspective, un réseau
durable d’agriculteurs formateurs, bénéficiant
d’un appui technique de la part des services médicaux
ruraux et des organisations concernées par le travail des
enfants, va travailler dans le sens d’asseoir une capacité
locale, capable de promouvoir des améliorations à
moindre coût.
Le projet complète les activités développées
par les projets IPEC en ce qui concerne la réduction du travail
dangereux des enfants. Ainsi, en capitalisant les acquis obtenus
par les projets IPEC dans les pays concernés au cours des
dernières années, le projet WIND pourrait atteindre
les résultats escomptés dans un temps limité.
Bénéficiaires
Les bénéficiaires du projet WIND sont les familles
et particulièrement les femmes et les enfants. Les exploitants
agricoles bénéficieront de l’appui du projet
de manière à améliorer leur productivité
et à réduire le recours à la main d’œuvre
enfantine. Par ailleurs, le projet s’attellera à renforcer
les capacités d’intervention des services techniques
ainsi que des Organisations de Producteurs locaux quant au développement
et à la pérennisation de la méthode dans leur
terroir.
Zones d’intervention
Le projet, dans sa phase pilote, couvre le Sénégal,
le Mali et le Bénin. Toutefois, les actions d’ancrage
sont localisées au Sénégal dans la Communauté
Rurale de Darou Khoudoss, région de Thiès puis dans
la zone du delta du Fleuve Sénégal, avant d’être
étendues progressivement dans les autres pays.
Le choix de la région de Thiès et Saint-Louis est
dicté par le fait que ces zones ciblées assurent pour
l’essentiel de la production horticole et rizicole du Sénégal,
à travers des systèmes à haute utilisation
de pesticides et autres produits chimiques ainsi qu’avec l’utilisation
de motopompes et engins mécanisés.
Réalisations
Démarré en Janvier 2009, le projet a réalisé
les actions suivantes :
Au Sénégal :
Ø Mise en place du réseau des formateurs :
Tout le réseau de formateurs a été formé
et donc opérationnel :
ü Un atelier de formation pour 24 formateurs
ü 05 ateliers de formation pour 60 volontaires
ü 192 ateliers miniwind pour 1920 producteurs
ü 120 missions de suivi des producteurs par les volontaires
ü 012 missions de suivi des volontaires par les formateurs
En terme de résultat final attendu, chaque producteur aura
adopté au moins une amélioration, soit un total de
1 920 améliorations.
Ø Réalisation d’une étude sur les conditions
de travail en milieu agricole au Sénégal
Les Tdr sont lancés et un consultant a été
sélectionné. Les résultats de l’étude
seront disponibles en Décembre et partagés/validés
en courant Janvier à travers une restitution nationale.
Ce document est très important pour les mandants du BIT,
puisque des études scientifiques du genre sont peu fréquentes,
ceci montre une nouvelle fois combien les agriculteurs sont des
laissés pour compte alors qu’ils constituent la grande
majorité des travailleurs.
Son intérêt est qu’il va permettre aux décideurs
politiques et aux partenaires sociaux de connaître la situation
de vulnérabilité des agriculteurs et leurs familles,
les risques et conséquences auxquels ces derniers sont exposés
et ainsi d’apporter des réponses appropriées.
Ø La mise en place d’un partenariat
La mise en œuvre des activités du projet WIND requiert
la construction d’un cadre de partenariat avec les principaux
intervenants dans le secteur agricole : les Ministères techniques,
les syndicats des travailleurs ruraux, les Organisations d’Employeurs
de l’agriculture, la société civile, les Organisations
féminines etc.
Dans cette optique, des séances de travail ont été
tenues avec les Institutions ci-après pour former le Comité
Consultatif du projet. Il s’agit du Ministère du Travail,
du Ministère de l’agriculture, du PNUD, de la FAO,
du FIDA, du Cadre National de Concertation et de Coopération
des Ruraux (CNCR). Le Comité Consultatif au Sénégal
se tiendra en courant Décembre.
S’agissant des autres projets du BIT, le projet va travailler
en collaboration avec:
- Le projet IPEC pour la prévention des travaux dangereux
auxquels les enfants sont astreints mais aussi pour améliorer
les conditions de travail dans l’agriculture des enfants admis
à travailler selon les dispositions des Conventions N°
138 et 182 de l’OIT.
- Le projet BIT/PROMER pour la prise en compte de la dimension
conditions de travail, santé et sécurité dans
les petites et moyennes entreprises rurales.
Les Collectivités Locales : L’Agence Régionale
de Développement de Saint-Louis a décidé de
financer un atelier de formation des Présidents de Communauté
Rurale et de responsables de services techniques afin d’élargir
le programme dans la région à hauteur de près
de 5 000 000 FCFA. Cet atelier est prévu en courant Novembre
2009. En 2010, il est prévu une enveloppe de 20 000 000 FCFA
soit le quadruple pour le WIND.
Conclusion
La pertinence de l’approche du WIND contribuera, dans la
durée, à travers les Comités Consultatifs,
à l’adoption des Normes Internationales du Travail
notamment la Convention n° 184. En effet la prise de conscience
sur les questions de SSTE en milieu agricole, ira crescendo grâce
aux effets des formations du WIND et poussera les mandants à
aller dans la direction de l’adoption de cette convention.
En outre l’approche WIND promeut l’égalité
des genres et le développement communautaire. Dans ce sens,
il contribue à la mise en application concrète des
principes de l’OIT à savoir la Promotion de l’égalité
de genres et la promotion du dialogue social.
De façon générale, le projet WIND, dans les
zones d’intervention, a enregistré des résultats
satisfaisants. Deux résultats d’effets peuvent attester
de cela :
le financement d’un atelier de formation à la méthode
WIND par l’Agence Régionale de
Développement de Saint-Louis.
d’autres ateliers sont prévus en 2010. Il est à
espérer que d’autres ateliers soient financés
par
d’autres collectivités locales de la région
en 2010. Au total grâce à la dynamique de synergie
de travail impulsée par le CNP, WIND est entrain de connaître
un réel succès dans cette région.
Toujours dans cette région, l’Amicale Socio-Economique,
Sportive et Culturelle des Agriculteurs du Walo a appliqué
la méthode WIND en son sein et cela lui a permis de prendre
des mesures d’amélioration institutionnelle. Le Président
se demande comment maintenant faire du WIND, un Programme spécifique
à ASSESCAW.
Au plan de l’efficacité, de nombreux objectifs du
projet sont entrain d’être atteints grâce à
la bonne connaissance du terrain par le CNP et sa perspicacité
à promouvoir un travail de synergie et de partenariat. La
cohérence des objectifs et de la stratégie a permis
une progression remarquable vers l’atteinte des résultats.
En termes d’efficience, les nombreux ateliers tenus et les
outils pédagogiques édités malgré un
budget relativement faible atteste de l’efficience du projet.
Il reste évident donc que les résultats justifient
amplement les coûts.
Quant à la pertinence de la méthode, celle-ci n’est
plus à démontrer, car elle répond à
un besoin qui ne trouvait pas de réponse car dans les zones
du projet, les agriculteurs sont dans une dynamique d’agriculture
mécanisée et avec une forte utilisation de pesticides.
Cette forme d’agriculture a commencé à engendrer
des problèmes de santé au niveau des producteurs.
Enfin au niveau de la durabilité, avec un soutien et une
extension du projet dans d’autres zones agricoles, les Collectivités
Locales s’approprieront le projet et le soutiendront à
travers leur planification locale.
|