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Travail décent, travail en sécurité

Par Juan Somavía

Directeur général
Bureau international du Travail


Le droit à la vie est le droit le plus fondamental. Pourtant, chaque année, 1,2 million d'hommes et de femmes (chiffres de 1999; 2,2 millions d'après les chiffres de 2005) sont privés de ce droit par des accidents et des maladies liés au travail. Chaque année, on recense au bas mot 250 millions d'accidents du travail (chiffres de 1999; 270 millions d'après les chiffres de 2005), et 160 millions de cas de maladies professionnelles (d'après les chiffres de 1999 et de 2005). Le nombre des décès et des lésions liés au travail est particulièrement élevé dans les pays en développement où l'on trouve de très fortes concentrations de travailleurs dans le secteur primaire comme l'agriculture, la foresterie, la pêche et les industries extractives qui figurent parmi les domaines d'activité où les dangers sont les plus grands.

Ce fardeau social et économique est très inégalement réparti. Dans certains pays européens, le nombre des victimes est deux fois plus élevé que dans d'autres et, dans certaines parties du Moyen-Orient et d'Asie, il est quatre fois plus élevé que dans les pays industrialisés où les taux sont les plus bas. Dans certaines professions classées comme dangereuses, les risques peuvent aller du décuple au centuple. De même, la couverture des assurances contre les maladies et les risques d'origine professionnelle varie considérablement dans les différentes parties du monde: les travailleurs des pays nordiques bénéficient d'une couverture quasi universelle alors que, dans beaucoup de pays en développement, seuls 10% des travailleurs, voire moins, peuvent prétendre à une forme quelconque de protection. Même dans de nombreux pays développés, jusqu'à la moitié de la main-d'œuvre peut ne pas être assurée contre les lésions et les maladies liées au travail.

L'Organisation internationale du Travail (OIT) a été fondée pour assurer à chacun le droit de gagner sa vie dans la liberté, la dignité et la sécurité, en bref, le droit à un travail décent. Nous n'avons jamais accepté que les accidents et les maladies soient considérées comme des «risques du métier». Au cours du siècle dernier, le nombre des lésions graves a sensiblement baissé dans les pays industrialisés, en grande partie grâce aux réels progrès des mesures prises pour que les lieux de travail soient plus salubres et plus sûrs. L'enjeu est de faire en sorte que ces progrès bénéficient à toute la main-d'œuvre mondiale.

Le Programme SafeWork a été conçu pour répondre à ce défi. Ses objectifs premiers sont: a) de susciter, partout dans le monde, une prise de conscience de l'ampleur et des conséquences des accidents, lésions et maladies liés au travail; b) de promouvoir un objectif de protection de base pour tous les travailleurs, en conformité avec les normes internationales du travail; et c) de renforcer les moyens d'action dont disposent les Etats Membres et les entreprises pour établir et mettre en œuvre des politiques et des programmes efficaces de prévention et de protection.

Ces activités s'articuleront autour de deux axes: il s'agira, premièrement, de créer des alliances et des partenariats par le biais d'initiatives que les mandants de l'OIT, les organisations non gouvernementales et les groupes de défense des droits de l'homme puissent mettre à profit pour des campagnes de sensibilisation et des appels à l'action auprès des gouvernements et, deuxièmement, de soutenir des activités dans les pays par le biais d'un programme intégré d'assistance technique directe. A cette fin, on s'emploiera entre autres à élaborer des outils de gestion et à mettre en place des services de surveillance et d'information conçus pour prévenir les accidents et les maladies liés au travail et protéger la santé et le bien-être des travailleurs et l'environnement.

L'accent sera mis avant tout sur les professions dangereuses. Le programme sera axé sur ceux qui exercent des activités à haut risque, sur ceux que leur sexe ou leur âge rend particulièrement vulnérables et sur les travailleurs de l'économie informelle dans les villes, qui n'ont généralement aucune protection.

Pour que nos efforts soient couronnés de succès, il nous faudra mobiliser tous nos mandants dans le monde, y compris les nombreux professionnels qui se consacrent à l'amélioration de la sécurité et de la santé au travail. C'est pourquoi j'aimerais demander aux gouvernements et aux organisations d'employeurs et de travailleurs de nos Etats Membres comme à l'ensemble de la communauté internationale de donner la priorité à l'élimination des risques sur les lieux de travail. J'aimerais aussi inviter la communauté internationale des donateurs à nous aider à écarter cette menace inacceptable qui pèse sur la main-d'œuvre mondiale. J'aimerais enfin vous demander, à vous qui lirez ce message, de nous rejoindre dans la campagne que nous menons pour assurer des conditions de travail décentes à toutes les travailleuses et à tous les travailleurs de par le monde.
 

Mise à jour par AD/CD/FR. Approuvée par AV. Dernière mise à jour: 06.11.2006.