Présentation des stratégies développées et des actions mises en place en Tunisie - Tunisie
Source: Association Mondiale des Services d'Emploi Publics
I. Le contexte général
La Tunisie poursuit avec détermination l'approfondissement des réformes économique, financières et sociales entreprises depuis l'adoption du Plan d'ajustement structurel. En adhérant à l'Organisation Mondiale du Commerce et en signant un accord d'association avec l'Union Européenne dont l'une des composantes essentielles est l'établissement à terme d'une zone de libre-échange, la Tunisie s'engage dans une accélération du processus d'ouverture et d'intégration dans l'économie mondiale.
Dans ce cadre, la Tunisie continue la réalisation d'un vaste programme cohérent et multidimentonnel de réformes soutenues selon un rythme et un échéancier de réalisation qui tienne compte de la capacité réelle d'assimilation et d'adaptation des structures.
Les réformes engagées ont concouru à renforcer la compétitivité des entreprises tunisiennes et à insuffler un nouvel élan à l'investissement. L'objectif final étant de placer l'économie tunisienne sur un palier de croissance plus élevé à même de soutenir et de faciliter l'intégration au processus de mondialisation.
Pour les entreprises, le nouveau contexte issu des engagements de la Tunisie avec ce qu'ils impliquent comme atouts mais également comme contraintes, notamment d'une accentuation certaine de la concurrence sur le marché local, de gros efforts d'adaptation ont été entrepris dans le cadre de la mise en place d'un ambitieux Programme National de Mise à Niveau dont les ressources humaines sont un axe central.
II. La mise à niveau des ressources humaines
L'année 1990 a vu la création, en mars, du Ministère de la Formation Professionnelle et de l'Emploi avec quatre structures placées sous sa tutelle:
Cette restructuration a été accompagnée par la promulgation d'une Loi-cadre (Loi 93-10 du 17 février 1993) dite Loi d'orientation de la formation professionnelle qui a permis de mettre en place les bases du système national de formation initiale et continue, en harmonie et en complémentarité avec le système éducatif et ancré dans l'environnement économique.
Dans le prolongement de cette restructuration et dans le cadre de la réalisation des objectifs du processus de réforme, un programme spécifique de mise à niveau de la formation professionnelle et de l'emploi (MANFORME) a été engagé en 1996 pour s'étaler jusqu'à 2002 et définissant un cadre logique comprenant des objectifs quantitatifs et qualitatifs.
Le programme MANFORME s'articule essentiellement autour de quatre axes:
Plus précisément, le dernier axe du programme MANFORME a permis la mise en place de l'observatoire national de l'emploi et des qualifications, conçu pour être un instrument essentiel pour éclairer les décisions gouvernementales en matière de définition de politiques d'emploi et de formation et d'évaluation régulière des dispositifs qui traduisent l'action des pouvoirs publics dans le domaine de la promotion de l'emploi et de la formation.
III. Missions et organisation de l'Agence Tunisienne de l'Emploi
L'Agence Tunisienne de l'Emploi, qui existe depuis 1967 sous différentes appelations, est un établissement public à caractère non administratif, créée en vertu de la Loi n° 93-11 du 17 février 1993 et chargée de la mise en uvre de la politique du gouvernement relative à la promotion de l'emploi. A ce titre, elle a pour missions principales:
Pour ce faire, l'Agence Tunisienne de l'Emploi dispose d'un réseau de 80 bureaux d'emploi implantés sur tout le territoire national. Les bureaux sont appelés à intervenir dans les différents domaines de compétence de l'ATE et à satisfaire les besoins diversifiés, aussi bien ceux des entreprises que ceux des demandeurs d'emploi ou de formation.
Chaque bureau d'emploi s'appuie, dans ses interventions, sur des unités spécialisées:
IV. Une intermédiation active dans le processus de recrutement des entreprises
L'intermédiation de l'Agence et sa participation active au processus de recrutement des entreprises représentent la finalité de l'ensemble des prestations fournies. En vue de consolider cette démarche, l'Agence s'est engagée dans un vaste programme de modernisation de ses services et de normalisation de ses procédures. Ce programme de modernisation s'est traduit, sur le plan structurel, par l'organisation des bureaux de l'emploi en trois catégories:
Sur le plan méthodologique, par l'adoption de deux types de médiation différenciés:
Sur le plan des prestations, par la mise en uvre d'une palette de services allant du traditionnel rapprochement entre les offres et les demandes, à la recherche active des profils correspondant aux emplois disponibles et à une réponse rapide à la demande d'emploi enregistrée:
Ainsi, certains demandeurs d'emploi seront orientés vers la création de leur propre entreprise s'ils sont porteurs d'un projet et d'un potentiel entrepreneurial. Un plan de formation en matière de création d'entreprise (CEFE) leur sera proposé à cet effet. Cette intervention constitue un segment important de l'activité de l'Agence et mobilise 23% des effectifs.
D'autres demandeurs peuvent bénéficier de formations qualifiantes ou de stages d'insertion à la vie professionnelle leur permettant d'atteindre un niveau d'employabilité et l'appropriation d'habitudes professionnelles susceptibles d'accroître leurs chances de trouver ou de retrouver un emploi.
Les activités déployées durant cette phase visent à amener le demandeur à adopter une attitude plus active dans la recherche d'un emploi et à favoriser son autonomie, tout en le dotant d'un ensemble de techniques lui permettant de mieux planifier sa recherche et de se présenter davantage en offreur de services plutôt qu'en demandeur d'emploi:
Au plan du renforcement des moyens, par l'installation d'un réseau informatique reliant l'ensemble des bureaux de l'emploi et également par le développement d'un système d'information basé sur les technologies modernes:
L'ATE propose aux primo-demandeurs d'emploi en difficulté, des stages d'initiation et d'adaptation professionnelle qui permettent aux jeunes:
Ces stages ont un effet stimulateur et donnent l'occasion aux jeunes stagiaires de montrer leurs capacités à l'employeur et d'être à la base de la création d'un besoin.
Trois types de stages sont offerts selon le niveau d'éducation ou de formation:
Par ailleurs, le Fonds d'Insertion et d'Adaptation Professionnelle (FIAP) traite l'offre et constitue l'instrument privilégié des entreprises pour la satisfaction de leurs besoins. Le FIAP a pour objectif d'apporter une réponse rapide et sûre aux besoins des entreprises en main-d'uvre qualifiée et adaptée aux postes d'emploi disponibles. Il comporte six instruments spécifiques:
V. Les stratégies orientées vers les entreprises
Pour mieux organiser et développer ses relations avec les entreprises, l'ATE a mis en place depuis 1976 le Fichier des Entreprises Non Agricole (FENA) qui est un instrument exploité essentiellement comme outil de gestion, permettant aux services de l'emploi d'assurer une meilleure identification du tissu économique et une organisation plus rationnelle de la prospection des besoins des entreprises en qualifications.
Pour développer sa relation avec les entreprises, l'ATE a formé en 1997, une équipe de formateurs à la relation entreprise. Cette formation a assuré la professionnalisation des bénéficiaires à travers:
Par ailleurs, l'Agence met également à la disposition des entreprises un service complémentaire rémunéré en matière de conseil en recrutement. Ce service s'appuie sur une équipe de psychologues du travail spécialisée en sélection professionnelle et conseil en recrutement qui dispose d'une testothéque adaptée aux exigences des postes envisagés, destinée à évaluer les compétences, les aptitudes, les connaissances et les capacités professionnelles. Cette prestation, associée aux analyses de poste de travail et autres diagnostics de ressources humaines, permet une prise en charge complète de la demande de l'entreprise et fait fonctionner le bureau comme un guichet unique.
VI. Vers une meilleure maîtrise de la gestion par compétence
Le rapprochement offres-demandes qui s'opère traditionnellement par référence à la formation académique ou au diplôme du demandeur a laissé apparaître que les qualifications recherchées par les employeurs ne sont souvent pas bien repérées. Cela comporte des risques d'échec dans les actions d'intermédiation et explique souvent les annulations et résiliations d'offres.
Afin d'agir sur ce phénomène et de parvenir à une meilleure intermédiation entre offres et demandes, l'Agence Tunisienne de l'Emploi a engagé un projet visant un meilleur service en direction des entreprises en matière du traitement et de formalisation des offres d'emploi et ce par l'exploitation d'une méthodologie fondée sur l'identification des compétences et leur pondération au regard des exigences des emplois disponibles et également par l'établissement de bilans de compétences des demandeurs d'emploi de manière à assurer le meilleur rapprochement possible et qui assure l'efficience requise pour ce qui concerne les interventions de ses services.
Dans ce cadre, l'Agence s'appuie sur une application informatique spécifique qui incorpore les différents profils professionnels et leurs unités de compétences. Cette application permet l'établissement de bilans de compétences qui tiennent compte, outre le savoir et savoir-faire qui sous-tendent les compétences, des éléments liés au comportement et même au savoir-être.
Ainsi et compte-tenu des exigences des postes d'emploi offerts, les candidats à l'emploi sont sélectionnés et leur niveau d'employabilité est déterminé en fonction de leurs:
Ce projet dont la phase expérimentale vient de s'achever a permis d'atteindre des résultats qui confirment la pertinence de la méthodologie introduite qui trouve sa justification dans une nette amélioration de la qualité des prestations fournies par les services de l'emploi.
Cette pertinence est également confirmée par une totale adhésion des partenaires de l'Agence au contenu de la démarche proposée et également par une appréciation positive de la part des entreprises clientes quant à la nature et au contenu des services rendus sur la base de cette démarche.
Une deuxième phase du projet sera engagée. Elle permettra l'introduction de la méthodologie de rapprochement offres-demandes sur la base de l'analyse des compétences dans un plus grand nombre de bureaux de l'emploi. L'évaluation des résultats de cette deuxième phase sera suivie d'une généralisation du système à tous les bureaux.
VII. Consolidation de l'approche partenariale
L'ATE, principal acteur de le mise en uvre du dispositif public de promotion de l'emploi, a érigé le partenariat comme une réponse organisationnelle adaptée pour répondre aux défis multiples du marché de l'emploi. La conjonction et la coordination des efforts de tous les protagonistes du marché du travail sont seules susceptibles d'apporter les réponses les plus adéquates aux exigences des différents intervenants.
Un ensemble de services communs pour l'emploi commence à se développer suite aux nombreuses conventions de partenariats engagées avec les partenaires sociaux, les organisations professionnelles, les associations et autres opérateurs et qui couvrent les domaines suivants:
VIII. Vers la qualité totale
Dans l'objectif de garantir à ses clients un service qui réponde à leurs attentes dans des conditions convenues à l'avance, l'ATE a mis en uvre un plan d'action visant l'implantation d'une démarche qualité s'appuyant sur les méthodes de management impliquant l'ensemble des niveaux d'intervention dans l'intermédiation et le processus de recrutement dans les entreprises. C'est une démarche de longue haleine qui implique l'adhésion de tout le personnel et à tous les échelons.
Cette démarche s'appuie sur le développement d'une culture qualité fondée sur l'amélioration des processus établis et la prise en compte des besoins des clients. La démarche devra permettre la mise en place de relations permanentes avec les clients, la réévaluation des données de mesure de satisfaction des clients, l'exploitation optimale des systèmes d'information et de communication et la mise en place d'un système de synergie entre l'ensemble des équipes de travail pour atteindre les buts et les objectifs visés. C'est à cette seule condition que le service public arrivera à fidéliser ses clients et principalement les entreprises.
M. Habib Karaouli,
Directeur Général de l'Agence Tunisienne de l'Emploi
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